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Après les marches et les contremarches, les meetings et les contre-meetings, les courses-poursuites contre militants de l’opposition et le tabassage d’éléments des forces de l’ordre par des manifestants, les protagonistes de la crise togolaise vont-ils finir par s’asseoir autour de la même table ?

Après plusieurs semaines de bras de fer et de bravade qui se sont soldés par des pertes en vies humaines, de nombreux dégâts matériels, sans compter les effets désastreux de ces chaudes journées sur une économie déjà mal en point, l’heure semble à la recherche d’une solution négociée.

En effet, un dialogue a été entamé hier mardi 14 novembre 2017 avec l’arrivée à Lomé d’une délégation ghanéenne conduite par le ministre de la Sécurité, Albert Kan-Dapaah.

Missionnés par le président Nana Akufo-Addo, lui-même mandaté par ses pairs de la CEDEAO, ces missi dominici ont échangé avec les représentants de la coalition des 14 partis politiques de l’opposition togolaise. Ils devraient en faire de même avec la majorité présidentielle et la société civile.

Confession du premier flic du Ghana qui vient de revêtir la tunique de médiateur : « Nous avons discuté des contours de ce dialogue, et nous sommes convaincus que nous trouverons un consensus sur le ‘‘quand’’, le ‘‘comment’’ et le ‘‘où’’ de ce dialogue ». Puis d’ajouter : « Nous croyons fortement que le temps est maintenant venu de démarrer le dialogue entre les deux parties. »

Pour être optimiste, le ministre Kan-Dapaah l’est à n’en pas douter, même si, au regard de la situation actuelle, on peut légitimement se demander sur quoi repose un tel optimisme.

L’initiative ghanéenne, soutenue par l’organisation ouest-africaine, intervient au moment où les deux camps continuent de guerroyer par manifestants interposés.

Alors, on a beau chercher le plus petit dénominateur commun au pouvoir, qui entend aligner de nouveau son champion au départ de la présidentielle de 2020, et à une opposition qui ne veut pas en entendre parler, on peine à le trouver.

Tenez ! Alors que l’un a les yeux rivés sur le référendum constitutionnel qui permettra au président sortant de mettre son compteur à zéro, l’autre ne jure que sur le retour à la Constitution de 1992 et le départ ipso facto de Faure Gnassingbé du pouvoir.

Autant dire une aporie.

Certes, ce qui apparaît comme une prise de contact aboutira à l’ouverture d’un véritable dialogue direct dont on ignore de quoi il accouchera.

Mais quand on sait la méfiance qui caractérise les deux parties, arrivées chacune au point de non-retour en matière de solution consensuelle, on ne peut qu’être sceptique sur les effets de la potion ghanéenne sur cette nouvelle poussée de fièvre politique togolaise.

Pour autant, les autres Etats de la sous-région ne pouvaient se payer le luxe de l’indifférence face à une situation qui dégénère à longueur de semaine. Et le pays de Kwame Nkrumah est, plus que tout autre voisin si on excepte le Bénin, s’il y a une déflagration, celui qui en subira inévitablement les contrecoups.

Lors de la longue crise politique togolaise des années 90, n’a-t-il pas trinqué avec cette arrivée massive de réfugiés aux conséquences sociales et économiques que l’on sait ?

Pour tout dire, si le médiateur ghanéen vole au secours d’un « pays frère et ami », comme on le dit dans la vulgate diplomatique chère à nos hommes politiques, c’est aussi en quelque sorte pour protéger ses arrières et ne pas avoir à subir les répliques d’un éventuel séisme politique.

Un proverbe bien de chez nous ne conseille-t-il pas d’aider notre voisin à éteindre l’incendie de sa case de peur que le feu n’atteigne la nôtre ?

Alain Saint Robespierre

L’Observateur du Palaaga du 15 Novembre 2017