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Le ministre Hamed Sow, précédemment Directeur Général du CDE est sur le banc des accusés de l’Union européenne. Dans le souci de livrer une information complète à nos lecteurs, et surtout de lever toute équivoque sur ce que l’ex Chef de la Délégation de la Commission Européenne, Mme Irène Horejs, voulait faire objet à polémique en nous opposant un démenti, nous levons un coin de voile sur cette affaire.

L’Office de Lutte Anti-Fraude (OLAF) de la Commission Européenne a enquêté à Paris, Bruxelles et Bamako et a remis à qui de droit sur les faits tels que les enquêteurs ont pu les reconstituer. Toute l’affaire est partie de dénonciations internes au CDE, l’organisme que dirigeait Hamed Sow et les faits qui lui sont reprochés sont graves.

C’est le 26 mars 2007, l’OLAF, l’Office de Lutte Anti-fraude a déclenché une enquête centrée sur la gestion du directeur du CDE, Hamed SOW.

Informé le 15 juin que cette instance de supervision du Centre allait prendre la décision de le suspendre le 25 juin et ce jusqu’à la fin de l’enquête, Hamed Sow anticipe et fait parvenir le 22 juin sa lettre de démission au Conseil d’Administration du CDE.

Au même moment à Bamako, la presse proche de Koulouba et manipulée par la Cellule de Communication du Président ATT, faisait état à la Une de la démission de Hamed Sow « pour se mettre à la disposition de son pays ».

Ces « Gazettes de Koulouba », en réalité se faisait l’écho du grand mensonge au sommet de l’Etat. Ahmed Sow a démissionné pour ne pas subir l’oprobre d’une suspension. Sinon il aurait pu attendre à Bruxelles la formation du nouveau gouvernement pour démissionner et rentrer au pays.

Cette démission n’a donc d’autres raisons que celle de se mettre à l’abri d’une enquête dont il craignait l’issue. Il n’a donc aucun mérite d’avoir renoncé à un poste prestigieux et lucratif.

Courant juillet 2007, l’OLAF a transmis un dossier complet des soupçons pesant sur le démissionnaire Ahmed Sow, mais le Premier ministre de l’époque, Ousmane Issoufi Maïga, n’a pas daigné lui réserver une suite et en permettre sa facilitation.

Ce dossier fait le point des actions que détiendraient de tierces personnes pour le compte de l’ancien DG du CDE, Ahmed Sow : le portage par exemple de 8.500 actions de 10.000 CFA pièce dans l’usine de transformation du coton malien FITINA.

C’est aussi le cas dans d’autres structures tant au Mali qu’au Sénégal. Les enquêteurs sont arrivés à identifier les cabinets de notaire ainsi que les prête- noms qui ont agi pour le compte l’ancien DG.


Ce que cherche l’OLAF

Ce que l’OLAF demande, comme il est précisé dans la lettre de son Directeur Général, c’est de pouvoir vérifier la véracité des soupçons qui pèsent sur le désormais ministre de Modibo Sidibé.

Avec l’aide et la collaboration des autorités maliennes, l’OLAF voudrait en particulier vérifier si les personnes dont l’identité a été révélée, ont bien porté des actions pour le compte de Ahmed Sow et pourquoi celui-ci a eu recours à ce procédé s’il n’avait rien à cacher ?

Pendant ce temps, le gouvernement Modibo Sidibé fait la sourde oreille et a recours à la désinformation à travers les journaux financés par Koulouba. Le président ATT, et le Premier ministre sont pourtant suffisamment informés sur le dossier Ahmed Sow, sur les soupçons de malhonnêteté qui pèsent sur le démissionnaire de la CDE. Ils ont malgré tout décidé de le figurer au gouvernement et cela à un portefeuille stratégique.

Par ailleurs, de sources bien informées, des Parlementaires Européens ainsi que des représentants des Etats membres de l’UE s’informent régulièrement des progrès de l’enquête et posent des questions sur d’éventuelles suites pénales. Ceux-ci ne désarmeront pas, car il en va de la bonne gestion des deniers de leurs pays.

Suite à cette dérive du pouvoir ATT, des questions qui viennent régulièrement sont de savoir, comment un ministre sur lequel pèse de tels soupçons pourra-t-il se rendre à Bruxelles pour discuter des programmes d’eau et d’énergie dont il a la charge, avec les services de la Commission Européenne, premier bailleur de fonds desdits secteurs ?

Comment le Gouvernement du Mali pourra-t-il obtenir de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) de nouveaux financements pour le développement d’infrastructures stratégiques tant que la lumière n’est pas faite sur les soupçons de malversations financières ?

Cette banque réclamerait plus d’explications sur la perte des millions d’Euros qu’elle a investis dans le projet FITINA.

Cette question concerne aussi les voisins du Mali qui sont ses partenaires dans des ouvrages hydro-électriques régionaux, bénéficiant de financements de la BEI.

Les plus hautes autorités maliennes sont-elles disposées à faire la lumière ? Le pays a tout à gagner de cette enquête de l’OLAF. Si le ministre Sow est innocent il sortira blanchi des enquêtes et conforté dans ses fonctions.

Ou alors il est coupable et on aura démasqué à temps un prédateur susceptible de commettre des malversations autrement plus importantes et cette fois-ci sur des ressources nationales. Dans les deux cas, le Mali aurait fait la preuve qu’il est attaché aux principes de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption.

Le Parlement a le devoir d’interpeller le gouvernement sur cette question pour lui dire qu’il n’a pas le droit de prendre en otage tout un pays pour la défense d’un seul individu et courrir ainsi le risque de passer pour une République de Mafieux.

Il doit exiger que l’assistance demandée soit accordée à l’OLAF dans les plus brefs délais et même en faire une condition pour accorder sa caution à la politique générale du gouvernement qui sera présentée ces jours ci aux honorables députés.

L’Assemblée nationale ne devrait-elle pas, en outre, constituer une Commission ad hoc ou d’enquête pour rencontrer l’OLAF ainsi que tous les milieux proches de l’enquête ?

B. Daou

31 octobre 2007.