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Mariam est une commerçante dont les affaires marchent bien. Depuis des années, elle effectue régulièrement le trajet Bamako-Abidjan via Sikasso. Peu attirée par les mirages de la vie, la jeune femme se consacre totalement à ses affaires. Elle gagne bien sa vie et joue un grand rôle dans l’équilibre économique de sa famille. Nombre de ses amies d’enfance l’envient et les candidats au mariage n’ont pas manqué. Mais la jeune dame ne semble point pressée de se laisser passer la bague au doigt. Sa seule passion, pour le moment, c’est de se faire de l’argent et d’aider les siens en difficulté.

Dans sa famille, elle est naturellement respectée et écoutée. Certains de ses prétendants ont dû abandonner la partie après avoir compris qu’ils ne pourraient être à même de combler toutes les attentes de la jeune femme dont le salon est bondé d’objets de valeur. Ses retours de voyage sont toujours attendus avec impatience par les autres membres de la famille qui sont certains de recevoir beaucoup de cadeaux de sa part.

PIECES DE BAZIN

Comme à l’accoutumée, Mariam Diakité a voulu faire un tour à Abidjan avant la fête. Une occasion pour elle de faire de bonnes affaires et de rapporter plein de présents aux enfants de ses sœurs et frères. Elle alla en début de semaine au marché de Bamako et acheta des pièces de bazin qu’elle confia à une teinturière. Cette dernière passa deux jours à colorier les tissus et à les tremper dans des bassines de différentes couleurs. Elle termina le travail mardi dernier et fit venir Mariam Diakité pour récupérer ses étoffes.

La commerçante se présenta, munie d’un gros sac de voyage dans lequel elle entassa les tissus. Elle rentra chez elle pour récupérer le reste de ses bagages et prendre congé de ses parents, amis et neveux. Elle se rendit ensuite au poste de Sénou dans l’espoir de trouver une « occasion » bon marché pour gagner Sikasso.

Elle arriva au poste aux environs de 15 heures et attendit longtemps sans trouver la bonne « occasion » espérée. Durant cette attente, elle sympathisa avec deux jeunes gens qui étaient venus prendre place sous le même hangar qu’elle. Elle ne savait, évidemment, pas que ceux-ci nourrissaient de mauvaises intentions. Les contacts se nouèrent rapidement. La dame et les deux jeunes gens discutèrent bientôt de tout et de rien comme de vieilles connaissances. Finalement, Mariam Diakité leur fit totalement confiance et leur demanda de veiller sur ses bagages, le temps d’aller chercher de l’eau et de la nourriture pour la rupture du jeûne.

Madou Konaté (l’un des jeunes) et son compagnon acceptèrent avec plaisir de rendre ce service en se disant que les choses se présentaient plus facilement qu’ils n’osaient l’espérer. Très confiante, Mariam Diakité laissa même son sac à main contenant une importante somme d’argent. Elle entra dans une boutique voisine où elle passa beaucoup de temps. Elle voulait acheter assez de provisions pour servir Madou Konaté et son compagnon qu’elle considérait déjà comme des amis avec qui elle était appelée à partager un long trajet. Mais à son retour, les bras chargés, quelle ne fut sa surprise de ne pas retrouver les deux hommes sur place. Ses bagages avaient également disparu. Elle explora les environs immédiats avant de comprendre qu’elle venait d’être victime d’un abus de confiance. Sans paniquer, Mariam Diakité fila droit au poste de police pour faire une déclaration de vol.

DEUX GRANDES BIERES

Pendant ce temps, les deux voleurs s’étaient rendus avec leur butin au bar « Détente » du quartier. Ils commandèrent deux grandes bières et entreprirent de les siroter, histoire d’arroser leur succès. A côté d’eux, était installé un militaire de l’armée de l’air. D.D. était aussi venu prendre un pot histoire de passer le temps. Il suivit la conversation des deux hommes tout en faisant semblant de ne pas les écouter. L’aviateur attendit que Konaté et son compagnon sortent pour les suivre. Il menaça de les dénoncer s’ils ne lui remettaient pas les objets volés à la dame. Les voleurs prirent peur devant la détermination de l’homme en tenue. Ils lui remirent la totalité des marchandises y compris du poisson fumé que Mariam avait l’intention d’offrir en cadeau à une de ses amies ivoiriennes.

Le soldat s’empara des marchandises et de l’argent de la femme. Mais au lieu de les rapporter à la police, il gagna sa chambre et y déposa le sac à main et le poisson fumé. Le reste des biens a été déposé dans sa grande famille.
Le lendemain, Mariam Diakité revint à la police et fit un portrait robot de ses voleurs aux éléments de Mady Fofana, le commissaire divisionnaire en charge du 10è arrondissement. Maky Sissoko, le chef de la brigade de recherche et des renseignements et certains de ses éléments, se rendirent à Senou pour tenter de retrouver les voleurs. La chance leur sourit puisque peu de temps après leur arrivée, ils mirent la main sur Madou Konaté que la femme n’eut aucune difficulté à reconnaître. Conduit au commissariat, l’homme âgé de 20 ans se mit à table et dénonça le militaire. Les recherches permirent aux policiers de situer le soldat indélicat.

Ils informèrent la hiérarchie de l’aviateur et furent autorisés à perquisitionner à son domicile. La perquisition leur permit de retrouver le sac à main et le poisson fumé. Quand ils se transportèrent dans la grande famille de D.D., ils retrouvèrent les bagages de Mariam Diakité. La fermeture éclair avait été endommagée et six complets de bazin manquaient.

Interrogé sur les objets manquants, l’aviateur répondit ne pas savoir où les voleurs les avaient mis. Madou Konaté, de son côté, jure par tous les fétiches de son village, que le soldat les avait arrêtés au moment où ils s’apprêtaient à forcer le cadenas du sac. La discussion s’enflamma entre les deux parties sans que les policiers ne parviennent à situer avec exactitude ce qui était advenu des objets manquants.

L’affaire est toujours en cours de traitement par les policiers qui se trouvent bloqués par le fait que D.D. est un soldat qu’on ne peut coincer sans l’accord de la hiérarchie militaire. Pourtant, assure un policier proche de l’enquête, il est de notoriété publique que le soldat n’est pas de bonne moralité et qu’il a été à maintes reprises impliqué dans des affaires louches.

Quant à la pauvre Mariam, elle attend toujours de retrouver ses effets manquants.

G. A. DICKO | Essor

15 octobre 2007