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Parler de lever le verrou de la limitation du mandat présidentiel au Mali, c’est accepter aussi le retour des coups d’Etat. Ce sera un juste retour des choses.

Ces derniers temps, en lisant tous ces articles commandités par celui qui a le plus intérêt au forfait, car c’en serait réellement un, je me suis dit, pensant à ces gens, mais ils sont fous, complètement déréglés, car on ne peut pas jouer ainsi avec le feu, dans une case remplie de coton et de produit inflammable.

Il s’agit de cette fameuse théorie qui veut faire croire au Malien, que la limitation du mandat présidentiel est anti-démocratique, et que ce serait une véritable atteinte à la libre expression du choix populaire. Au Mali, sur cette question, on joue avec le feu.

Dans un article paru le 2 juin 2008, sous la plume d’une certaine Marie-Antoinette Sidibé, politologue et constitutionnaliste, on a pu lire des énormités qui me conduisent à dire qu’elle n’est pas plus constitutionnaliste que je ne suis astronaute.

Par des pratiques pareilles, ces gens, de parfaits farfelus, discréditent les vrais intellectuels et créent la méfiance du peuple en ceux qui intelligemment et objectivement veulent distiller de sages conseils.

En écrivant « force serait-il donnée au fait majoritaire qui s’exprimera alors contre un diktat imposé par des conférenciers dits nationaux », cette bonne dame (si elle en a le sexe) met bas le masque, car tout constitutionnaliste digne de ce nom, apprécie à sa juste valeur, ceux qu’on appelle « constituants » dans la vie politique.

La Conférence nationale a été l’acte institutionnel fondateur du Mali démocratique, tout comme la Déclaration d’indépendance en 1776 aux Etats-Unies, les Etats généraux de 1789 en France, la Conférence nationale du Bénin en 1990 et j’en passe. A partir de ces assisses, des textes ont été adoptés, soumis au peuple souverain qui par voie de référendum a décidé de l’organisation des pouvoirs.

Pour le cas du Mali, il est indécent de prendre à la légère tout le processus qui a conduit à l’émergence de la démocratie. C’est une page de notre Histoire, écrite avec des lettres de sang, que nul n’a le droit de déchirer au nom d’intérêts égoïstes et bassement matérialistes.

Ce sont en effet de pures logiques subjectives qui commandent les initiatives pour le déverrouillage du mandat présidentiel. Cette prétendue constitutionnaliste a l’outrecuidance de citer comme exemple à la base de son analyse des dinosaures décrépits et spécieusement qualifiés par tous les politologues sérieux de dictateurs.

Elle cite pêle-mêle : Paul Biya du Cameroun, Zine El-Abidine de Tunisie, Hosni Moubarak d’Egypte, Blaise Compaoré du Burkina Faso, Lassana Conté de Guinée, Idriss Deby Itno du Tchad, Omar Bongo Ondimba et j’en passe, des hommes qui ne sont des références en rien pour le bien-être de leur peuple. Ce sont de tels personnages, honnis par tous, qu’une prétendue politologue constitutionnaliste cite pour illustrer ses propos. Honte à elle.

Comment voulez-vous qu’avec des intellectuels de cet acabit, les jeunes générations aient confiance en leurs aînés dans la voie de la quête du savoir ?

Attention à ne pas jouer avec le feu

Ce n’est pas parce que la France ou des pays de l’Union européenne ont assisté sans piper mot que ces messieurs ont raison.

Cette France et cette Europe où étaient-elles quand par milliards des dictateurs ont pillé nos caisses publiques ? Est-ce pour autant qu’il faut admettre la corruption et la délinquance financière et économique qui gangrènent la gouvernance démocratique de nos pays ? Si comme elle le dit le souhait de ATT est de se pérenniser au pouvoir et par cela modifier la Constitution que le Mali s’est donné après le sang et les larmes de ses enfants, je lui souhaite bonne chance.

Toutes ces personnes qui parlent de modifications constitutionnelles ne savent pas de quoi elles parlent, car ce que l’on peut en retenir, en Afrique, les révisions constitutionnelles tournent toujours autour des pouvoirs du président de la République, de son renforcement et de la soumission des autres institutions à l’exécutif sur le rallongement du mandat ou sur sa non limitation.

On ne verra rien d’autre. C’est à n’en pas douter une véritable escroquerie politique, car c’est étant au pouvoir, tenant en main toutes les cartes, dont celle de la répression, que l’homme fort abuse de son pouvoir et tripatouille comme il le veut les textes fondamentaux.

Or, lorsque en 2000 à Alger, le sommet de l’Organisation de l’unité africaine décidait de donner un carton rouge à tous les putschs, l’OUA entendait s’inscrire dans une dynamique où l’alternance au pouvoir se ferait sur des bases juridiques objectives, sans modification malicieuse des règles du jeu politique. C’est cela que l’on retrouve dans la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.

Dans le préambule de cette Charte, les Etats africains déclarent qu’ils sont : « soucieux d’enraciner dans le continent une culture d’alternance politique fondée sur la tenue régulière d’élections transparentes, libres et justes, conduites par des organes électoraux nationaux, indépendants, compétents et impartiaux ;

Préoccupés par des changements anticonstitutionnels de gouvernement qui constituent l’une des causes essentielles d’insécurité, d’instabilité, de crise et même de violents affrontements en Afrique ».

Pour ce faire, la Charte s’insurge contre « tout amendement ou toute révision des constitutions ou des instruments juridiques qui porte atteinte aux principes de l’alternance démocratique ». Article 23 paragraphe 5 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance.

ATT et les siens peuvent bien dire, l’Union africaine on s’en fout.

Ce sera alors du pain béni pour les Maliens de s’opposer par la force à tout coup d’Etat institutionnel, suite au déverrouillage de la limitation du mandat présidentiel, ce qui instaurerai un pouvoir monarchique et personnel. De plus, des mécanismes dans l’ordonnancement juridique international admettent alors la violence comme ultime recours du citoyen, contre l’ordre établi.

Nous convierons les Maliens à cela, nous exigerons toutes les formes possibles d’actions, de la désobéissance civique à l’affrontement armé, car lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Ces mots étaient écrits dans la première mouture de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 24 juin 1793 en son article 35.

Des références

Sur ce point des références existent dans la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique, un pays que sauf mauvaise foi, on ne saurait suspecter de ne pas pratiquer la démocratie dans son préambule dispose : « Mais lorsqu’une longue suite d’abus et d’usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future ».

C’était parlant du peuple des 13 colonies, qui se révolteront contre la couronne britannique.

La Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen dont le préambule fait de la violence l’ultime recours contre la tyrannie : « Considérant qu’il est essentiel que les droits de l’Homme soient protégés par un régime de droit pour que l’Homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression ».

L’Afrique s’en est sortie des années du parti unique mais par l’incurie de potentats bornés, elle est en train de reculer dans les affres du pouvoir absolu.

En effet, tout politologue sérieux sait qu’avec la démocratie, l’alternance est le ferment essentiel pour sa consolidation. C’est en cela que la démocratie célèbre et magnifie l’Etat, lequel demeure, alors que les régimes qui sont en perpétuels mouvements, passent.

La démocratie s’oppose au régime de dictature, caractérisé par le règne d’un homme et de son clan, la patrimonialisation du pouvoir qui devient héréditaire comme on l’a vu en Syrie, peut-être en Egypte, voire au Sénégal. C’est bien là signe de régression.

Dans son manuel de Droit constitutionnel, le doyen Marcel Prelot, dans les mécanismes de prise du pouvoir cite volontiers celui effectué par la violence.

D’autres constitutionnalistes, comme Hauriou, Burdeau et même Mazeaud, justifient ce mode de prise de pouvoir lorsque les règles sont faussées pour asservir l’intérêt général à des intérêts personnels ou claniques. Le Mali connaît le prix qu’il a payé pour s’affranchir de la dictature militaire. L’Histoire nous apprend qu’un peuple qui s’est libéré, fera tout pour éviter les chaînes.

Il serait sage pour tous les apprentis sorciers de ne pas réveiller le chat qui dort.

ATT a échoué, il le sait. Ce ne sera ni son PDES ni aucune autre formule magique qui le sortiront de son incompétence et de son incapacité à gérer ce pays. La source du pouvoir, c’est aussi l’adhésion populaire, enthousiaste de toute une nation. C’est ainsi qu’on réalise de grand dessein.

Or, élu dans les conditions qu’on sait, par une fraude sans pareille dans l’histoire du Mali démocratique, et là c’est non seulement l’ancien président de la Cour constitutionnelle qui a fait le constat, mais aussi, le directeur national de l’Intérieur, maître d’œuvre des élections, ATT ne peut se prévaloir d’aucune légitimité.

Attention donc à ne pas toucher à ce qui est issu du plus cher des Maliens leur sang. Conformément aux vers de notre Hymne national :

« Si l’ennemi découvre son front

Au-dedans ou au dehors

Debout sur les remparts

Nous sommes résolus de mourir… »

Le Mali n’a pas besoin d’un messie, comme on semble présenter ATT. Ces hommes providentiels, les cimetières en sont remplis. Alors qu’on laisse cette démocratie malienne vivre ses alternances, sans tripatouillage de la Constitution, le peuple décidant librement, à qui il confiera son destin.

Les faits démontrent déjà à suffisance les libertés que le général-président prend avec la loi :

arrestation de journalistes ;

interpellation tous azimuts ;

violation de la loi par ses soins ou ceux de ses affidés ;

banalisation de la corruption et de la délinquance financière et économique ;

promotion de personnes épinglées par les structures de contrôle pour fait de malversation ;

interdiction de marche ;

Et plu grave, une gestion à vue du pays sur tous les plans d’où :


une école sclérosée et anémiée intellectuellement ;

une administration sans âme et sans repère ;


une justice aussi corrompue qu’inefficace ;

une armée incapable de défendre l’intégrité du territoire ;


une police maladivement corrompue

un service de santé ressemblant plus à un mouroir, etc.

En quoi le principal responsable d’une telle déconvenue peut-il se targuer de vouloir continuer à gérer le pays au point de s’affilier des mercenaires de la pensée ou de la plume, comme ce cacique du clan CMDT, ancien ministre de Alpha Oumar Konaré et artisan du hold-up électoral de 2002, j’ai nommé Ousmane Sy.

Toutes ces personnes devraient laisser en paix ce Mali, ne serait-ce que pour le repos de l’âme des martyrs, qu’ils ont souillé par leur pratique.

Et puis, tant qu’on y est pourquoi ne pas aussi sauter le dernier alinéa de l’article 121 de la Constitution : « tout coup d’Etat ou putsch est un crime imprescriptible contre le peuple malien » et le remplacer par cet autre, « le coup d’Etat est la solution à l’organisation chaotique des élections. Le peuple a le droit d’en user ».


Almamy Z. Touré

(expert en gouvernance)

06 Juin 2008