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La semaine prochaine, des ministres de l’environnement et des hauts fonctionnaires du monde entier se réunissent au Cap, en Afrique du Sud, à l’occasion de l’Assemblée du Fonds pour l’environnement mondial (FEM). Ils chercheront à voir comment ce mécanisme financier mondial unique en son genre, créé il y a 14 ans, après le Sommet de Rio, peut devenir une plate-forme de coopération internationale plus solide entre les pays riches et les pays en développement sous la conduite de Monique Barbut, la nouvelle directrice générale du FEM.

Croissance ou biodiversité ? Un dilemme à dépasser

L’Assemblée se déroule dans l’une des zones les plus « sensibles » au monde du point de vue de la biodiversité, l’empire floral du Cap. Cette région est le site de plusieurs projets passionnants, financés par le FEM, dans lesquels la préservation de la biodiversité est intégrée avec succès au développement économique et social.

On considère souvent qu’il faut choisir entre développement et préservation de la biodiversité. Pourtant, à l’instar d’autres pays, l’Afrique du Sud montre concrètement comment il est possible de concilier ces deux dimensions dans des régions comme l’empire floral du Cap. À terme, une saine gestion des ressources naturelles profite en réalité à l’économie, au développement local, aux entreprises, comme en témoignent de nombreux exemples analogues.

C’est un mythe de croire que la croissance économique provoque inévitablement une dégradation de l’environnement ou que, inversement, la protection durable du milieu naturel affaiblit la création potentielle de richesse, et il est temps d’y mettre fin.

Ce faux dilemme a contribué à une marginalisation des questions environnementales dans le programme plus large de promotion du développement, alors même que les ressources naturelles sont en réalité l’une des clés de la croissance et du combat contre la pauvreté dans les pays en développement.

Plusieurs projets réalisés par la Banque montrent clairement que la gestion durable des ressources naturelles peut aider à améliorer les conditions de vie des pauvres.

Ainsi, au Sénégal, un projet du FEM exécuté par la Banque mondiale dans le secteur de l’énergie a été à l’origine d’une gestion durable de la forêt et a réussi à promouvoir la fabrication et la vente de quelque 250 000 foyers à bois améliorés, aidant à créer un milieu plus salubre pour des millions de femmes et d’enfants pauvres, et donc à faire reculer la pauvreté tout en freinant le déboisement et en réduisant les émissions de carbone.

Dans le secteur des transports, des projets à Lima, Mexico, Manille et Santiago ont permis l’adoption de technologies à faible émission de carbone et d’autres modes de transport peu polluants, tels que des réseaux express d’autobus ou des véhicules non motorisés, qui fournissent aux pauvres des moyens de transport peu chers et plus fiables tout en contribuant localement à une amélioration de la qualité de l’air.

Gagner sur les deux tableaux

Il est possible de préserver la biodiversité et d’accroître les moyens de subsistance à partir de ce double constat : les populations locales influent sur la qualité et la productivité des ressources naturelles qui les entourent, mais elles dépendent aussi de ces mêmes ressources pour vivre, se nourrir et s’abriter.

En Inde, le projet Eco développement montre que l’on peut faire reculer la pauvreté tout en protégeant la nature, et donc gagner sur les deux tableaux.

Grâce à ce projet, des groupes tribaux, contraints de vendre leurs produits agricoles à des prix dérisoires pour rembourser leurs usuriers, ont désormais les moyens d’améliorer leur situation financière et économique.

Ils protègent aujourd’hui les ressources de la forêt, plutôt que de se livrer au braconnage. À Palamau, un district de l’état du Jharkhand, dans l’est de l’Inde, 90 % des pauvres et des paysans sans terre ont trouvé un emploi grâce à cette nouvelle initiative.

Il est indéniable que les pays pauvres sont confrontés à de nombreux dilemmes, avec des choix parfois difficiles à faire. En partenaire mondial responsable, nous devons les aider à trouver les moyens de relever ce défi de façon viable.

Parue en 2005 et fruit des travaux de 1 300 scientifiques du monde entier, l’Évaluation des écosystèmes pour le nouveau millénaire met en évidence les multiples formes par lesquelles les écosystèmes de la planète fournissent des services et des produits indispensables au bien-être de l’humanité.

L’une des grandes difficultés est de reconnaître le rôle de ces bienfaits – d’en rendre compte. Une solution est de rapprocher les ressources naturelles de l’économie en tenant compte de la véritable valeur de ces ressources, ainsi que de leur épuisement et des pressions démographiques.

Pour l’essentiel, la théorie économique classique n’attribue aucune valeur à des phénomènes naturels tels que la protection du littoral par les récifs coralliens ou le rôle des forêts dans l’absorption du dioxyde de carbone, gaz qui retient la chaleur.

Des études récemment menées par la Banque mondiale montrent toutefois que dans les pays pauvres, non producteurs de pétrole, les ressources naturelles contribuent pour 25 % à la richesse totale, beaucoup plus que les 16 % que représentent les biens et services produits.

Qu’il s’agisse des forêts, des zones de pêche, des récifs coralliens, des terres agricoles ou des ressources en eau, la survie du genre humain dépend de la santé des écosystèmes et de l’utilisation durable de ce patrimoine.

À défaut, le combat contre la pauvreté, la faim et la mortalité juvénile ne peut avoir de résultats durables. Le Groupe de la Banque mondiale est déterminé à travailler en étroite relation avec le FEM et ses partenaires nationaux pour jouer un rôle capital dans la protection de notre planète au profit des générations à venir.

Katherine SIERRA

Source BM

23 août 2006.