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En Afrique, plus de 60% de la population est rurale, malgré une tendance déclarée à l’urbanisation. En moyenne 40% des jeunes vivent dans les campagnes. L’Afrique reste un continent rural et incroyablement jeune, mais cette jeunesse manque souvent de soutien. Aujourd’hui, la pauvreté structurelle en milieu rural est devenue la première cause de départ des populations vers les villes.

En effet, les systèmes de production agricole ont perdu leurs performances d’antan. La faiblesse des rendements agricoles et des revenus qu’ils génèrent est sans commune mesure avec l’urgente nécessité de nourrir, soigner, éduquer, vêtir, voire aspirer à un bien-être social.

En Afrique de l’Ouest, les rendements des cinq grandes cultures pluviales (mil, riz, arachide, maïs et coton) ne dépassent guère la tonne à l’hectare par an. Autrement dit, il faut un siècle pour produire 100 tonnes sur un hectare.

Rendre accessibles les terres

Si les faibles revenus des ruraux sont devenus la principale cause de départ, l’inaccessibilité à la terre reste un facteur déterminant qui détourne le choix des jeunes restés au terroir vers les métiers non agricoles. Il reste paradoxal de parler d’inaccessibilité à la terre quand on sait que d’immenses étendues de terres arables non cultivées bordent les terroirs des communautés rurales.

En réalité, l’inaccessibilité relève moins d’un manque de distribution ou d’affectation des terres que de leur éloignement. Les terres qui se situent à proximité immédiate du village appartiennent déjà aux anciens et aux parents. Les jeunes doivent alors se contenter des terres en friches situées loin du village.

Ils auront déjà parcourir plusieurs kilomètres avant d’arriver dans leurs champs. Epuisés, ils doivent entamer les durs labeurs champêtres avec des outils rudimentaires qui demandent plus de la force de l’homme qu’ils ne s’appliquent à faire un travail précis et rapide.

Le soir, ces jeunes reprennent le même chemin pour rentrer à la maison. Il arrivent fatigués et sont parfois découragés quand le verdict des rendements et des récoltes arrive. Voilà pourquoi ils ont cessé de fréquenter les champs.

De la nécessite d’investir dans le monde rural

Il est urgent d’investir dans le monde rural et dans l’agriculture. Les jeunes seuls ne peuvent le faire. En Afrique de l’Ouest, la totalité des villes qui occupent une part moindre du territoire consomment l’essentiel des investissements. Ce paradoxe étouffe l’économie.

Pourtant, c’est le monde rural dans son écrasante majorité, ainsi que l’écrasante majorité des jeunes qui élisent le président de la République ainsi que les députés qui votent les lois. Celles-ci devraient logiquement servir la majorité rurale.

Une nation n’est pas constituée d’une portion du territoire encore moins par la minorité du peuple. Il est tout à fait compréhensible que les ruraux vident les campagnes quand la quasi-totalité des ressources sont investies en ville.


Améliorer les conditions de vie des ruraux

Toute la jeunesse rurale ne pourra abandonner la campagne. Comme leurs ancêtres, les jeunes qui resteront assureront la pérénnité des sociétés rurales et tout ce qui dépend d’elles. Il est urgent de leur proposer un espace rural dans lequel les jeunes peuvent dignement contribuer à la croissance économique et au développement social.

Pour cela, il faut reconnaître qu’ils sont à l’étroit dans leurs terroirs, qu’ils ne peuvent plus attendre le temps de l’héritage pour s’approprier les terres de leurs parents. L’heure de la création de nouveaux pôles de production et de service en milieu rural a sonné. Le monde rural ne doit pas aller en ville.

Les villages doivent s’agrandir et évoluer en petite ville. Des villes de production et de services dans les secteurs de l’agriculture (élévage, haticulture, aquaculture, foresterie, etc) au départ, et ensuite dans les secteurs de l’industrie de la transformation et des services associés.

C’est ainsi que peu à peu, l’éducation, la recherche et la veille technologie vont s’infiltrer dans le tissu socio-économique rural pour en assurer une durabilité.

Le débat modernité contre tradition ne nourrit pas le paysan ou l’agriculteur. Tout système de production moderne est appelé demain à être traditionnel. La modernisation de l’Agriculture va exiger une formation et une maîtrise des normes. Cela n’est pas hors de portée de petits agriculteurs jeunes ou paysans jeunes, si la volonté politique ne fait pas défaut.

Mamoutou DIALLO (Stagiaire)

30 Mai 2008