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La rencontre autour de la crise au Mali, entre forces vives de ce pays et Blaise Compaoré, médiateur choisi par la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), s’est achevée dimanche 15 avril 2012 dans la soirée. La concertation a accouché d’importantes décisions dont la mise en œuvre pourrait favoriser la paix au pays de Soundiata Kéita.

Le week-end dernier (les 14 et 15 avril 2012), Blaise Compaoré a repris du service du côté du Centre international de conférences de Ouaga 2000. Les habitués de cet endroit se rappellent qu’avaient été menés en ces lieux trois négociations, qui concernaient le Togo, la Côte d’Ivoire et la Guinée. C’est dire que le locataire de Kosyam est un habitué des lieux et des rencontres du genre. Après leur arrivée, samedi dernier aux environs de 10 heures à l’aéroport international de Ouagadougou, des cars ont transporté l’imposante délégation malienne à Ouaga 2000. Au nombre de 83, ils se sont aussitôt engouffrés dans la salle de conférences avec leur hôte, le médiateur de la CEDEAO. Et ce fut vite parti pour des échanges à huis clos.

A l’extérieur, notamment dans la salle réservée aux journalistes, c’était l’attente, qui s’est révélée longue. Pire, rien ne filtrait. A la pause à 14h30, un « sauveur », nommé Me Mamadou Gakou, accepte de se prêter aux questions des scribouillards. Certes, ce n’était pas encore la saison des grandes révélations, mais cette marque d’attention a permis d’avoir une certaine idée de l’ambiance qui régnait dans la salle. Participant à la rencontre pour le compte de la Convention pour la démocratie, le progrès et la solidarité (CDPS), l’avocat et homme politique malien a quelque peu étanché une certaine soif d’information des journalistes, en annonçant que les « discussions sont passionnées » et ont porté sur la transition, la situation au nord du Mali, l’intervention de la CEDEAO, la sécurité alimentaire et humanitaire. Des points de blocage, il y en a eu, a-t-il confessé. Ç’a été le cas notamment sur la CEDEAO concernant « son retard à intervenir et sa promptitude à prendre des sanctions », mais il a vite ajouté qu’ils ont reçu des « explications » à ce sujet.

Dans l’ensemble, « tout se passe bien pour le moment », a-t-il dit, optimiste, en tout révélant qu’au cours de la première partie, un tour de table a été organisé et que la seconde mi-temps pouvait donner lieu à des « possibilités de synthèse ». Merci, Maître ! Le soir aux environs de 19 heures, les participants quittaient la salle et rendez-vous avait été pris pour le lendemain.

Le dimanche matin donc, les tractations se sont poursuivies et, en début de soirée, on sentait la lassitude sur les visages de certains participants. De fausse alerte en fausse alerte, c’est aux environs de 19 heures que les invités ont été appelés à rejoindre la salle pour la lecture de la déclaration finale. A cependant précédé un moment d’émotion avec les sermons faits par les leaders représentant les grandes composantes religieuses du Mali. Le premier à prendre la parole, a été Moussa Mahmoud Dicko, président du Haut conseil islamique du Mali, qui a prononcé des phrases assez poignantes, parmi lesquelles celle-ci : « Nous sommes face à notre destin…des propositions ont été faites, mais le plus important, c’est ce que nous allons faire nous-mêmes… je vous lance un cri du cœur pour un sursaut national…Sachons raison garder…faisons preuve de beaucoup de patience et de retenue… merci…merci… merci ». Sur ce, il a invité les auditeurs à réciter la Fatiha (1) les bras levés et les paumes face au visage. Surprise, le médiateur, Blaise Compaoré, en fait de même. A-t-il récité aussi la Sourate (1). On ne le saura pas. Le constat que l’on peut faire est que quand l’hôte des lieux, de confession catholique, se prête à cet exercice, c’est que l’instant est assez grave.

Issa K. Barry & Adama Ouédraogo Damiss

(1) Première sourate (chapitre) du Coran


– Col Moussa Sinko Coulibaly, représentant le CNRDRE : « Il faut faire vite ! »

Colonel, peut-on dire que tout est bien qui finit ?

• Nous sommes très content des deux jours d’échanges. Pour nous, au niveau du CNRDRE, le problème le plus urgent est la résolution de la crise au Nord-Mali. Comme vous l’avez constaté, il y a eu unanimité sur la question.

Il se susurre que le CNRDRE est parti sans être parti et que vous chapeauteriez pratiquement tout. Votre réaction ?

• Non, non, non ! Il y a un président par intérim qui est là, et un gouvernement sera bientôt mis en place. L’Assemblée nationale et la Cour suprême sont en place. A mon avis, il n’y a pas d’ambiguïté par rapport à la gestion des affaires de l’Etat.

Le Premier ministre viendra-t-il de vos rangs, et avez-vous un profil pour ce poste ?

• Pas forcément ! L’accord-cadre précise seulement que nous allons jouer un rôle dans sa désignation. Quant au profil, nous avons seulement souhaité que ce soit un homme ou une femme nouveaux. Vu le bilan des 20 dernières années, il faut qu’il y ait tout de même du changement pour réanimer la vie politique de l’Etat. Et bien évidemment, il faut mettre l’accent sur la compétence.

A lire le rapport de synthèse des deux jours de travaux, on a comme l’impression que ce sont des généralités. On s’attendait à des mesures très fortes pour gérer en urgence la crise…

• Pas du tout ! Ce sont des engagements forts qui ont été pris par la CEDEAO et par les forces vives du pays. A mon avis, tout commence par l’engagement. Vous voyez bien que pour le retour à l’ordre constitutionnel normal, nous avons commencé par une déclaration solennelle, et les effets concrets sur le terrain ont suivi. Mais il faut que nous fassions vite ! Nous n’avons pratiquement pas d’exécutif. Nous allons faire de telle sorte que, très prochainement, un Premier ministre soit nommé.

– Soumaïla Cissé, président de l’Union pour la République (URD) : « Le débat a été riche et fructueux »

« Il faut, après cette rencontre de Ouagadougou, se retrouver très vite à Bamako parce qu’il y a des décisions importantes à prendre, comme la nomination d’un Premier ministre et la formation du gouvernement. Il y a encore qu’il faut ramener la paix dans les cœurs, et à instaurer la compréhension entre nous-mêmes. Le débat a été très riche et très fructueux ; le Burkina Faso, à jouer un grand rôle de modération, et c’est très heureux.

Pour la nomination du Premier ministre, nous avons chargé le CNRDRE et la CEDEAO de se mettre d’accord pour trouver quelqu’un à la Primature qui a surtout un agenda. Il y a une situation humanitaire catastrophique qui se dessine au nord, et les problèmes de l’intégrité territoriale et du fonctionnement normal des institutions pour aller vers des élections crédibles, transparentes et démocratiques. »

– Dr Mamadou Bagayogo, président du Mouvement patriotique pour le Mali : « Au Mali, il n’y avait pas de dialogue »

La réunion, qui vient de se terminer, est une victoire de la fraternité, de la sagesse africaine, du Mali et du Burkina Faso. Certains pensaient qu’on ne réussirait pas, mais nous avons démontré au monde entier que nous avons une certaine maturité sociopolitique et culturelle qui nous permet de régler nos problèmes. Nous sommes fiers de Blaise Compaoré et de ses collaborateurs, du peuple burkinabè et du gouvernement.

Les problèmes sont nombreux, mais, Dieu merci, nous travaillons à les minimiser. Je demande franchement que tout le monde accepte cet accord, que les oiseaux de mauvais augure s’éloignent et que les gens soient positifs afin qu’on puisse l’appliquer. Concernant la situation au nord, il y a un début de règlement. Le Mali a été blessé et au lieu d’aller en guerre, nous avons demandé que les mouvements armés déposent les armes afin qu’on se parle. Le président Blaise Compaoré nous a permis de nous parler parce qu’au Mali, il n’y avait pas de dialogue. Il y a eu des discussions chaudes, mais c’était nécessaire, puisqu’on est arrivé à une entente, saluée par tous. »

L’Observateur Paalga du 17 Avril 2012

Source : lefaso.net