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Au Mali, pays désertique, le domaine forestier est marqué par une dégradation continue des ressources naturelles en général et des ressources forestières en particulier. Les ressources forestières sont devenues une mine dans laquelle toutes les populations rurales puisent de façon abusive et anarchique. Jusqu’ici, l’imaginaire populaire considère que les ressources forestières sont un don de Dieu. Que l’on peut y puiser autant qu’on veut et Dieu pourvoira à leur renouvellement. Cette conception empirique des populations et leur incivisme constituent un frein aux actions de lutte contre la désertification.

« Le secteur forestier joue un rôle déterminant dans la vie socioéconomique et culturelle des populations maliennes. C’est le seul qui fournit à la société des biens et services que nul autre secteur ne peut offrir : bois, produits alimentaires et pharmaceutiques, écotourisme, artisanat, conservation de la diversité biologique« , a souligné M. Modibo Diarra, planteur de son état.

Malgré cette importance, les ressources forestières et fauniques font l’objet de nos jours d’une exploitation anarchique. Et même abusive conduisant à une dégradation accélérée de l’environnement, s’est-il indigné.

« Aujourd’hui nos écosystèmes ne sont plus sécurisés parce qu’agressés par les vendeurs de bois, les constructeurs des pirogues, les pâturages abusifs…« , s’indignait le ministre de l’Environnement, Nancouma Kéita, à l’ouverture d’un forum sur l’environnement tenu à Ségou, localité située à 220 km au Nord Est de Bamako, la capitale malienne .

Avant d’interpeller tous les acteurs quant à leur responsabilité : « Ni Ségou, ni le Mali ne méritent un tel tableau de la part des enfants« .

L’homme est à l’origine de la désertification…

« Pour faire la cuisine, les Maliens brûlent d’énormes quantités de bois, puisées sans retenue dans les grandes forêts du centre du pays par des bûcherons très pauvres qui n’ont que la vente de ce bois pour nourrir leurs familles », a par ailleurs expliqué Awa Sow Cissé Dembélé, directrice exécutive du Conseil de concertation et d’appui aux ONG (CCA ONG), qui regroupe 172 organisations non gouvernementales, toutes engagées dans des actions de lutte contre la désertification au Mali.

Autre problème : la démographie. Chaque fois qu’une famille s’agrandit, elle coupe l’arbre qui est devant la case afin de construire une autre case pour le fils, a-t-elle poursuivi. »Les ressources forestières sont devenues une mine dans laquelle toutes les populations rurales puisent de façon abusive et anarchique. Jusqu’ici, l’imaginaire populaire considère que les ressources forestières sont un don de Dieu. Que l’on peut y puiser autant qu’on veut et Dieu pourvoira à leur renouvellement« , note à son tour le sociologue Hamidou Coulibaly. Cette conception empirique des populations et leur incivisme rendent difficile la mise en place et l’organisation d’une exploitation forestière durable, s’est-il indigné.

Les prélèvements de bois de chauffe et de charbon de bois qui constituent la principale source de l’énergie domestique sont estimés à 1,35 Kg par personne et par jour.

Selon les statistiques pour l’ensemble de la population du pays, la demande serait de l’ordre de 4,7 millions de tonnes de bois par an.

Ces données ne représentent que les quantités enregistrées sur les permis de coupe et destinées aux scieries des grands centres.

Il n’existe malheureusement pas de statistiques sur le secteur informel pour la production des statuettes, de chaises, de pilons, pirogues, d’instruments de musique (djembé, balafon).

Selon des données récentes du ministère de l’Environnement et de l’Assainissement, la production contrôlée des cinq dernières années de bois de services est estimée à plus de 16 261m3.

Et celle en bois énergie de charbon pendant la même période est estimée respectivement à 373 333m3 et 23 880,50 tonnes.

Ces chiffres sont cependant très loin de la réalité, si l’on considère que les estimations récentes de la stratégie énergie domestique montre que près de 600 000 tonnes de bois ont été acheminées dans la seule ville de Bamako en 1994 en provenance de Ségou située dans un rayon de 200 Km autour de la capitale.

La consommation pour la seule ville de Bamako est restée constante et a connu une croissance exponentielle. En 1997, elle serait de 750 000 tonnes de charbon.
Aujourd’hui, elle est de plus 900 000 tonnes et pour l’ensemble du pays, elle est estimée à 7 millions de tonnes par an.

Avec un prix de 25 FCFA le kg de bois de chauffe, cette consommation représenterait plus de 20 milliards de F CFA, révèle une étude du ministère de l’Environnement et de l’Assainissement. Toute chose qui entraîne des conséquences sur l’environnement

Si rien n’est fait pour inverser cette tendance, le bilan de la situation de l’offre et de la demande de bois énergie sera négatif dès 2010, prédisent des spécialistes.

Pour M. Niarga Keita, Coordinateur National du Programme Environnemental d’Appui à la Lutte contre la Désertification, il y a une forte pression sur les ressources renouvelables (terre, faune, flore). « Nous avons une économie basée sur le secteur primaire, notamment agricole. Entre 80 à 90% des populations vivent de ces ressources renouvelables« , a-t-il souligné.

Entre autres causes, il a cité le défrichement des nouvelles terres. Il a déploré le fait que chaque année on défriche des nouvelles terres qui entraînent, selon lui, la destruction du sol par le phénomène d’érosion, soit par la forme hydrique, soit par la forme éolienne.


Le Mali est de plein fouet frappé par la désertification

Selon des statistiques du Ministère de l’Environnement et de l’Assainissement, ce sont 51% des 1 241 000 km2 du Mali qui sont désertiques. Avec plus de 11 millions d’habitants, 80% de la population tirent leurs revenus de l’agriculture.

En d’autres termes, ce sont 3,5 millions de km2 de terre qui sont mis en cultures sèches et environ 1million en cultures irriguées. Il faut y ajouter les 100 000 hectares qui sont défrichés chaque année pour compenser les 7 à 15% de perte en fertilité que connaissent les sols. Ce n’est pas tout.

Pour que cette compensation soit effective, il faut environ 5 millions de m2 par an pour la population. « En 1960, on comptait 30 000 Km2 de terres inondables au Mali. En 1980, les données avaient chuté à 5 000 Km2 », révèle ces statistiques.


La désertification produit des exodes massifs

« En effet, face au besoin de survie à court terme, les populations des zones à risque environnemental sévère, notamment les jeunes, effectuent des déplacements de plus en plus massifs, lointains et de longue durée. Au delà de ses conséquences souvent tragiques, ce phénomène migratoire constitue un élément d’une grande importance au triple plan démographique, économique et environnemental« , a précisé le ministre de l’Environnement, Nancouma Kéita.

Selon lui, les conséquences qui en découlent et qui affectent directement les jeunes sont l’exacerbation de la pauvreté, la faim, la malnutrition, les épidémies, la perte de la biodiversité, le chômage massif, les conflits, les violations des droits de l’homme et les migrations forcées.

« Ces facteurs compromettent l’atteinte des objectifs du Millénaire pour le développement, un pacte entre les nations pour vaincre la pauvreté à l’horizon 2015« , a- t-il conclu.
Pour M. Nancoma Keïta, Ministre de l’Environnement et de l’Assainissement du Mali, la lutte contre la désertification mérite le soutien de tous les bailleurs afin, dira-t-il.

Le déclic ?

Dans les régions semi montagneuses, des ONG construisent de petits murets de pierre perpendiculaires à la pente, qui permettent de retenir les coulées de boue lors des averses. Et, au nord, on plante des arbustes (Acacia albida) ou des buissons épineux ( Prosopis) capables de résister à la sécheresse. On les place en bordure des villages et des champs comme remparts à l’invasion des dunes de sable, a par ailleurs souligné la responsable du CCA ONG.

Mais les moyens font défaut…

C’est fort de ce constat que le ministre Kéita a lancé un appel à l’endroit des bailleurs de fonds afin de « redonner espoir aux millions d’êtres humains qui subissent les effets désastreux de ce phénomène et qui n’ont d’autre choix que de migrer ou d’amplifier le phénomène de la désertification pour survivre…« .

Almahady
Moustapha Cissé

2 mai 2007.