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Après le « scandale du siècle » qui a secoué le département de la Santé sous l’ancien ministre Oumar Ibrahima Touré, l’opinion était en droit de s’attendre à ce que les méthodes de gestion et d’attribution des marchés allaient changées. Et cela dans le sens d’une plus grande transparence. Que nenni ! Les mauvaises habitudes, ajoutées au règne de l’impunité sous le régime d’ATT, ont continué de plus belle durant le temps où Diallo Madeleine Ba a dirigé le département en question. Avec pour conséquence la mise à genou de la plupart de nos structures de santé.

Votre pays a aujourd’hui plusieurs défis à relever. Parmi lesquels celui de l’amélioration de notre système de santé, de la qualité des soins dans nos hôpitaux, nos centres de santé de référence (Cesref) et nos centres de santé communautaire (Cescom), dans lesquels les patients continuent encore de souffrir le martyr à la recherche de soins appropriés.

Tous les Maliens ont été témoins du détournement de quelque 3 milliards F CFA au niveau du département de la santé, de 2002 à 2010, sur les ressources du Fonds mondial de lutte contre le paludisme, le sida et la tuberculose. A l’issue des enquêtes menées par le bureau de l’Inspecteur général du Fonds mondial, il s’est avéré que plusieurs cadres et agents du département de la Santé ont siphonné les ressources mises à la disposition du Mali pour lutter contre ces trois pandémies les plus dévastatrices de la planète.

Même si après une quinzaine de cadres et d’agents de la santé ont été déférés, force est de reconnaître que des grosses pointures présumées coupables de ce crime continuent de narguer les honnêtes travailleurs au volant de grosses cylindrées, » cadeaux » d’opérateurs économiques qui se sont et qui continuent de se partager les juteux marchés – et sans appel d’offre – destinés à l’achat de matériels et d’équipements médicaux.

Parmi les opérateurs économiques fortement impliqués dans le partage de ces juteux marchés, figurent en bonne place tous ceux qui avaient bâti leur fortune en spéculant sur le nom de l’ex-couple présidentiel. En prenant, par exemple, le marché des moustiquaires imprégnées d’insecticide, il est établi depuis plusieurs années déjà que l’attribution de ce marché – qui se fait gré à gré – se faisait à la tête et au portefeuille du client (retro-commission).

Car, ce sont quelque 1,5 milliard F CFA qui a été attribué pour l’achat de matériels et d’équipements aux CHU Gabriel Touré, Point G et l’hôpital de Kati sous l’ex- ministre de la Santé, Diallo Madeleine Ba. Des opérateurs économiques, profitant de la fin du régime d’ATT, sont en train de s’organiser afin de transmettre leurs griefs aux autorités compétentes.

Afin qu’un audit puisse établir la vérité et remettre dans leurs droits les fournisseurs injustement écartés desdits marchés qui ont été, pour la plupart, attribués, sans appel d’offres transparent, à un seul fournisseur. Qui est pratiquement le seul, de 2009 à 2012, à bénéficier des juteux marchés de matériels et d’équipements médicaux au département de la santé.

Quels types de matériels ou d’équipements les structures concernées ont-elles acquis ? A quel prix et quelle sorte de qualité ? Qui a réceptionné lesdits matériels ? Voici des questions auxquelles la Direction des finances et du matériel (DFM) du ministère de la santé et la Direction du Trésor sont en mesure de répondre. Quand on sait que les délégations de mandatement sont passées par ces structures. En tout cas, on parle de 1,5 milliard F CFA qui ont été mis à la disposition de ces structures pour l’achat de matériels et d’équipements médicaux.

Alors qu’un seul tour dans nos grandes structures de santé permet de se rendre à l’évidence : les montants dégagés par l’Etat n’ont pas été, dans la plupart des cas, judicieusement utilisés. Pire, très souvent c’est du matériel de piètre qualité qui est acheté à prix d’or pour, ensuite, se partager les mirobolants bénéfices.

Tel semble être le cas du milliard et demi francs CFA qui vient d’être englouti par le département de la santé au profit, dit-on, des trois établissements susmentionnés. Cela au moment où l’argent manque pour acheter des ARV pour les malades du Sida et des médicaments antituberculeux, par exemple, de plus en plus insuffisants depuis le retrait du Fonds mondial.

Affaire à suivre.

Mamadou FOFANA

16 Avril 2012