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Face aux faibles rendements, une centaine de producteurs de coton biologique du Bénin, du Burkina Faso et du Mali ont, deux jours durant, partagé leurs expériences et diagnostiqué les contraintes auxquelles la filière est confrontée dans le Banimonotié. A l’issue de la rencontre, quelques solutions ont été proposées afin que le coton biologique puisse répondre à la forte demande internationale.

En vue d’améliorer le rendement et d’augmenter les revenus des producteurs, les organisations impliquées dans la promotion du coton biologique et équitable dans la sous-région ouest-africaine, les structures intervenant (Organisation béninoise pour la promotion de l’agriculture biologique, Union nationale des producteurs de coton du Burkina, le Mouvement biologique malien) et leurs partenaires (Helvetas, Organic Exchange) se sont réunis en atelier de réflexion de deux jours à Bougouni.

La rencontre des 13 et 14 novembre aura répondu à toutes les attentes. Avec comme thème « coton bio et équitable, stratégies d’accroissement des rendements », elle a été l’occasion, pour les uns et les autres, de partager les expériences et de diagnostiquer toutes les contraintes du faible rendement du coton biologique. Des solutions pour l’atteinte des objectifs ont été dégagées.

La rencontre est partie du constat que depuis quelques années, la production du coton bio et équitable en Afrique de l’Ouest, malgré une forte demande sur le marché international, connaît des difficultés de rendement. Pour parler de bonne récolte, la production à l’hectare doit atteindre les 600 tonnes de coton graine.

Cependant, sur le terrain, la réalité est tout autre. Les productions sont nettement inférieures. Au Mali, au Bénin, au Burkina et au Sénégal, la production des 6000 producteurs de coton biologique laisse à désirer selon les pays et les contrés.

Au Mali, dans 4 villages de production (Kolondiéba, Garalo, Yanfolila, Bougouni), la prévision pour la campagne 2007-2008 est de 1200 tonnes de coton sur 2595 hectares. Pour celle de 2005-2006, elle était de 386 tonnes contre 614 tonnes en 2006-2007.

Au Burkina, elle était de 150 tonnes en 2006 et 347 tonnes en 2007. Les producteurs béninois ont réussi 115 tonnes en 2006 contre 496 tonnes en 2007. Cette année, le Bénin prévoit 760 tonnes sur 1900 hectares.
272 F CFA le kilo

Parmi les raisons de cette contre-performance figurent le sous-équipement des producteurs et productrices (60 %), l’apport insuffisant de fumure organique (fertilité du sol mal maîtrisée), la superficie non proportionnelle à l’existence des ressources humaines…

Les paysans, après un débat fort animé, sont parvenus à une conclusion. Le rendement étant lié à l’investissement humain et aux matières organiques, les producteurs des trois pays se sont engagés à s’investir davantage pour une meilleure production. Ils ont souhaité que les partenaires les appuient par la fourniture d’équipements agricoles.

« L’avantage de la culture du coton biologique est que les paysans vont contribuer à satisfaire une demande croissante en matières premières certifiées bio et équitable sur les marchés internationaux, en offrant une méthode de production cotonnière alternative, sans danger pour l’environnement et pour la santé et ainsi améliorer les conditions de vie en milieu rural » , a insisté le président du Mobiom, Moussa O. Ouattara.

Pour Sidy Ballo, producteur à Madina Kouroulamini, la culture du coton bio devient désormais une nécessité à laquelle tous les producteurs sont invités à prendre part. « Nous vendons le kilo du coton bio à 272 F CFA contre 160 F CFA pour le coton conventionnel (cultivé avec de l’engrais chimique). Notre santé sera préservée. Quoi de plus normal ! » a-t-il dit.

Aux termes de la visite des champs de coton bio et de sésame du jeune producteur Sidy Ballo à Madina Kouroulamini, situés à une vingtaine de kilomètres de Bougouni, les producteurs béninois, émerveillés, ont promis d’expérimenter la culture de sésame chez eux.

Le programme coton bio est un programme de promotion de la culture du coton avec des intrants naturels (fumure organique). Le Mali occupe le 3e rang des pays producteurs de coton bio derrière la Tanzanie (1662 tonnes) et l’Ouganda (1378 tonnes).

Amadou Sidibé

(envoyé spécial)


Ils ont dit :

Lamissa Ouattara(Burkina Faso) :

« Nous sommes venus au Mali pour nous enquérir de son expérience en matière de culture de coton biologique. Nous retournons les valises pleines d’enseignements. J’ose croire que les échanges serviront aux uns et aux autres dans l’amélioration des rendements ».


Silvère Tovignan(Organic Exchange) :

« C’est vrai que le Mali a commencé avec la culture du coton un peu en retard par rapport à certains pays comme le Bénin qui a commencé plus tôt, mais l’expérience malienne fait école dans la sous-région. Nous pensons qu’après la rencontre de Bougouni, les problèmes liés aux faibles rendements seront des mauvais souvenirs pour les producteurs présents. Les organisations des pays respectifs vont se familiariser dans la gestion des problèmes. Nous serons à leurs cotés pour les appuyer. La rencontre de Bougouni a été, pour moi, une réussite ».

Kanthé Bagni Mathieu(Bénin) :

« Ce que j’ai vu à Madina Kouroulamini est réconfortant et permet d’espérer sur l’avenir du coton biologique. Les échanges de Bougouni nous ont permis de nous enquérir de l’expérience malienne. Nous pensons dans les prochaines années doubler notre production du coton biologique ».

Sidy El Moctar Nguino(directeur Mobiom-Mali) :

« A la date d’aujourd’hui, le marché du coton biologique est très porteur et très croissant. Il y a une très forte demande au niveau de la communauté internationale. Je pense que la rencontre de Bougouni a été le début d’une certaine synergie entre les producteurs des trois pays qui, j’en suis sûr, va permettre de rehausser le niveau des rendements ».

A. S.

16 novembre 2007.