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Au-delà des travailleurs de l’Institut National de Prévoyance Sociale (INPS), la gestion de Bréhima Noumoussa Diallo commence à inquiéter même le milieu politique, notamment les responsables du parti majoritaire, le Rassemblement Pour le Mali (RPM). Dans les confidences d’un haut cadre des Tisserands, il nous est revenu que l’ex-secrétaire politique, Nancouma Kéïta se serait proposé d’approcher Boulkassoum Haidara, alors président par intérim du parti, pour qu’ensemble, ils approchent le président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, sur la situation qui prévaut à l’INPS. Aux dires de notre source, Nancouma Kéïta, s’inquiéterait des conséquences d’une éventuelle faillite de l’Institut sous le règne du Mandé Mansa, leur camarade « Ibrim », comme ils aiment l’appeler affectueusement. Aujourd’hui, la même inquiétude serait amplement partagée par le président actuel du parti, Dr Bokary Tréta. Qui aurait promis d’en parler à qui de droit, selon les mêmes sources.

Comme on le dit en bambara, « le veau peut feindre d’ignorer le lion, mais sa mère le connaît assez bien pour ne pas s’amuser avec ». Son odeur suffit pour faire fuir les animaux les plus féroces à fortiori des bœufs. Bréhima Noumoussa Diallo peut faire semblant d’ignorer les conséquences politiques de sa mauvaise gestion sur le régime d’IBK, mais le président du RPM, Dr Bocary Tréta et les siens ne peuvent pas s’amuser avec. Ils sont donc dans leur droit de s’inquiéter. Puisque, c’est le mandat durement acquis de leur camarade qui est en jeu.

Il apparait dans un entretien à nous accordé par un ancien président du conseil d’administration de l’Institut, sous le couvert de l’anonymat, eu égard à son devoir de réserve à lui imposé par la réglementation en la matière que « l’INPS court droit vers le mur, si rien n’est fait pour arrêter la gabegie qui s’y passe en ce moment ». Selon celui-ci, jamais dans le mémoire collective des Maliens, l’INPS n’a jamais connu une gestion aussi scandaleuse que maintenant. Il a même manqué de mot pour qualifier les pratiques obscures qui s’y passent que certains cadres tombés en disgrâce qualifieraient de collusion ou de conflit d’intérêt. Mais, il est de tradition au Mali, que les observations d’un ancien chef du village est toujours mal perçu dans ce village. Sinon nos interlocuteurs ont mis à l’index le népotisme et le favoritisme, qui sont des instruments de facilitation des détournements à ciel ouvert du dernier public au vu et au su de toute la République. Mais, rira bien qui rira le dernier, a-t-on coutume de dire. Car, la gestion catastrophique de Bréhima Noumoussa Diallo a attiré l’attention des inspecteurs des finances du Ministère de l’Economie et des Finances, qui y ont dépêché une mission d’inspection. Le résultat est sans surprise. Les inspecteurs ont découvert des choses qui se passeraient de tout commentaire. Le hic qui fait tilt, c’est que Bréhima Noumoussa Diallo est un ancien inspecteur des finances qui a dirigé pendant des années, la Cellule d’Appui aux Structures de Contrôles de l’Administration (CASCA) créée par l’ancien président de la République, Alpha Oumar Konaré, à la faveur de la croisade qu’il avait lancée contre la corruption et la délinquance financière à la fin des années 90. Soutenu par des hauts placés de la République, le rapport de cette mission n’a jamais inquiété le tout puissant DG. Car, il aurait été bloqué en des hauts lieux par des hautes personnalités, qui bénéficient de ses grâces. Comme il l’est lui-même avec ses subordonnées.

Mais, mal risque de prendre le régime s’il ne se décide pas de l’examiner et de tirer tous les enseignements de ce fameux rapport qui dort dans des tiroirs d’un Bureau. Sinon, grands sera ses regrets un jour. Car selon nos sources, ce rapport « compromettant » aurait été récupéré par un opposant très redoutable qui compte s’en servir au moment venu, probablement à la veille de l’élection présidentielle de juin 2018. Comme ils l’ont fait avec les précédents scandales politico-financiers qui ont beaucoup titillé le régime.

Qu’est-ce qui se passe donc à l’INPS qui justifie autant d’atermoiements ?
Selon nos sources, en complicité avec un gros bonnet du monde des affaires, notamment le patron d’une entreprise de Froid, dont nous tairons l’identité au stade actuel de nos enquêtes, Bréhima Noumoussa Diallo aurait créé une grosse entreprise de BTP : la COMACO, dirigée par un chinois dans le but de brouiller les pistes de la propriété malienne du capital. En la forme, il y a peu à dire là-dessus. Car, de façon souveraine, notre pays a souscris à la liberté d’entreprise dans les conditions définies par la Loi. A ce titre, la liberté entreprise est un droit inaliénable au Mali. Elle fait partie du corpus des Droits humains reconnus et respectés par la Constitution du 12 février 1992. Mais, dans le fond, il peut y avoir beaucoup à dire. Car, nos sources nous rapportent que cette entreprise, la COMACO, dispose de l’exclusivité sur tous les marchés de construction à l’INPS et de façon récurrente. Il y a donc matière à s’interroger sur la moralité des marchés, qu’elle obtient dans les conditions assimilables à des attributions par entente directe. Au-delà de la moralité des conditions de passation des marchés avec la COMACO, la pertinence de certains marchés de construction donne des sueurs froides aux cadres l’INPS.

La preuve, selon nos sources, il n’y a pas un seul directeur régional ou un chef de Centre du District, qui peut affirmer de façon péremptoire qu’il aurait été consulté sur un chantier de construction de Bâtiment dans l’enceinte de son administration. Tous seraient surpris par la visite d’un chef de projet muni d’un ordre de réalisation d’un ouvrage. La seule chose qu’on lui demande, c’est de lui montrer l’endroit devant recevoir le futur bâtiment. Il arrive même que ces réalisations ne reposent sur un bon de commande au préalable. Des comportements qui tranchent avec toutes les orthodoxies financières. Venant d’un ancien inspecteur des finances, c’est inquiétant pour le pays. Bokary Tréta et ses camarades du RPM ont de quoi avoir du souci pour le régime de leur camarade IBK. A Kayes, par exemple, nos sources nous révèlent qu’à cause du coût exorbitant d’un immeuble réalisé à Kayes N’di, le contrôleur financier d’alors une certaine Ramata Traoré aurait émis des réserves sur le document financier. En retour, elle aurait produit un contre-rapport destiné à éclairer la lanterne du Conseil d’Administration. Mais, malheureusement ce rapport aurait disparu dans la nature entre le Bureau du DG, Bréhima Noumoussa Diallo et celui du Secrétariat du Conseil d’Administration. En tout état de cause, le CA n’a jusque-là pas vu la couleur de ce rapport. Or, l’affaire remonterait à 2 ans environ.

Derrière chacune des réalisations se cacheraient des retro-commissions qui dépasseraient l’entendement humain. Selon nos sources, Bréhima Noumoussa Diallo aurait touché un pactole de 500 millions FCFA sur le marché de construction d’un immeuble commercial prévu à Ségou. Le montant lui aurait été payé en deux tranches de 250 millions. Un premier paiement avant l’adoption du marché par le Conseil des ministres, l‘autre moitié lui aurait été versé après l’approbation du Conseil des ministres. On parle également d’une autre manne financière de 400 millions FCFA qu’il aurait perçue à titre de commission sur le marché de l’immeuble, situé dans la zone industrielle de Sotuba et de 100 millions pour un autre immeuble qui serait en chantier dans la cour de la Direction régionale de Ségou. Le hic qui fait tilt ici, c’est que ces immeubles réalisés à coût de milliards sont jusque-là inhabités à part quelques locataires en bail au rez-de-chaussée de l’immeuble commercial au grand Marché de Bamako. A l’opposé au Sénégal et en Côte-D’ivoire, ce sont les ressources générées par la location des immeubles appartenant aux Instituts de prévoyance sociale qui servent à couvrir leurs dépenses de fonctionnement, conformément à la demande de la Conférence interafricaine de prévoyance sociale (CIPRES).

Celle-ci demande à ces membres, de ne consacrer que 15% de leurs recettes aux charges de fonctionnement et les 85% restant aux prestations. Au lieu de réfléchir à comment revaloriser les prestations, le DG Bréhima Noumoussa Diallo, ne réfléchirait qu’à comment dépenser la masse d’argents que l’INPS collecte tous les mois.
D’aucun parle de 8 à 10 milliards de FCFA de recettes mensuelles. Dans les pays développés, les fonds de retraite sont des grosses sources de financement de l’économie. Ils contribuent à l’équilibre financier des grosses entreprises en faisant des participations dans les capitaux de ces entreprises. Ce qui leur permet non seulement fructifier leur revenu mais de stimuler l’économie afin de faire croître leurs adhérents. Car, chaque fois qu’une entreprise crée un emploi, elle crée en même temps un assuré de la sécurité sociale. Donc par ricochet, ils contribuent à sa propre croissance en prenant des participations dans les capitaux des entreprises. Au lieu de penser à ces genres d’opportunités comme le fait en ce moment la Fondation Orange au Mali, Bréhima Noumoussa Diallo, ne ferait que détruire le patrimoine de tout un peuple. IBK va-t-il le laisser faire longtemps ? Pas si sûr.
A Suivre ….

M. A. Diakité

Le Tjikan du 15 Novembre 2016