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Le Mali a fêté en septembre dernier le 50ème anniversaire de son indépendance. Les préparatifs et la réussite de l’organisation de l’événement ont fait naître plein d’espoir chez des aînés, à telle enseigne que, des voix se sont élevées en plusieurs milieux exprimant le maintien de ce sentiment national au plus haut point, manifesté par les populations. Voila, au nom d’un (prétendu) devoir d’informer (le devoir d’informer est sublime, donc louable) que dans la presse paraissent depuis plus d’un mois des articles aux titres tendancieux, provocateurs, qu’insidieux, ayant comme point de départ, les conséquences de la création du franc malien le 1er juillet 1962.

Que s’est-il passé à Bamako ce vendredi 20 juillet 1962 ? Que s’est-il passé entre le Commissariat du 1er Arrondissement et l’ambassade de France ? Qu’a-t-on fait de l’emblème national sur ce trajet et devant l’ambassade de France ? Quels propos les manifestants ont-ils scandés devant l’ambassade de France ? En tant que citoyen malien, je le rappelle avec beaucoup de peine, parce que je trouve l’acte excessif, irresponsable, incivique, antinationaliste, assimilable à la démence.

Les voici :  » A bas le franc malien ! A bas le Mali ! Vive la France ! « . Des propos du genre, deux ans seulement après la proclamation de la République du Mali, dans des conditions que l’on sait, les auteurs de ce mouvement ont-ils mesuré le risque et la portée de leur acte, dans une situation politique tendue entre le Mali et la France, surtout après l’éclatement consommé de la Fédération du Mali, éclatement dans lequel, la responsabilité de la France était totale, avec l’opposition farouche de la même France (du Général de Gaulle) à l’entrée du Mali à l’ONU ?

Pour ma part, je laisse la réponse aux questions ci-dessus posées à ceux-là qui ont filmé l’événement, puis procédé aux enquêtes et aux arrestations. Ils ne sont pas tous morts, comme bien des témoins de l’événement sont encore en vie. L’indignation à Bamako, avant toute arrestation, tout jugement, toute condamnation, dans plusieurs milieux était totale, au regard des déclarations de plusieurs citoyens :  » ils auraient dû faire tout sauf cela  » Déchirer le drapeau du Mali. A bas le Mali, devant l’ambassade de France ! Quelle ignominie !

Sentiment de haine

Pour revenir aux articles, dont l’un des titres phares est : Modibo Keïta et l’USRDA 1960-1968. Faits et méfaits en trois publications I, II, III, dans lesquelles on relève aisément une abstraction presque totale des faits positifs, donc beaucoup plus un sentiment de haine, d’acharnement, le désir de nuire, même s’ils ne sont pas avoués, que le devoir d’informer.

1)D’abord, pour Boubacar KEITA (de la Roue) : J’ai beaucoup de respect et de considération pour cet homme et très courageux, pour ce qu’il a fait par sa plume entre 1989 et 1990 dans le processus de la chute du régime de Moussa Traoré. Il a animé avec le Pr. Sekinè Mody Sissoko, à l’occasion du 22 septembre 1993 ou 1994 un débat sur les antennes de Radio Mali. Ses propos à ce débat à l’égard Modibo Keïta et de l’USRDA, n’étaient pas aussi amers.

Au cours du même débat, il a déclaré avoir effectué une mission (en tant que conseiller de presse du président Modibo Kéïta, si je ne m’abuse) au Sénégal sur ordre de celui-ci, mission dont le but était de tâter le degré d’engagement des Sénégalais en faveur de la Fédération du Mali (1958-1959 sans doute). Selon lui, la mission a duré trois (3) mois. Il a sillonné tout le Sénégal.

Il est rentré à Bamako par train Express le soir, son rapport de mission prêt en main (80 pages environ) remis le même soir au Président Modibo. Boubacar, selon lui, le lendemain matin eut un tête à tête sur le rapport avec le Président, qui lui aurait dit ceci:  » Boubacar, après lecture de ton rapport, je me demande si tu n’es pas un anti fédéraliste  » (c’était l’époque où le terrain politique en Afrique était marqué par deux courants : Fédéralistes et Unitaires). Monsieur le Président, répondit Boubacar, je persiste et signe, le peuple sénégalais est en faveur de la Fédération du Mali, mais les intellectuels sénégalais non.

Boubacar, après cet entretien, partit en Côte d’Ivoire, d’où il est rentré au Mali, sans préciser la date. Exclu du parti (USRDA) selon lui en 1950 (année du repli tactique du RDA), Conseiller de presse de Modibo (1957-1959, un procès contre son journal, à l’issue duquel, il quitta le Mali pour la Côte d’Ivoire. A son retour au Mali en 1989-1990, je me pose beaucoup de questions à propos des déclarations de Boubacar en 1995 surtout sur leur objectivité, compte tenu des démêlés qu’il a eus avec Madeïra Kéïta en 1957 (alors ministre de l’intérieur) et le retour de celui-ci sur la scène politique en 1992 comme Président d’honneur de l’USRDA, n’expliquent-ils pas en partie, la motivation du Doyen Boubacar Kéïta (de la Roue) pour ses propos ?.

En 1993 ou 1994, trois journaux de la place dont Nouvel Horizon et la Roue sous la plume de Boubacar Kéïta, ont fait un sondage d’opinion sur l’ensemble du territoire du Mali, sur le régime de l’USRDA et sur Modibo lui-même. 70% des maliens interrogés trouvaient le bilan de l’USRDA satisfaisant et voyaient en Modibo un grand homme d’Etat, un grand patriote. Cela près de 25 ans, après le coup d’Etat qui a mis fin au régime de l’USRDA. Aujourd’hui encore, un sondage du genre donnera le même résultat. Le micro trottoir de l’ORTM pendant les préparatifs du 50ème anniversaire de l’indépendance le prouve.

2)Le Soudan Français a connu trois (3) pionniers de l’indépendance: Mamadou Konaté (Président de l’USRDA), Fily Dabo, Hammadoun Dicko (du PSP). Parce que écrit par un Européen ? Hélas ! Le premier est décédé en mai 1956, en laissant l’USRDA entre les mains de Modibo Kéïta (son plus fidèle lieutenant) et ses camarades qui ont conduit le pays à l’indépendance en 1960, victoire arrachée de hautes luttes. Pour les deux autres, amis politiques, je me réfère à la déclaration faite en janvier 1944 à la conférence de Brazzaville, convoquée par le Général de Gaulle ; conférence dont l’objectif était d’examiner la possibilité d’évolution des colonies.

Mais en réalité, il a été plutôt question du maintien de l’empire colonial et d’affranchissement des colonies, exprimé dans les interventions des participants (pages 498, 499 et suivantes de l’Histoire de l’Afrique Noire d’Hier à Demain (Librairie A. Hatier) du Pr. Joseph Ki Zerbo. En voici des extraits de quelques unes de ces interventions :

a)Il appartient à la nation française et il n’appartient qu’à elle, de procéder le moment venu aux reformes impériales des structures qu’elle décidera dans sa souveraineté. (Général de Gaulle).

b) On sait que dans la colonisation, trois politiques sont possibles : assujettissement, autonomie, assimilation. La colonisation française est basée sur l’assimilation, avec un courant d’autonomie et quelques traces de plus en plus atténuées d’assujettissement. (Delmas).

c)Les fins de l’œuvre de civilisation accomplie par la France dans les colonies écartent toute idée d’autonomie, toute idée d’évolution hors du bloc français de l’empire. La constitution éventuelle, même lointaine de self-gouvernement dans les colonies est à écarter. Dans la grande France coloniale, il n’y a ni peuple à affranchir, ni discrimination raciale à abolir.

Congrès constitutif du RDA

Ces interventions finirent par l’adoption, pour l’habillement, le costume européen en ces termes : « L’habillement, la tenue de l’Européen est considérée comme représentant la plus parfaite forme de beauté, à laquelle soit parvenu le sens de l’esthétique de l’homme. Et le Noir peut l’adopter d’autant plus facilement, que cela ne demande pas beaucoup d’efforts d’assimilation. Nous sommes pour l’extension intégrale en Afrique de la civilisation occidentale « . Le seul Ouest Africain, dont les notes furent qualifiées par le Général De Gaulle de timides, présent à cette conférence regardait la colonisation comme assumant  » un devoir de fraternité « . Fallait-il y croire, à la lumière des interventions du Général de Gaulle de Delmas et autres ?

Selon d’autres sources que nous n’avons pas sous la main, la même personne a dit, nous citons de mémoire :

 » La colonisation est une action bienfaitrice et émancipatrice. Le Blanc civilise le Noir et lui apprend à s’habiller « . Vrai sans doute en Afrique Equatoriale (Centrale) des années 40 et bien avant, mais pas dans l’empire du Ghana, de Soundiata ou de Sonni Ali Ber, ni au Soudan Français, où des siècles plus tôt, nos aïeux savaient s’habiller, se chausser et se coiffer. Askia Mohamed Touré, Almamy Samory dans leur boubou et leur turban le prouvent.

Quels pionniers donc de l’indépendance, lorsqu’en 1946 au congrès constitutif du RDA, constituant selon son Président (Houphouet Boigny) le front de libération de l’Afrique d’une tutelle odieuse: l’impérialisme, ne participèrent pas cinq (5) hommes politiques africains, ayant auparavant donné leur accord pour la rencontre de Bamako, qui devait donner naissance au RDA ?

Il faut noter fort, que l’éclatement de l’empire colonial français, synonyme de l’indépendance des colonies s’est opéré contre la volonté de la France. Les raisons objectives des indépendances sont:

a) La situation économique et financière difficile de la France après la guère. Elle ne pouvait plus assurer convenablement les dépenses liées à l’administration des colonies.

b).La poussée du nationalisme dans les colonies, surtout en Indochine, qui s’est soldée par l’indépendance du Vietnam en 1945 ; puis celles du Maroc et de la Tunisie en 1956, du Ghana en 1957 (colonie anglaise), avec des évènements extrêmement importants, qui se sont produits avant. Ces évènements sont : la guerre d’Algérie et Dien Bien Phu en 1954, la conférence de Bandoeng en 1955. A Suivre…

Sékou KEITA

Tel : 76 38 98 71

03 Janvier 2011