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L’opération de désengorgement des voies publiques de Bamako est un projet qui a débuté sur les chapeaux de roue le 3 mars 2014. Si la décision a été saluée en son temps par les populations, il est loisible de constater que l’embellie n’aura duré que le temps d’une convalescence. Toutes les voies dégagées sont de nouveau réoccupées. A ce train, l’opération ressemblera longtemps encore au remplissage d’un fût sans fond.

Le 3 mars 2014. Les Bamakois dès l’aube marchaient tranquillement sans se bousculer alors que la veille, toutes les voies étaient occupées par des commerçants et occupants anarchiques, occasionnant des embouteillages monstres pour les piétons. Les éléments des forces de l’ordre (policiers, gardes et gendarmes) et les agents de la mairie avaient mis un point d’honneur à relever le défi de la fluidité en circulation.

Quelque trois mois après, il est facile de constater que Bamako, surtout aux alentours du Grand marché, a renoué avec les vieux démons de l’installation anarchique des commerçants, vendeurs à la sauvette et autres pickpockets sur la voie publique. Les agents de la mairie avaient dégagé tous les vendeurs qui se trouvaient sur les voies, détruit leurs étals et kiosques, mais comme dans un éternel recommencement, ils sont de retour.

D’après Niano Sanogo, agent à la mairie du district chargé des opérations du marché, « 40 jours avant la journée du 3 mars, on a eu des concertations avec le ministère du Commerce, qui ont abouti à la mise en place de 3 sous-commissions (recensement, recasement et Anneau Sotrama). Le maire de la Commune III était en charge du recasement. La 3e sous-commission appelée Anneau Sotrama, un projet de la Banque mondiale, devait s’occuper du boulevard de l’Indépendance et du Rail da. Dans le cadre de l’Anneau Sotrama, on avait prévu d’installer les vendeurs entre les grilles. La réinstallation était prévue après le 3 mars, on a même eu à faire des badges pour l’indentification. Il y avait 594 places pour 1655 personnes recensées. Mais malheureusement il a eu des problèmes au niveau des plus hautes autorités« , détaille M. Sanogo.

Il ajoute qu’à ce jour, l’installation n’a pu lieu même si les badges sont confectionnés. « Pour les autres commerçants on avait pensé à les installer sur le marché de la colline, et au niveau des Halles de Bamako où le gouvernement est dans un programme de 640 magasins. Malheureusement, le projet n’arrive pas à avancer au niveau des plus hautes autorités. La mairie fait ce qu’elle peut« .

Notre interlocuteur ajoute qu’on ne peut pas se lever et chasser les gens parce que les gens qui vendent là-bas sont des mères de familles, des pères de famille. Il fallait, dit-il, avoir des mesures d’accompagnement.

« En 1990, on gardait les voies libérées du matin jusqu’à 22 h, mais dès notre départ, les gens revenaient au galop en disant qu’ils préféraient cette place à celle qu’on leur proposait sur la colline appelée Angola et qui était d’ailleurs un sac à problèmes. Les collectivités font tout ce qu’elles peuvent. Pour l’aménagement des marchés il y a eu deux propositions d’abord l’ancien maire Iba Ndiaye avait pu réussir à signer un contrat avec les Turcs.

Le maire en exercice aussi Adama Sangaré a signé un contrat avec les Chinois pour 38 milliards F CFA. Toutes ces opérations ont été annulées pour des problèmes de garanties. On a besoin du soutien du gouvernement pour la réalisation de nos projets. Pour ma part je pense que si on arrivait à aménager le marché Dossolo Traoré ou marché de Médine le problème de l’occupation des voies serait réglé .»

Propos recueilli par

Rebecca Dembélé (stagiaire)

Les Échos du 04 Juin 2014