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Presqu’incontournables dans les questions de développement des Etats aux économies fragiles comme le nôtre, beaucoup de partenaires au développement s’étaient sentis obliger de suspendre leur aide budgétaire à notre pays après la rupture brutale de l’ordre constitutionnel en 2012.

Le vent du désordre qui a soufflé sur le Mali en mars 2012 avait eu pour conséquence le départ des partenaires techniques et financiers qui avaient, de façon unanime, dénoncé le coup de force qui a occasionné la chute du régime démocratique d’Amadou Toumani Touré.

Les partenaires au développement tels que le Pnud, les USA, l’Agence française de développement, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international…, fortement attachés au respect de l’ordre constitutionnel et de l’Etat de droit, avaient ainsi suspendu toute aide à notre pays, à l’exception de l’assistance humanitaire qui relevait de l’urgence dans un pays occupé à près des deux tiers par le terrorisme. Notre pays, déjà économiquement fragile, avait de ce fait connu une traversée du désert, parce que le pouvoir de transition a été sevré des centaines de milliards de FCFA que les partenaires au développement y drainent annuellement à titre d’aide budgétaire et autres. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement quand on sait que les institutions de la coopération internationale jouent un rôle de plus en plus accru dans les questions de développement des Etats aux économies fragiles comme le notre.

A titre illustratif, au moins 30% du budget national du Mali est constitué de l’aide publique au développement, si l’on en croit des experts nationaux. En plus, elle finance les investissements publics dans notre pays à hauteur de 70%, soit 300 à 400 milliards FCFA, selon les mêmes sources. C’est donc à juste raison que les Maliens ne cachent plus leur espoir par rapport à la reprise, depuis quelques temps, de la coopération internationale avec notre pays, même si certains partenaires restent encore dans les effets d’annonce. De l’avis d’observateurs bien imprégnés de la question, cette attention dont le Mali fait l’objet résonne comme la reconnaissance du rôle combien prépondérant que notre pays à joué ces dernières années sur la scène internationale afin d’améliorer l’efficacité de l’aide au développement.

A titre de rappel, le Mali a participé aux différentes enquêtes de suivi de la déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide (2006-2008). Toute chose qui avait permis aux principes d’efficacité de l’aide de retenir l’attention au niveau ministériel lors du troisième forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide qui s’est tenu à Accra en septembre 2008 et d’apporter des bases concrètes à l’élaboration de la préparation du programme d’action qui y est sorti. Le troisième et dernier cycle de suivi qui a permis d’établir dans quelle mesure les objectifs de la déclaration de Paris ont été atteints, avait été coordonné par le Mali en 2011 et s’était appuyé sur les résultats des enquêtes de 2006 et 2008. Selon les experts, en participant aux enquêtes en 2006, 2008 et 2011, le Mali a contribué à démontrer l’importance du suivi de l’efficacité de l’aide pour améliorer son impact sur le développement.

Ces efforts avaient d’ailleurs valu à notre compatriote, Modibo Mao Makalou alors en fonction à la présidence de la République, d’être désigné pour défendre la position africaine sur le développement au cours du sommet de haut niveau sur l’efficacité de l’aide à Busan (Corée du Sud) en 2011. Mieux, les trois enquêtes ont surtout concouru à améliorer de façon concrète la manière dont l’aide est fournie aux pays en développement. Mais, au-delà de l’engagement de notre pays en faveur de l’efficacement de l’aide publique au développement, les observateurs conviennent volontiers que la doigté et l’efficacité avec lesquelles la transition a été conduite ont été sans doute des facteurs déterminants dans la reprise de la coopération bi et multilatérale. En effet, pour avoir réussi à restaurer la stabilité au Nord et organiser, avec la manière, l’élection présidentielle qui met ainsi fin à la crise politique et institutionnelle, le gouvernement de transition a su redonner confiance à nos partenaires. C’est ainsi dire que l’équipe Diango Cissoko qui devrait les recevoir honneurs de la République ce matin part certainement avec le sentiment d’avoir bien rempli sa mission.

Toutefois, s’ils se réjouissent de la reprise partielle de l’aide publique en direction du Mali, plusieurs de nos compatriotes ont de réels soucis par rapport à la mobilisation des 3,2 milliards d’Euros, soit plus de 2000 milliards de FCFA, promis à notre pays lors de la conférence des donateurs à la mi-mai 2013. Ces inquiétudes sont d’autant justifiées qu’ils se souviennent que la lenteur avait été décriée dans le décaissement du fonds d’affectation spéciale de multi-donateurs au Sud-Soudan. Pire des insuffisances au niveau des résultats avaient été notées dans la gestion dudit fonds. C’est pourquoi, il y a lieu d’être vigilant par rapport à l’aide annoncée à Bruxelles, une fois qu’elle est décaissée, l’élection présidentielle qui était un préalable à sa mobilisation étant désormais chose faite. En tout cas, les Maliens attendent en ce moment d’avoir des réponses efficaces aux questions suivantes: comment cette aide sera acheminée au Mali ? Par quelle modalité ? Comment est-ce qu’elle sera utilisée et comptabilisée ?

Bakary SOGODOGO

Le Prétoire du 2 Septembre 2013