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Le deuxième Congrès de l’URD a vécu. Les attentes de Soumaïla Cissé, «fondateur du parti», pour reprendre l’expression de Younoussi Touré, ont été comblées. En effet, il a désigné, conformément aux ambitions présidentielles qu’on lui prête, les 67 membres devant conduire les destinées du parti de la poignée de mains durant les quatre prochaines années.

C’est avec intelligence qu’il a réussi à orienter le Congrès, à le préparer et à lui imposer ses choix, entérinés comme une lettre à la poste par la Commission d’investiture. Le résultat est que le Secrétaire général adjoint sortant, Alou Sow, par ailleurs Chef de cabinet du Premier ministre, Modibo Sidibé, a été écarté de la direction du parti. Tandis que le deuxième vice-président, Oumar Touré et surtout ministre de la Santé, a été maintenu à sa place. Explications.

L’homme fort de l’URD a, depuis février dernier, tenté de dissuader le deuxième vice-président du parti, Oumar Touré, par ailleurs ministre de la Santé, à se présenter contre le président sortant, Younoussi Touré, considéré comme un gérant par procuration. Dans un premier temps, Oumar Touré a écouté les paroles de «Soumi» et s’est engagé à suivre ses conseils.

Entre-temps, certains responsables ont concocté un complot tendant à l’écarter de la direction de l’URD. Il était donc obligé de revoir sa position convenue avec le «propriétaire du parti» en se positionnant pour éjecter l’ancien Premier ministre du président Alpha Oumar Konaré du fauteuil sur lequel l’avait installé, il y a quatre ans, Soumaïla Cissé. Pour ce faire, le deuxième vice-président n’a rien négligé. Aucun détail n’a été omis. Toutes les sections ont reçu sa visite et une grande majorité de celles-ci lui a témoigné sa confiance.

Avec sérénité, Oumar Touré attendait le jour « J » pour se voir propulsé à la présidence du parti. C’était compter sans l’adversité du président de la Commission de l’UEMOA, qui avait commencé à prendre ses distances vis-à-vis de lui.

Soumaïla Cissé dont l’ambition, tout à fait légitime et louable pour Koulouba en 2012, ne fait l’ombre d’aucun doute, n’entend pas laisser des obstacles se dresser sur son passage. Surtout que dans son entourage immédiat, il a été dit que si Oumar Touré réussit à bousculer Younoussi Touré, rien ne l’empêcherait de briguer la présidence de la République en 2012, au détriment du «candidat naturel» du parti.

Ce dernier ayant pris au sérieux cette donne a donc préféré composer avec Younoussi Touré qui a l’avenir derrière lui (il est réputé riche, a occupé de très hautes fonctions et est septuagénaire).

Politiquement, il ne peut plus avoir de fonction qu’il n’avait précédemment pas occupée. Aujourd’hui, il n’a besoin que des honneurs. Etant de la même contrée que Younoussi Touré, Soumaïla Cissé a choisi de lui confier provisoirement l’URD, en défendant ses intérêts politiques, en massacrant de passage tout responsable ou militant qui tenterait de se dresser contre lui ou soupçonné de vouloir rouler, au moment venue pour un autre candidat à la présidentielle prochaine.

C’est dans cette optique qu’il faut comprendre la mise à l’écart du secrétaire général adjoint sortant du Bureau Exécutif National, Alou Sow, par ailleurs chef de Cabinet du Premier ministre, Modibo Sidibé. Le seul tort du frère aîné de Mme Sy Kadiatou Sow est d’être là où il est en ce moment. Quand on est ami du candidat naturel de l’URD, on ne devrait pas être proche d’un autre candidat potentiel. Surtout s’il est chef du gouvernement.

Cette éviction pourrait même être considérée comme une méfiance vis-à-vis de Modibo Sidibé. Sinon, un avertissement pour lui dire de ne plus recruter ses hommes dans l’entourage de l’URD. Aussi, les cadres du parti de la poignée de mains n’auront-ils droit à aucune promotion, avant l’arrivée éventuelle de «Soumi» à Koulouba.

La question que l’on est donc fondé à se poser est de savoir pourquoi Oumar Touré n’a pas connu le même sort que Alou Sow ? Il incarne la tendance majoritaire du parti et sa mise sur la touche provoquerait une déchirure de l’URD, elle-même née d’une déchirure au sein de l’ADEMA, comme l’a si bien relevé Soumaïla Cissé, dans son adresse au congrès. Le ministre de la Santé s’est donc imposé comme une sensibilité qui compte.

L’unité, tant prêchée par le père référentiel du parti et le président tout désigné à l’issue de ce congrès, ne pourrait être une réalité que quand Oumar Touré accepte de jouer le jeu. Il est donc un élément clé du dispositif qui concourt à l’unité et à la cohésion du parti. C’est donc le réalisme politique qui a conduit Soumaïla Cissé à maintenir Oumar Touré à son poste de deuxième vice-président.

C’est ce dernier qui constitue le relais entre la direction de l’URD et la grande majorité des structures. C’est lui encore qui s’occupe, de jour comme de nuit, de leurs préoccupations au moment où Soumaïla Cissé s’occupe du sort des populations de l’espace UEMOA à Ouagadougou et où Younoussi Touré est bien enfermé dans sa tour de Babel à l’hippodrome.


Chahana TAKIOU

29 Avril 2008