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jpg_une-1797.jpgAmssétou Sanogo, présidente de l’association Artistes du Monde et actrice

Madame Kazor, née Amssétou Sanogo est à l’initiative de l’association Artistes du Monde qui a vu le jour en 2010, afin d’œuvrer à la promotion de jeunes artistes. Détentrice d’une maîtrise en droit des Affaires, cette trentenaire est également actrice. Rencontre.

Pourquoi le choix du cinéma ?

J’ai toujours aimé le monde du spectacle. Déjà toute petite, je faisais partie de la troupe théâtrale de mon école. Alors, quand on m’a tendue la perche en me permettant de jouer les figurantes dans la série «Le commissaire Balla », je n’ai eu aucune hésitation à accepter ! Et c’est ainsi que ma carrière d’actrice a débuté. Et depuis, j’ai tourné dans des fictions et des séries comme « Duel à Daffa », « Minyé », « Da Monzo », « les rois de Ségou », « Karim et Doussou », …

Vous êtes assez active car en plus d’être actrice, épouse et maman d’un petit garçon, vous êtes également la présidente de l’association Artistes du Monde. Comment arrivez-vous à concilier toutes ces activités ?

C’est juste une question de volonté : quand on aime ce qu’on fait, on est capable de tout. J’ai été actrice pendant que je poursuivais mes études de droit tout en dirigeant l’association «Artistes du Monde ». Ensuite, j’ai entamé une formation pour obtenir un DUIT en marketing mais cela a coïncidé avec ma grossesse et mon mariage. A ce moment là, c’est devenu plus difficile de combiner tout ça et après mon accouchement, j’ai décidé de faire une pause pour m’occuper de mon bébé…

Parlez-nous de l’association…

Elle a été créée en 2010 par un français et moi-même grâce aux nombreux partenaires qui ont eu foi en notre projet. Elle a pour vocation de promouvoir l’art africain et d’aider les jeunes artistes, toutes origines confondues, à émerger. Et comme son nom l’indique, notre vision est à l’échelle mondiale ! Nous organisons des concerts, des manifestations culturelles qui sont des carrefours de rencontres entre jeunes artistes et artistes de renom. Malheureusement, le putsch a quelque peu ébranlé nos activités et cette situation est très pénible pour les artistes puisqu’ils n’arrivent plus à vivre de leur passion.

Généralement, dans la sous-région, l’acteur à du mal à se défaire d’une étiquette identitaire reçue pour l’interprétation d’un rôle. Et cela peut souvent lui créer des soucis… Comment expliquez-vous ce phénomène. Et surtout, en avez-vous été victime ?

C’est un véritable souci pour les acteurs. Moi, j’en ai fait les frais avec l’un de mes rôles. Dans « Minyé », j’interprétais une servante, Djeneba, qui préparait une tête de mouton pour sa patronne. Plus d’une fois, j’ai été apostrophée par des connaissances ainsi : « Eh ! Djénèba, cuisine-moi une tête de mouton » ou encore « Djénèba, où est ma tête de Mouton ? »

Et j’avoue qu’au fil du temps, j’ai commencé à trouver ça agaçant. Et c’est pire lorsque vous avez un « mauvais rôle » à interpréter, car la confusion entre la fiction et la réalité est assez visible au sein de notre société et l’on tient peu compte des sentiments des acteurs face à cette situation.

Avez-vous une idole ?

C’est Jennifer Lopez ! Depuis toute petite, j’imitais son style vestimentaire, ses chorégraphies… C’est une femme que j’admire énormément de par son ascension au sein du showbiz américain. Elle possède de nombreux atouts qu’elle sait mettre en valeur en combinant merveilleusement sa carrière de chanteuse et d’actrice. En somme, je dirai qu’elle sait mener sa barque ! Et quelque part, comme je trouve que nous avons des points communs, j’aimerais bien avoir une carrière comme la sienne…

Pour vous, à quand un Maliwood ?

Tout d’abord, il faut que le gouvernement prête plus d’attention à l’art dans sa généralité. Ensuite, au cinéma en particulier qui est tout de même un domaine assez rentable si les productions sont prises en compte. Cependant, la négligence et le manque de subventions des structures y afférant entraînent un retard d’évolution en comparaison des autres pays de la sous région. Nous devons aussi insuffler une touche de modernité au cinéma Malien. J’estime que notre cinéma stagne parce que nous traitons incessamment des mêmes thèmes (histoire du Mali, us et coutumes, etc.) Il faut que nous nous penchions davantage sur des sujets actuels qui concernent notre pays et pour cela, je demande, à genoux et les mains dans le dos, aux doyens de faire un petit peu de place à la jeune génération, avide d’innovations. Et alors si les subventions suivent, on pourra prétendre à un Maliwood très rapidement…

Si par un fait du hasard, vous tombez sur une annonce qui dit ceci : « Réalisateur cherche actrice(s) pour rôles suivants : Prostitué, folle, bimbo (aguicheuse), serial killer, cougar… », participerez-vous au casting ? Si oui, pourquoi prendre un tel risque au regard de la société ?

Selon moi, un acteur doit être à même d’interpréter toutes sortes de rôles. Je ne rentre pas dans le moule de distinction : « bon rôle » d’une part et « mauvais rôle » de l’autre. J’estime que tout acteur à travers le personnage qu’il joue, est porteur de message, de conseils pour tout spectateur qui le regarde. Et s’il advenait que l’on veuille me confier l’un de ces rôles, je me ferais une joie de l’interpréter, de préférence une prostituée bimbo ! (Rire).

Quelle est la contribution des artistes en cette période critique que vit notre pays ?

Nous essayons de faire de notre mieux même si nos activités sont ralenties par l’état d’urgence. C’est surtout à travers la musique que nous œuvrons. Il y a eu pas mal de chansons qui appellent à l’union nationale et au retour de la paix. Avant l’état d’urgence, des concerts étaient organisés pour le même objectif.

Votre mot de la fin

J’appelle tous mes compatriotes à se donner la main pour que notre Maliba retrouve sa grandeur d’antan.

Propos recueillis par Aïssata Sanogo | AFRIBONE

20 mai 2013