Partager

Le Mnla était, il y a peu, à Ouagadougou pour essayer d’amorcer le dialogue avec les autorités maliennes sur une rapide sortie de la crise qu’il a infligée au nord du Mali en guise de cadeau de nouvel an depuis le 17 janvier dernier.

Les Pouilleux ont été priés par le président burkinabé, médiateur dans cette crise, d’aller consommer d’abord leur divorce avec leurs alliés objectifs que sont les islamistes, les terroristes et les trafiquants en tout genre. Ils ont promis à Blaise Compaoré de se démarquer plus remarquablement d’Ansar Eddine et d’Aqmi. Mais, selon plusieurs sources, le déplacement de Ouagadougou, la qualité des missionaires et les exigences du médiateur n’auraient pas plu à tout le monde. Les supposés envoyés du Mnla, Alhassan Ag El Mehdi, responsable de la sécurité dans la zone de Gao, et Ibrahim Ag Mohamed Assaleh, ex-député de Bourem, n’auraient été mandatés ni par Bilal Ag Alchérif, président du Mnla, ni par Mohamed Ag Najim, chef d’Etat-major, les deux hommes forts du mouvement. Ils ne seraient donc munis d’aucune lettre officielle et auraient agi de leur propre initiative depuis qu’ils ont constaté « l’entêtement » de leur président et de certains autres responsables à s’accrocher aux basques des jihadistes. Les deux envoyés, craignant de voir céder leurs chefs aux caprices d’Iyad Ag Ghali en acceptant l’application de la loi islamique dans l’Azawad, auraient pris les devants en contactant le médiateur.

Refusant le fait accompli, les hommes forts du Mnla ont eux aussi anticipé en annonçant « officiellement », le samedi 10 juin dernier, la création d’un Conseil transitoire de l’Azawad. Le Cta est une sorte de gouvernement, présidé par Bilal ag Alchérif, composé de vingt six membres dont une femme.
Mais conciliants, les premiers responsables et vrais décideurs du Mnla ont aménagé des postes à Ibrahim Ag Mohamed Assaleh (ministre des Droits de l’homme) et à Alla Ag El Mehdi (ministre de l’Administration territoriale). Malgré la nomination de son frère, Alhassan Ag Mehdi n’aurait pas apprécié la création d’un gouvernement au moment même où lui et d’autres ont pris l’initiative de prendre contact avec la communauté internationale pour une amorce de dialogue avec les autorités maliennes. Aux dernières nouvelles, le responsable de la sécurité dans la zone de Gao, qui aurait une très grande influence sur les troupes, s’apprêterait à entrer en dissidence.

Cette éventualité n’est pas la seule menace qui plane sur les Pouilleux car de nombreux éléments déserteurs des forces armées et de sécurité loyalistes seraient également sur le point de retourner dans leur corps, étant depuis des semaines sans ressources et sans autres moyens de survie que de voler et de brigander des populations qui elles-mêmes n’ont plus rien.
Pour tenter de donner plus de légitimité à cette équipe gouvernementale, les nouveaux maîtres du nord ont fait appel à trois ressortissants d’autres communautés sédentaires de cette zone : deux Songhaïs et un Peulh du Gabéro. Mais cette stratégie, concédée aux autochtones dans le but de susciter une adhésion populaire au projet indépendantiste ou autonomiste du Mnla, n’est pas pour plaire à tout le monde.

On comprend aisément que les populations sédentaires n’adhèrent point à un gouvernement conçu pour les détacher de leur pays par des hommes qui se sont montrés particulièrement féroces et impitoyables envers elles, malgré le repêchage de trois hommes traités depuis d’apatrides et de traîtres par le reste des communautés sédentaires.

Des groupes armés qui occupent illégalement le nord du Mali, le Mnla ne serait pas le seul à se retrouver dans la tourmente. Outre le fait que, contrairement à ce qu’il laisse penser, Ansar Eddine a été beaucoup affecté par l’échec de sa fusion avec les séparatistes, le mouvement jihadiste pourrait enregistrer très bientôt de nombreuses défections. Depuis son sanctuaire de Kidal, l’aménokal (grand chef traditionnel) des fractions Ifoghas, Intallah Ag Ibrahim, a adressé une correspondance, en date du 08 juin, dans laquelle il appelle ses enfants (dont deux sont élus à l’Assemblée nationale et un est ancien maire de Kidal), les chefs de fraction et les oulemas à prendre leurs distances avec Ansar Eddine, un « parti d’Aqmi ». Cette sortie du vieux patriarche fait suite aux manifestations de protestations des femmes et des jeunes de Kidal contre l’imposition de la charia qui réduit leurs libertés et droits.

Quand on connait l’importance des injonctions du vieil aménokal et celle de la présence des Ifoghas dans les rangs d’Ansar Eddine, le coup sera assez rude à supporter par Iyad Ag Ghali qui, jusque là, tirait une grande partie de sa légimité de ses liens tribaux avec le chef suprême des Ifoghas.

Cheick Tandina

Le Prétoire du 14 Juin 2012