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Elle était bien étrange, cette Maison Blanche où très souvent, l’on imagine que le destin du monde se décidait entre gens sérieux. Mais vue de près, la fameuse Maison se révélait un lieu plein de surprises. En effet, autour de Présidents dont la compétence, voire l’équilibre mental, n’était pas nécessairement la première qualité, ne s’y trouvaient pas toujours ceux qui devraient y être ; alors qu’y évoluaient d’autres qui n’y avaient pas leur place. C’est dire, en somme, que l’être humain a beau atteindre le plus haut sommet du statut social, ll n’en reste pas moins tributaire de sa nature profonde, avec ses qualités, certes, mais surtout ses défauts, ses tares et… ses vices.

Sous Richard Nixon, l’affaire Watergate avait dévoilé des moeurs aussi bizarres qu’inattendues. En effet, avec un égocentrisme qualifié de suicidaire, le Président Nixon avait tenu à enregistrer lui-même ses conversations les plus confidentielles. Le pire, c’est que jusque dans leur vocabulaire, ces conversations évoquaient plutôt celles …de mafiosi combinant des coups tordus.

Le bouquin secret de Mc Namara

Par ailleurs, deux nouveaux ouvrages d’ordre très différents étaient venus, chacun à sa manière, jeter une lumière non moins crue sur ce beau monde de la Maison Blanche. Le premier, c’était une confession autocritique intitulée ”In Retrospect” de Robert Mc Namara, ancien Boss de la Banque Mondiale, ancien Secrétaire à la Défense des Présidents John Fitszgerald Kennedy et son successeur, Lindon B. Jonhnson, et surtout, le principal artisan de la guerre du Vietnam.

De ce bouquin classé “top secret” de Mc Namara, on retient surtout un aspect : celui qui touche à la manière dont sont prises des décisions qui engagaient toute la politique des Etats Unis sur des problèmes majeurs et au plus haut dégré de l’Exécutif américain. L’on serait alors tenté de poser la question : “A la Maison Blanche?“. Bien sûr, cela arrivait quelquefois, car après tout, le bâtiment est conçu pour soulever d’importantes décisions à débattre et à prendre. Mais bien souvent aussi, une certaine fantaisie régnait loin de cet endroit convenu (peut-on dire).

C’est le cas, par exemple, de ce télégramme envoyé de Washington, ce 24 Août 1963, au tout nouvel Ambassadeur américain à Saïgon (Vietnam), Henry Cabot Lodge. Selon le livre de Robert Mc Namara, c’était “l’une des décisions les plus cruciales qui eûssent été prises durant les administrations Kennedy et Lindon B. Johnson, concernant le Vietnam”.

En effet, ledit télégramme envoyé à Henry Cabot Lodge n’annonçait ni plus ni moins que… le lâchage du gouvernement sud-vietnamien de Ngo Dinh Diem par les Américains. Si bien que ledit gouvernement sera… renversé moins de trois mois plus tard, précisément le 1er Novembre 1963.


L’histoire d’un lâchage

Mais qui avait donc pris l’initiative de ce lâchage? Aux dires de l’ancien Secrétaire à la Défense (Mc Namara), c’était trois responsables, et de second rang, s’il vous plaît : l’Assistant Secrétaire d’Etat, Roger Hilsman, aidé par le Sous-Secrétaire d’Etat, Averell Harriman, et un membre du Conseil de Sécurité Nationale, Michael Forestal.


“Mais et la mythique Maison Blanche, dans tout cela?
“, serait-on tenté d’interroger. Réponse : la Maison était …vide ! En effet, le Président Kennedy était en villégiature à Cape Cod ; le Secrétaire d’Etat, Dean Rusk, à New York ; et Robert Mc Namara,… en vacances.

Quant au diplomate Henry Cabot Lodge, qui n’était à Saïgon que depuis deux jours, il n’avait même pas encore eu le temps (ou on ne lui avait pas donné le temps) de voir le Chef du gouvernement sud-vietnamien, Ngo Dinh Diem. Le câble annonçant le lâchage dudit gouvernement était donc consommé, avec les conséquences que l’on sait…

En fait, chacun des plus hauts responsables du coup tordu porté à Ngo Dinh Diem et son gouvernement pensait que les autres étaient d’accord (pour le coup). D’ailleurs, dans ses Mémoires, le Sous-Secrétaire d’Etat, George Ball, rapportait que Roger Hilsman et Averell Harriman lui avaient montré le texte (du câble fatal) alors qu’ils jouaient tous les trois… à une partie de golf. George Ball téléphona donc au Président Kennedy qui se trouvait dans son domaine de Hyanisport. Mais le locataire du Bureau Ovale (Kennedy) se rangea de l’avis du Secrétaire d’Etat, Dean Rusk.

Pourtant, nul ne savait si ce dernier avait été informé ou non du coup, c’est-à-dire le lâchage du gouvernement de Ngo Dinh Diem. C’est dire que la raison commune ignorera toujours les vraies motivations de la raison d’Etat.

De “torrides“ pots aux roses

Pour se situer à un niveau plus “domestique“, peut-on dire, un autre ouvrage s’était fait à peine moins inquiétant : celui intitulé “Inside the White House” (A l’intérieur de la Maison Blanche) écrit par celui qui avait découvert le pot aux roses appellé “affaire Watergate” : le journaliste d’investigation, Ronald Kessler. En effet, se servant notamment d’agents du Service Secret présidentiel (souvent qualifiés de “femmes de chambres modernes” des grands de ce monde), Kessler avait peint un petit univers dont la façade, bien que fréquentée par le bon public, dissimulait en réalité une vie secrète où la personnalité de Président frôlait bien des dérives.

Ce livre, que Ronald Kessler avait commenté pour le correspondant américain de “Paris Match”, ne manquait ni de piquant, ni de pittoresque. Qu’on en juge : de la misanthropie de Jimmy Carter aux penchants amoureux de John F. Kennedy, an passant par ceux moins connus de Lindon B. Johnson, pour en arriver à l’immaturité de Bill Clinton, tout y passait dans cet ouvrage. En effet, Kessler y décrivait un Jimmy Carter apparemment simple et sociable, mais qui, en réalité, ne voulait voir personne.

Pire, il décrochait les portraits de ses prédécesseurs dans les couloirs, pour les remplacer par les siens. Encore pire : il interdisait même, au personnel de la Maison Blanche, de… lui dire bonjour le matin. Jusque dans le “saint des saints” de son Bureau Ovale, là où l’entrée n’était permise… qu’au seul Bon Dieu (peut-on dire), Jimmy Carter craignait d’être épié. Il était même persuadé que ses occasionnels visiteurs…lui volaient ses bibelots. C’est tout dire…

Tout sauf misogynes

En tout cas, selon Kessler, deux des prédécesseurs de Jimmy Carter étaient tout sauf misogynes (qui détestent les femmes) : John F. Kennedy et Lindon B. Johnson. En effet, avant de prononcer un discours, Kennedy avait besoin des services… d’une call girl. Et le fameux journaliste ajoutait que dans sa demeure, Kennedy disposait de deux secrétaires : une brune et une blonde. Pire : toujours selon Kessler, ces “sirènes“ nageaient… toutes nues avec Kennedy, dans la piscine du sous-sol de la Maison Blanche !

Mais à la Maison Blanche, Kennedy ne reçevait pas sa mythique amie, la chanteuse et actrice Marylin Monroe ; et pour cause : elle était très, sinon trop connue. Aussi, pour ses rendez-vous avec elle, c’était les agents du Service Secret présidentiel qui s’en chargeaient : ils escortaient la grande diva jusqu’au département de la Justice dont le Chef n’était autre que Robert, le frère de Kennedy. Ce dernier possédait un studio agrémenté… d’un lit et contigü à son bureau.

Avec le successeur de Kennedy, on entre en plein dans le vaudeville, attestait Kessler. Un jour, l’épouse de Lindon B. Johnson, Lady Bird, en poussant la porte du bureau présidentiel à l’improviste, tomba en arrêt devant un spectacle pour le moins embarrassant : son mari était en train de… (enfin, vous comprenez) avec l’une de ses secrétaires.


Et où?
Sur… un canapé. Depuis lors, le mari “marri” fit installer un système d’alarme destiné à prévenir désormais de tels “fâcheux incidents“. Ainsi, “dès que Lady Bird empruntait l’escalier ou l’ascenseur (NDLR : menant au bureau de son mari), nous avions ordre d’appuyer sur l’alarme“, avait confié un agent de la sécurité présidentielle.

Ainsi, rapportait toujours Ronald Kessler, c’est en toute sécurité que le Président Lindon B. Johnson put, un autre jour, revenir du Texas avec trois ravissantes créatures qu’il avait engagées pour la Maison Blanche, alors qu’elles ne savaient même pas taper sur une machine, encore moins trier du courrier !

Le régenté et l’immature

De l’avis de l’enquêteur Kessler, Ronald Reagan fut était un des rares Présidents à garder relativement la tête froide et haute. Mais le concernant, il y a une précision de taille : c’est sa femme, Nancy, qui dirigeait et régentait presque tout. Au point que Kessler assurait : ”Un observateur non informé aurait pu croire que Ronald Reagan faisait partie du personnel de la maison“.

Quant à Bill Clinton, il était (toujours selon Kessler) non seulement immature, mais il était entouré d’immatures, à l’exception de son épouse Hillary Clinton. D’ailleurs, une anecdote citée par le journaliste le dépeint assez bien. En effet, lorsque Bill Clinton, nouvellement élu, monta pour la première fois à bord du Boeing présidentiel, il s’écria, épanoui, devant tout l’équipage : “Quand on voit ça, on se dit que ça valait vraiment le coup ! “.

L’auteur de “Inside the White House“ (Keesler) assurait, en plus, qu’un célèbre psychiatre de Washington avait vite été surpris de trouver, parmi ses patients, un nombre anormalement élevé de… Conseillers à la Maison Blanche. A l’expérience, il avait pu diagnostiquer, dans chaque administration, et chez de nombreux “hommes du Président“ , un véritable “syndrome de la Maison Blanche“.


Autrement dit,
“un mélange d’arrogance et d’exaltation permanente, qui aboutit à une sorte d’intoxication par le pouvoir et à une perte d’indentité“, précisait ledit psychiatre. Mais ces hommes atteints dudit synsdrome, eux au moins, essayaeint de se soigner. Ce qui n’était pas le cas de certains “grands” de ce monde, souvent psychologiquement, psychiquement, mentalement et même moralement malades.

Comme quoi, on a beau être le plus puissant, on n’en reste pas moins en humain, donc faillible sur tous les plans. Mais la grosse question que l’on se pose, en fin de… contes (serait-on tenté de dire), c’est celle de savoir : comment diable notre enquêtuer, Ronald Kessler, s’y était-il pris pour “débusquer de si gros lièvres“ (secrets) concernant ces Présidents américains ???


Rassemblées par Oumar DIAWARA

21 Avril 2009