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L’on n’a pas fini de gérer les conséquences d’un marché d’intrants non honoré qu’une autre anomalie pointe. La semaine dernière, Bakary Togola, au cours d’une réunion interministérielle « d’approvisionnement en intrants coton et céréales pour la campagne 2008/2009 », a distribué le marché.

La Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) avait été dégagée de l’approvisionnement en intrants céréales et herbicides depuis 2001-2002, pour lui permettre de se « recentrer » sur ses missions premières.

Depuis une quarantaine d’années, les intrants coton étaient commandés par la CMDT de façon satisfaisante. Cette gestion a alors été confiée au Groupement des syndicats des cotonniers et vivriers du Mali (GSCVM), présidé par Bakary Togola, l’actuel président de l’Apcam.

Le GSCVM a mis en place une commission des appels d’offres qui, normalement, a pour but d’organiser les appels d’offres, de signer les contrats avec les fournisseurs, la CMDT n’intervenant qu’en appui technique et pour payer les fournisseurs qui ont acquis les marchés dans le respect des règles de passation de marchés en vigueur.

Cependant, ceci n’a jamais empêché des contrats de gré à gré ; des gré à gré qui finissent toujours, en cas de problèmes, de constituer des patates chaudes dans les mains de la CMDT.

Il y a peu, pour des affaires de ce genre, presque avec les mêmes acteurs, le coton de la CMDT avait été saisi au Port d’Abidjan, ses comptes bloqués. A la date d’aujourd’hui, la gestion des intrants céréales par le GSCVM traîne une ardoise d’environ 7 milliards de F CFA.

Malgré les casseroles du GSCVM et les mauvais exemples, les autorités ont décidé, au titre de la campagne 2008-2009, de confier aussi la gestion des intrants coton d’une valeur de 40 milliards de F CFA à l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs de coton (UN-SCPC), héritière du GSCVM, et toujours présidée par Bakary Togola.

Contre l’avis des producteurs et des partenaires, à la veille de son limogeage, le ministre de l’Agriculture, Seydou Traoré, a créé une commission interministérielle, présidée par le même Bakary Togola, pour s’occuper de l’organisation des appels d’offres et de la commande des intrants coton et céréales.

L’approvisionnement en intrants coton (gestion, commande, financement) est devenu un véritable casse-tête chinois, car à l’orée de l’hivernage qui est en train de s’installer, contrairement aux autres années, aucun sac d’engrais coton n’est encore commandé encore moins mis en place dans les villages.

Une facture de 10 milliards de F CFA

Le ministre des Finances a pris 4 mois pour accorder sa garantie, ce qui a accentué le retard des commandes. A cela s’ajoute le fait que les gros fournisseurs ont exigé de la CMDT le règlement de leurs anciennes traites évaluées à plusieurs milliards, une autre condition sine qua non de leur participation.

La première adjudication, faite par Bakary Togola seul en dehors de la commission a été rejetée par cette dernière. Pour la deuxième, les fournisseurs ont refusé de signer les contrats sans une augmentation des prix d’adjudication.

C’est finalement une commission interministérielle différente de celle des appels d’offres, présidée par le ministre des Finances, Abou-Bakar Traoré, qui s’est chargée le 17 avril 2008 des adjudications, contrairement aux procédures en vigueur.

Les prix adjugés sont supérieurs à ceux proposés par les fournisseurs : des fournisseurs auraient proposé 307 500 F CFA la tonne du complexe coton alors qu’au niveau de la commission interministérielle le même produit a été cédé à 337 500 F CFA la tonne, d’où un renchérissement de 30 000 F CFA la tonne.

Autre remarque de taille dans l’adjudication du 17 avril, les prix sont les mêmes pour tous les fournisseurs quelle que soit la destination. La facture des intrants de cette année va grimper d’environ 10 milliards de F CFA par rapport aux années antérieures.

Le complexe coton passe de 256 400 F CFA en 2007-2008 à 337 500 F CFA en 2008-2009, soit environ 32 % d’augmentation. L’Urée passe de 241 100 F CFA en 2007-2008 à 312 500 F CFA en 2008-2009, soit 30 % d’augmentation. Ce renchérissement ne s’explique pas seulement par la flambée des prix du pétrole, mais surtout par la mauvaise gestion de cette opération.

Cette sorte de passation des marchés ne contredit-elle pas la loi sur la moralisation des marchés publics prise et commentée par le même ministre des Finances, Abou-Bakar Traoré, lors du conseil des ministres du mercredi 16 avril 2008 ?

Alexis Kalambry

23 avril 2008.