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1- Présentation

Je me nomme Mariam Sangaré à l’état civil et je suis originaire de Ségou. J’ai un diplôme en droit public international et suis assistante parlementaire à l’assemblée Nationale.Je suis mariée et mère d’un petit garçon.

2- D’où provient le sobriquet Sista Mam ?

Chez les rastas tous les africains sont frères et sœurs, nous avons tous pour maman l’Afrique, le berceau de l’humanité d’où le terme affectif «MAMA AFRICA», le terme « Ras » précède très souvent le nom des hommes rastas signifiant «maître, guerrier», et «sista, daughter, princess, empress ou encore queen » chez les femmes rastas.
Mam= Contraction de Mam sey, nom donné par mon défunt grand-père.

3-Pourquoi avoir adopté le style reggae et non un autre genre musical ?

jpg_sista-mam.jpgParce que c’est la musique que j’ai le plus écouté. J’ai été bercée par les beaux chants de Peter Machintosh, de Black Uhuru, Cimaroons, Steel Pulses, etc. Ma mère est rasta et mes deux parents adorent le reggae. Une fois grandie, j’ai compris que c’est seulement à travers cette musique que l’Afrique peut s’unir et se développer. C’est une musique au service du peuple.

4-Croyez-vous que le reggae est un genre assez prisé par la jeune génération ?

Oui, bien sur ! Même nos musiciens, qui font de la musique traditionnelle, chantent le reggae, comme Salif Kéïta, Kandia Kouyaté, Babani Koné et d’autres. Même les rappeurs s’y mettent : le groupe Joloko et beaucoup d’autres underground. La musique reggae n’a pas d’âge. Le reggae convient en tout temps, à tout moment et à tout âge. C’est la seule musique qui est écoutée et dansée sur tous les continents du monde.

5- Comment expliquez-vous la quasi inexistence de la gent féminine (vu que vous êtes la seule reggae woman) dans le reggae made in Mali ?

Je ne suis pas la seule, il y a [ma sœur] Queen Mamy (rire). Je pense que le reggae demande beaucoup de réflexion, on traite beaucoup de thème politique. Tous nos textes sont dirigés vers l’Afrique «Mama Africa», «son développement sociopolitique, ses valeurs culturelles, ses richesses naturelles». Bref, on s’intéresse à la gestion de nos pays respectifs, de ce qu’en font nos dirigeants « bonne gouvernance, corruption… Au Mali, on a beaucoup de femmes rasta, ce sont plutôt des militantes mais pas des musiciennes.

6-Pour bon nombre de personnes, le rasta rime obligatoirement avec une coupe de dreadlocks et une consommation de « ganja». Que pensez-vous de ce jugement, étant une fervente adepte du mouvement « rastafari » ?

Alpha Blondy dans son titre «God bless Africa » nous dit «t’es pas obligé de fumer ganja pour être un rasta, t’es pas obligé d’être un black pour être un rasta, t’es pas obligé d’être un dread pour être rasta», juste pour dire que c’est dans le cœur. Cependant pour la majorité rasta rime avec dread locks. Cependant, il faut signaler que les préceptes du rastafarisme stipulent le port des dread locks en ces termes : «laisse pousser tes cheveux naturellement». Moi, je porte des locks et je n’ai jamais touché au ganja. Peut-être que nous aurons l’occasion de parler plus en profondeur du Rastafarisme et de ses dix commandements.

7-Parlez-nous du festival de reggae au Mali dont vous êtes l’initiatrice…

En 2005, l’Union Africaine a célébré à Addis Abéba le 60ème anniversaire de la naissance de Robert Nesta Marley dit Bob et depuis, j’ai initié ce festival avec le Mouvement des Rastas du Mali. Chaque année, au mois de février, on commémore la date à travers des expositions d’objets d’art, des stands de livres, des sound system, des conférences-débats sur des thèmes d’actualité et un concert géant pour la clôture de l’activité animé par des musiciens nationaux, régionaux et internationaux.

8- En tant qu’assistante parlementaire à l’Assemblée Nationale, quel a été votre sentiment vis-à-vis du déroulement et du dénouement de la récente présidentielle du Mali ?

Ça s’est bien déroulé. Les maliens ont souhaité avoir IBK comme président, c’est fait. Cependant, les élections futures peuvent être mieux achalandées : avoir un fichier électoral, et que tous les maliens où qu’ils soient aient leurs cartes Nina pour pouvoir voter (le vote est un droit et un devoir).

Je félicite le peuple malien pour sa grandeur d’esprit. Voter sans effusion de sang, sans crise postélectorale, cela ne m’étonne guère car le Mali est une grande famille. Tous les maliens sont apparentés, d’une manière ou d’une autre.

9-Que préconisez-vous pour que le Mali devienne une plaque tournante du reggae en Afrique à l’instar de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique du Sud ?

Le festival reggae est pour nous cette ouverture sur le monde international du reggae. De sa 1ère édition à la 7ème, nous avons vu la participation grandissante des musiciens africains et même la volonté manifeste de certains musiciens d’Europe et d’Amérique.

Par ailleurs, nous avons vu l’engouement du peuple malien autour de ce festival qui est couvert par la télévision nationale, la presse écrite et parlée et qui constitue un des éléments du journal télévisé durant la période.

9-Mis à part Hailé Selassié (cela va de soi), quel politique représente le mieux vos idéaux?

Tous les pères de l’indépendance sont des références pour nous : Modibo KEITA, N’Kwamé NKRUMA, Jomo Kenyatta, Sékou TOURE… Des combattants pour la liberté et la reconnaissance des droits des noirs aux USA et dans les îles : Marcus Mosiah GARVEY (le Moïse noir) Martin Luther King, Malcom X, Mohamed Ali ainsi que Elijah Mohamed.

10-Kaissa, Sista Gracy, Jaquee, Kady Kaya, Ladyee Haydee, avec laquelle aimeriez-vous faire un featuring?

Elles toutes ! Pourquoi pas? Je serais enchantée de partager la scène avec Tanya Stepphens, Judy Mowatt, Sista Nancy, Marcia Grithiffs, Queen Omega ou encore Queen Ifrica.

11-Des projets en perspectives ?

Je prépare mon deuxième album. J’en suis au quatrième titre ! Ce n’est pas facile sans producteur mais avec la volonté et l’aide du Tout Puissant, ça ira.

12-Un mot pour les Afrinautes ?

Je remercie infiniment Afribone pour cette initiative, cette interview permettra certainement aux afrinautes de comprendre davantage le mouvement Rasta, son combat et son ambition pour notre continent. Merci et bonne navigation !

Interview réalisée par Aissata SANOGO

MLS : 18 Septembre 2013 à 16h 50 TU

©AFRIBONE