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Après le constat d’échec des négociations entre le Comité National de Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’Etat (CNRDRE) et les médiateurs de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Haut Conseil Islamique (HCI) du Mali s’apprêterait à rencontrer la classe politique et les autorités militaires en vue d’une solution politique à la question de la transition. Mais avant, l’institution religieuse doit faire face à des divergences internes nées de la profanation des mausolées à Tombouctou par le mouvement Ansar Eddine qui revendique l’institution de la charia au Mali.

jpg_une-738.jpgLa crise sécuritaire dans le nord du pays a créé un profond malaise politique et institutionnel. Ses répercutions se sont manifestées sur la société entière avec une expansion particulière dans la classe politique. Au moment où tous les espoirs se fondaient sur les confessions religieuses notamment islamique et chrétienne, une crise se faisait sentir au sein de la communauté musulmane qui regroupe plus de 90 % de la population du pays. En effet, un collectif de leaders religieux a affirmé ne pas comprendre le silence du HCI face à la profanation des mausolées dans la ville sainte de Tombouctou et avait manifesté sa colère au cours d’une conférence de presse le 8 mai 2012. Au centre de la polémique ? Le président de l’institution religieuse, El Hadj Mahmoud Dicko, est accusé d’avoir laissé pour compte une partie de la communauté musulmane pendant que ses convictions profondes sont agressées par des assaillants.

«Il (l’imam Dicko) peut trébucher», relativise le guide spirituel de la communauté des Soufis, Cheick Soufi Bilal Diallo soulignant que la communauté musulmane fait «toujours confiance» au président du Haut Conseil Islamique. En initiant l’organisation d’un meeting, le 13 mai 2012 au Centre International des Conférences de Bamako, le président du HCI a condamné la profanation des mausolées, objet de la polémique. Cette condamnation est intervenue après une exigence formulée par Chérif Ousmane Madane Haïdara, chef de la communauté Ançar Dine (à ne pas confondre avec Ansar Eddine d’Iyad Ag Ghaly qui sévit au nord), chef de file des contestataires de la ligne adoptée par le HCI.

«Nous avons étudié El Hadj Mahmoud Dicko, et nous n’avons pas eu de preuve qu’il ne milite pas pour la cohésion au sein de la communauté musulmane», a expliqué Cheick Soufi Bilal Diallo. «Les autres composantes de la société nous regardent. Nous sommes face à l’histoire», confesse le président du HCI. L’organisation de ce meeting que le président de l’Union nationale des Jeunes Musulmans du Mali (UJMA), Mohamed Maki Bah, a qualifié de «risque» prise par le président Dicko, aura permis de dissiper les malentendus, et les musulmans se sont donnés comme consignes d’éviter les prêches à connotation d’attaques personnelles en cette période critique que traverse le pays. Mieux, il a été demandé aux différentes parties de s’excuser les propos déjà prononcées et de suspendre la diffusion des messages jusqu’ici relayés dans les radios.

Seydou Coulibaly

Le 14 Mai 2012

© AFRIBONE