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La semaine dernière, Jeamille Bittar, sous sa double casquette de Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Mali (CCIM) et de Président du tout nouveau Mouvement des Entreprises du Mali (MEDEM) – un avatar, sans doute, du Mouvement des Entreprises de France (MEDEF) – organisait un meeting pour, disait-il, exprimer la reconnaissance du secteur privé pour les actes salutaires posés à son endroit par le Président ATT et assurer celui-ci de sa totale disponibilité s’il était candidat à sa propre succession, à la présidentielle d’avril prochain. Ce qui est plus que probable.

Malgré une médiatisation outrancière, la montagne a accouché d’une souris : la salle de mille places du Centre International de Conférences de Bamako (CICB) louée pour la circonstance, était davantage remplie de bambins désœuvrés, ramassés dans les quartiers périphériques de la capitale contre quantité de billets de banque, puis transportés sur les lieux par Bittar Trans, que d’opérateurs économiques dignes de ce nom. Sans compter la fausseté et l’indigence des discours.

Il y a quelques mois, c’est Bakari Togola, le Président de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture du Mali (APCAM) qui ouvrait le bal de cette incursion inopinée des organisations patronales aux côtés d’ATT. En réunissant, dans un hameau perdu de la brousse sikassoise dont on n’a même plus souvenir du nom, une poignée de planteurs de coton pour, proclamait-il, « apporter le soutien de l’ensemble du secteur cotonnier malien à la candidature du Président ATT« .

Dans le même temps, Ibrahim Féfé Koné, récemment confirmé par ATT au poste de Gouverneur du District de Bamako, n’hésitait pas à s’afficher, de façon ostentatoire et en tenue officielle, à tous les meetings du Mouvement citoyen. Ce parti politique sans le nom qui, fort des moyens logistiques et financiers de l’Etat à lui abusivement attribués, fait de l’ombre aux formations légalement constituées.

Son homologue de Gao, le Colonel Mahamane Touré, ferait mieux – ou plutôt pire – dans le genre.

Que dire, pour abréger cette liste de malentendus, de ces femmes entrées au gouvernement pour conforter la société civile et qui, soudainement atteintes du virus de l’ATTmania en cette période préélectorale, rivalisent dans la multiplication de clubs et associations de soutien à leur nouvelle idole ?

A ce train, on verra bientôt l’armée, la gendarmerie, la police, la garde nationale défiler dans les rues pour exiger, avec pancartes et banderoles, le plébiscite de celui qui est, après tout, l’un des leurs.
L’image ne doit pas faire sourire car dans le Mali sous ATT, il n’y a plus de limite à l’imposture, la confusion des rôles, le dévergondage politique, la dissolution des règles et des valeurs. Tous les abus, tous les errements, toutes les déviances deviennent possibles, sont tolérés, voire encouragés. Pourvu qu’ils servent un seul but : la réélection du Général Président.

Chaque jour qui passe voit ainsi se déliter une démocratie pour laquelle des centaines de nos compatriotes ont donné ce qu’ils ont de plus cher : la vie. A sa place prend forme un monstre hideux, système indéfinissable et innommable où, sur fond d’un populisme débridé et appauvrissant, le vice est érigé en vertu et la vertu ravalée au rang du vice.

El Hadj Saouti Labass HAIDARA

12 mars 2007.