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Dans le Mali d’aujourd’hui, les affaires de corruption et de détournement ne se comptent plus. C’est même devenu un sport favori particulièrement prisé de certains membres du gouvernement. Ceux-ci sont quelques fois dénoncés mais jamais épinglés. Au contraire. Par exemple, l’ex-ministre de la Santé, Oumar Ibrahima Touré, fortement soupçonné de corruption dans l’affaire du Fonds mondial, se trouve être en villégiature à l’étranger alors qu’il devrait, normalement, être inculpé voire écroué.

Après donc les affaires dite du Fonds mondial, du Serveur de la Canam, voilà celle du marché fictif qu’un membre de l’actuelle équipe gouvernementale aurait passé avec un opérateur économique (dont nous taisons volontairement le nom) à hauteur de 50 millions F CFA pour l’achat de…tapis. Avec un tel montant, on pourrait étaler un tapis rouge, pour le ministre en question, de son département jusqu’à l’aéroport Bamako-Senou au cas où l’envie de voyager lui viendrait en tête. Avec, naturellement, ces 50 millions espèces en poche.

Après qu’un ex-ministre eut fait construire un château sur des fonds de la Santé, et cela à travers une grosse entreprise de BTP qui a pignon sur rue et bénéficie de gros contrats de l’Etat, que deux autres membres du gouvernement eurent acheté grâce aux retro-commissions des maisons en France, voilà qu’un autre membre du gouvernement est soupçonné (de fortes présomptions en tout cas) d’avoir fait passé à un opérateur économique un juteux marché fictif de tapis et de rideaux à hauteur de quelque 50 millions F CFA au cours d’une seule année.
L’opérateur économique qui, comme tout homme d’affaires, ne souhaite pas se faire classer comme incorruptible, pendant ces temps de vaches maigres, n’a eu d’autre choix que d’accepter le marché en le traitant comme tel.

C’est ainsi qu’il apporta tout simplement le magot, c’est-dire l’équivalent du marché en espèces, au ministre en question. Point de tapis mais 50 millions FCFA auront été frauduleusement soutirés des caisses de l’Etat pour atterrir dans les poches du ministre concerné. Combien de fois une telle opération a-t-elle été menée à la demande du ministre, en complicité avec son Directeur des Finances et du Matériel ? Pas une seule fois, en tout cas.

On se demande maintenant pour quels locaux étaient destinés ces tapis quand on sait que le ministère en question est logé dans un petit immeuble dans un quartier d’affaires de la rive gauche du district de Bamako. Comment un tel marché, certainement octroyé de gré à gré, peut-il passer, sans complicité, à travers les mailles de la Direction générale des marchés publics (DGMP) censée être le vigile en matière de régularité des marchés publics ? Si une telle information, telle qu’elle nous a été rapportée, était avérée, cela attesterait de la réalité de la gangrène de la corruption qui s’est emparée de certaines structures notamment de contrôle de l’Etat. A y voir de près, on a l’impression que de tel manquement aux règles élémentaires de bonne gestion des deniers publics n’offusquerait personne. En tout cas, les autorités censées sévir en de tel cas ne donnent pas l’impression d’être concernées. Comme le disait, d’ailleurs, un haut cadre de l’administration malienne, ceux qui « ont pour devoir de sévir ne peuvent pas le faire car, il se trouve parfois que ceux-ci sont beaucoup plus mouillés « . Aussi, devait ajouter notre interlocuteur,  » les ministres sont en droit de se sucrer avant qu’ils ne soient remerciés, car quand on va au gouvernement, ce n’est pas pour apprendre la bonne gestion encore moins bien gérer. Rappelle-toi depuis combien de temps on ne parle plus de séminaire gouvernemental… Chacun étant libre de se débrouiller comme il peut. Et malheur à celui qui veut apparaître propre et honnête. Tu seras le dindon de la farce ». Rien à redire.

Un environnement infesté par des sangsues

Cette réflexion n’émane pas d’un citoyen lambda mais d’un haut cadre de l’Etat. Ces propos ne viennent pas non plus de l’inspecteur du Fonds mondial, Guy Bourassa, que certains commentaires avaient fait passer pour un insolent voulant s’attaquer à la souveraineté du Mali, voire à l’honorabilité de ses dirigeants. Alors qu’il avait tout simplement voulu dénoncer la corruption ambiante avec ses méthodes parfois infantiles où des personnalités n’hésitent pas, tout simplement, à enfreindre les règles de la concurrence en attribuant, gré à gré, des juteux marchés de prestations de service, par exemple à de très proches parents, voire à leurs propres progénitures.

Dans un tel environnement, où règne l’impunité la plus totale et la plus aveugle, un ministre ou un président d’institution de la République, qui ne se sucre pas, sera considéré, après son départ, comme un maudit. Comment dans ces conditions le peuple pourra -t-il connaître une existence avec le minimum de bien-être, à défaut d’une vie facile ou heureuse ?

Un ministre prend 600 millions F CFA de pot-de-vin sur un gros contrat et s’assoie paisiblement aux côtés du président de la République en Conseil des ministres ! Un deuxième (désormais ex-ministre) s’acoquine avec des opérateurs économiques véreux et refuse de rendre le tablier avant qu’il ne soit obligé de le faire sous la pression du Fonds mondial, une institution des Nations Unies qui peut en dicter au Mali quand ses fonds sont détournés.

Voilà maintenant qu’un troisième membre du gouvernement de Modibo Sidibé prend langue avec une charmante députée pour se beurrer sur le dos du contribuable malien à hauteur de plusieurs centaines de millions F CFA de rétro-commissions sur un marché de quelque 2 milliards F CFA destinés à la mise en chantier de l’Assurance maladie obligatoire. Et cela en toute impunité ! Décidément, dans notre pays, ils y a des personnalités gâtées.

A commencer par des ministres qui carottent, chaque année, une part importante du budget d’Etat allouée à leur département sans jamais être inquiétés. Même au cas où certains sont remerciés, le pouvoir s’arrange toujours à leur trouver des parachutes dorés. Comme c’est le cas pour l’ancien ministre de la Santé, Oumar Ibrahima Touré, que les personnes détenues dans le cadre de l’affaire du Fonds mondial réclament à cor et à cri de les rejoindre.

Pour n’avoir pas été les seuls, disent-elles, à avoir touché des commissions indues sur des marchés financés par le Fonds mondial. En plus, l’opinion estime que si ce ministre a été remercié, c’est à cause du fait que c’est l’argent des partenaires, et non celui provenant du budget national, qui a été détourné. Sinon l’intéressé serait encore à son poste.

Si l’Etat malien continue à être géré de telle manière, il est à craindre que les enfants d’aujourd’hui puissent même compter sur un avenir, a fortiori radieux. Ne parlons même pas de ceux qui viendront après. A voir le monde dans lequel nous vivons, le constat est que c’est dans les pays bien gérés où il fait bon vivre. C’est dire que l’impunité et le laisser-aller ne peuvent servir que des intérêts bien individuels de quelques dirigeants et personnalités du monde des affaires qui se complaisent dans cet environnement.

Dans lequel le citoyen lambda est constamment est réduit à tirer le diable par la queue. N’est-ce pas là la raison pour laquelle certaines personnes ont, elles, choisi de défier l’autorité, de tourner le dos aux règles de la bonne gouvernance dès lors qu’elles viennent aux affaires publiques ? Pensant qu’il suffirait tout simplement et seulement de faire chaque fois référence au PDES (le programme du chef de l’Etat), dans des discours le plus souvent improvisés et laudatifs, pour mériter de la patrie. Cela n’est assurément pas suffisant.

Mamadou FOFANA

13 Janvier 2011.