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« Des militaires sont venus ici, ils ont tiré. Je n’ai pas voulu partir. J’ai demandé, mais qu’est-ce qu’on a fait de mal ? Le militaire m’a dit de la fermer, puis son chef m’a frappée avec son fusil. Il m’a dit, on va brûler ton village ». Tongnazy, qui prépare son riz dans l’obscurité d’une case du village de Voromiantsa, à deux jours de marche de la ville de Betroka, dans le sud de Madagascar, raconte son calvaire à deux de nos journalistes. Les faits remontent à fin 2012, pendant l’opération « Tandroka » (Cornes de Zébu) lancée par l’armée malgache pour arrêter des voleurs de bétail, menés par le légendaire bandit Remenabila, responsables de la mort de plusieurs militaires. La chasse à l’homme aurait totalement dérapé. Selon Amnesty international, des villages entiers ont été brûlés, des habitants torturés ou tués. Le pouvoir a récusé le rapport d’Amnesty, accusant l’organisation de ne pas s?être rendue sur place. L’armée, interrogée a rejeté la responsabilité sur des « supplétifs ». En février le gouvernement a annoncé une enquête conjointe avec les Nations unies. « L’enquête n’en est nulle part », témoigne sous couvert de l’anonymat une source du gouvernement malgache, « parce que la communauté internationale ne veut pas froisser la Présidence, qui a ordonné et financé l’opération Tandroka. La communauté internationale est focalisée sur la tenue des élections dans un climat apaisé ». Interrogé également, un diplomate étranger proche du dossier affirme que « Madagascar n’est pas un pays prioritaire sur la scène internationale. Et si un Etat membre du Conseil de Sécurité des Nations unies ne pousse pas le dossier, il ne se passe rien. La vérité, c’est que tout le monde s’en fiche ».AFP.