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Depuis les années 1930, le département d’État des États-Unis reçoit des visiteurs internationaux dans le cadre d’un programme dénommé « Programme de leadership des visiteurs internationaux Edward R. Murrow ». Ces visites sont organisées par le Bureau des affaires éducatives et culturelles du département d’État.

D’éminentes personnalités ont bénéficié de ce programme parmi lesquelles on peut citer l’ancien président égyptien, Anouar El Sadate et l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair.


« Le programme Murrow pour les journalistes
« 
auquel nous avons participé est destiné à faire connaître les réalités américaines et les particularités du pays en matière de politique, d’économie, de social et de culture. Il faut dire que la première puissance du monde n’a pas toujours bonne presse sur la scène internationale. Surtout en ces temps où ses tentations unilatéralistes agacent au mieux ou suscite colère dans le pire des cas.

L’opposition quasi-générale dans le monde à la guerre d’Irak est l’illustration la plus parfaite de l’hostilité que cristallise cette démocratie réputée.

Ils étaient plus de 180 femmes et hommes de médias, venus d’environ 100 pays, à prendre part au programme dont il est question ici.

TROIS PRINCIPES FONDAMENTAUX :

Comment fonctionne l’État au pays de l’Oncle Sam ? De quel pouvoir dispose la société civile américaine dans la gestion des affaires publiques ? Que représentent les médias ? Qu’en est-il de la liberté de la presse chez le champion de la libre opinion ?

Voilà entre autres grandes questions sur lesquelles, les visiteurs ont été entretenus pendant trois semaines à travers conférences, visites guidées et rencontres avec des personnes ressources.

Pour se plonger au coeur de la structure et du fonctionnement du gouvernement américain, les visiteurs eurent comme interlocuteur Elias Akram, président de Capitol communication Group. Inc., spécialiste du fédéralisme américain et de son impact sur la vie de cette société.

En Amérique, État fédéral, la démocratie est une notion presque sacrée. Le fédéralisme américain a cette particularité d’obéir à trois principes fondamentaux : la limitation du pouvoir du gouvernement fédéral, l’autogouvernance locale et l’influence extraordinaire de la société civile dans la conduite des politiques économiques, sociales et culturelles de l’État.

Même certains domaines de la vie publique comme la culture et la communication sont entièrement financés et gérés par le secteur privé. Ainsi, il n’existe pas de ministères de la culture et de la communication. Politiquement, le gouvernement a le devoir de répondre aux pressions qui viennent de la société civile. Celles-ci s’exercent par le biais des associations, ONG et des groupes de lobbies.
Dans son organisation, le gouvernement est structuré à trois niveaux.

Au sommet de la pyramide siège le pouvoir fédéral. Il est suivi des États fédérés structurellement identiques à l’État fédéral. Le bas de la pyramide est constitué du pouvoir local qui s’étend jusqu’aux associations de quartier. Ce modèle répond, selon Elias Akram, au besoin de préserver l’union du pays sans recourir à la force, conformément à l’idée des pères fondateurs.

En règle générale, le fédéralisme américain consacre la non centralisation des institutions, des lois, des élections, des finances et des politiques. En effet, la politique intérieure est l’affaire des gouvernements locaux. La politique extérieure, la défense nationale et la monnaie sont, par contre, du ressort du gouvernement fédéral.

L’équilibre des forces au sein du pouvoir tient à leur indépendance les uns des autres. Les juges fédéraux (Cour suprême) sont nommés à vie. Le parlement ou Congrès constitué de la Chambre des représentants et du Sénat vote les lois. Le pouvoir exécutif (le gouvernement) assure la politique internationale et la défense nationale. Aux États-Unis, la valeur politique la plus importante est le compromis. Et la plus grande valeur culturelle est l’individualisme, souligne Elias Akram.

Comment cohabitent ces deux valeurs pour faire de la société américaine l’une des plus fermées sur le monde, malgré l’existence d’une presse au pouvoir sans conteste ? La situation de la presse américaine résume la pensée d’un des pères fondateurs de la Nation, Thomas Jefferson. « Si je devais choisir entre un gouvernement sans journaux et des journaux sans gouvernement, je choisirais sans hésiter le second« , disait-il.

L’INFORMATION LOCALE D’ABORD :

Toute la presse est (presque) aujourd’hui privée et constitue véritablement le quatrième pouvoir. L’information aux États Unis est d’abord exclusivement locale, ensuite nationale. Les citoyens américains s’intéressent en effet beaucoup à ce qui se passe autour d’eux et dans leur environnement immédiat. Cet intérêt détermine la ligne éditoriale des organes de presse.

Aujourd’hui, on compte dans le pays plus de 2000 quotidiens, 12000 hebdomadaires et des milliers de radios et chaînes de télévision. Tous consacrent peu de colonnes ou de temps d’antenne à l’actualité internationale. Celle-ci est du reste souvent traitée négativement. A l’inverse, l’État possède une radio qui opère uniquement à l’étranger dans près de 28 langues. C’est la célèbre « Voix de l’Amérique ».

Grâce à sa liberté, la presse a une forte influence sur les affaires publiques et l’opinion nationale aux États-Unis. Malgré cette grande liberté de la presse, l’État a très souvent empêché les médias de s’exprimer librement. C’est pourquoi, ont été crées aujourd’hui à travers le pays, 160 centres de médias indépendants. Ceux-ci, financés à 92% par les auditeurs et des donations, réalisent des émissions et des films pour montrer certains abus que l’État refuse de divulguer à la presse.

La Maison Blanche ou le Congrès possède un centre de presse. Des correspondants de grands journaux, radios et télévisions y sont accrédités afin de pouvoir informer le public de façon directe et permanente sur les activités des institutions. Car les Américains tiennent beaucoup à leur droit de regard sur ce que font leurs gouvernants à l’intérieur du pays. Par contre, peu de lecteurs ou d’auditeurs savent grand chose sur le reste du monde. Narcissisme ou égocentrisme ? Peut-être simplement ignorance et indifférence.

C. A. DIA-L’Essor

17 juillet 2007.