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Aminata Pedro Kouyaté dite Mimi Pedro, styliste, actrice et membre de «Mali mode»

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Mannequin dès la fin des années 80, Aminata Pedro Kouyaté est la promotrice de la marque « Fanny lolo ». Elle dirige également l’agence de mannequins FATMA et est l’un des membres actifs de l’association des jeunes stylistes « Mali Mode ». Parole donc à une grande dame de la mode malienne.

Et si vous commenciez par vous présenter aux Afrinautes?

Je suis Aminata Pedro Kouyaté à l’état civil et Mimi Pedro en tant que styliste. J’ai suivi une formation de mannequinat au COPEC, chez Germain. Il avait une agence nommée «Les Déesses » où j’ai fait mes premiers pas. Quant au stylisme, j’ai été une autodidacte : pendant ma carrière de mannequinat, j’éprouvais une véritable admiration pour les tenues que les créateurs réalisaient avec les tissus africains.

Ils en faisaient ressortir la qualité et la beauté ; cela m’a incité à tenter ma chance dans le milieu de la mode. Le début a été très difficile, car je ne maitrisais pas les rouages du métier, du coup j’ai du consentir à beaucoup de sacrifices et subir des pertes financières. Mais la passion que je nourris pour la mode, les formations suivies et l’acceptation des critiques des professionnels du métier ont eu raison de mon inexpérience et de mes moments d’abattement.

Où avez-vous réalisé vos formations ?

Ici, au Mali. Etant donné que j’étais profane dans le stylisme, je payais des tissus et faisais appel à des « maîtres couturiers » pour qu’ils m’apprennent à faire des coupes. Et comme le design était déjà un don du ciel, la suite a été facile.

A quand remonte votre premier défilé en tant que mannequin ?

A 1988. Je défilais alors pour Diaouss, Pathéo et Sirin.

C’est quoi la haute couture ?

Je dirais que c’est le fait de désamorcer un peu l’effet monotone du quotidien. J’estime que chaque tailleur est un créateur. La création réside dans la forme et le feeling qu’on apprête et qu’on transpose au tissu.

Expliquez-nous la différence qui existe entre un couturier et un styliste…
Il existe une grande et il y a souvent confusion entre ces deux genres : beaucoup d’enseignes d’ateliers de couture de la ville le démontrent.
Cependant, on ne peut se prétendre styliste du jour au lendemain ! Un couturier reçoit des commandes et confectionne des modèles suivant les indications du client. Par contre, le styliste, de par son imagination, innove des formes en réalisant des esquisses de modèles qu’il soumet au couturier qui réalise son croquis. En résumé, le couturier est l’exécutant et le styliste, le créateur.

Vos créations (la marque Fanny Lolo) sont-elles exclusivement féminines ou est-ce pour les deux genres ?

Elle était à 70% féminine au début et suite aux nombreuses demandes, nous avons mixé les genres.

Si on traduit littéralement le malinké en Français, Fanny lolo signifie alors «vêtement d’étoiles », ou « étoile d’habit ». Pour mettre en exergue les tissus africains, je m’appesantis sur les tissus locaux, comme la cretonne produite par la COMATEX. Je confectionne une grande diversité de coupes avec cette étoffe. Les tissus tissés ont servi pour mes premiers modèles et j’ai habillé plusieurs artistes nationaux avec, révélant ainsi à beaucoup de personnes, la valeur et l’originalité de ce tissu. J’utilise également le Bazin léger et le Wax avec ma touche ‘Fanny lolo’ pour signer ces toiles.

Pensez-vous que la mode made in Mali soit suffisamment mise en valeur ?

Pas vraiment. Nous peinons à acquérir une renommée internationale due au manque de soutien. Chaque styliste travaille avec ses propres moyens, ce qui n’est pas évident pour tous. Nous n’exportons nos produits que grâce aux commandes de certains clients étrangers qui figurent dans nos carnets d’adresses.

Il n’existe aucune structure ou événement national qui puissent servir de vitrine pour la mode malienne. Nous avons beau fournir des efforts, nous n’atteindrons jamais le même niveau de visibilité que nos confrères de la sous-région car les pays comme la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Sénégal organisent tout le temps des événements qui galvanisent la créativité et l’esprit de concurrence des stylistes. Ils sont stimulés pour innover, affirmer leur touche, voire perfectionner leur style. Tant que le Mali n’adoptera pas un état d’esprit analogue, nous ne sortirons pas de l’ornière.

jpg_une-1932.jpgEn mai dernier, la Black Fashion Week s’est tenue à Montréal. Croyez-vous que ce genre d’événement puisse être réalisé au Mali ?

Pas pour tout de suite. Ici, nous n’arrivons pas à sortir de l’informel. Il faut s’organiser en association avec des rencontres à fréquence déterminée afin de nous inciter à présenter nos ouvrages et nous amener ainsi à fournir des efforts pour promouvoir notre mode. Un moment, j’ai essayé de regrouper les stylistes de la jeune génération au sein d’une association. La majorité avait promis d’y adhérer mais lors de la première réunion, nous n’étions que deux ! Depuis, je me consacre à ma seule association « Mode et culture ».

Personne ne pourra me reprocher de n’avoir pas essayé d’apporter ma pierre à l’édifice culturel de mon pays. Tant que nous ne nous cesserons pas d’être nombrilistes et hypocrites dans le milieu de la mode, nous n’avancerons pas. Et il faut que l’Etat aussi joue sa partition car les structures telles que l’APEJ et l’APCMM savent que la survie de plusieurs familles dépend de ce métier. Or, lorsque qu’il s’agit de se rendre à une foire internationale où à un salon, nous sommes obligés de payer le billet d’avion de notre poche ! A titre d’exemple, nous devions nous rendre au Ghana pour un défilé ; Akim Soul, le promoteur de Mali Mode a démarché les différents ministères pour se faire dire «que le moment n’était pas propice ». Mais s’il existait un concours national organisé par l’Etat dont le prix était un billet d’avion pour participer à une Fashion week à Montréal, Paris ou New York, on aurait senti une évolution !

Depuis votre participation à la série TV « Wallaha » (le personnage d’Awa), on ne vous a plus vu à l’écran. Est-ce votre métier de styliste qui vous accapare ?

En fait, j’ai eu à jouer dans deux autres films: Duel à Daffa et Kokadjè. Mais c’est avec mon rôle dans « Wallaha », que je suis connue dans le cinéma. Le personnage d’Awa a marqué les esprits, même si l’opinion du public sur ma personne (sur Awa, à vrai dire) est souvent peu flatteuse. Mais au-delà de ça, j’attends juste un rôle aussi intéressant que celui d’Awa. Et on sait que le métier d’acteur ne fait pas vivre son homme au Mali.

«La mode est femme, donc capricieuse » selon le grand styliste J.K Weber. Etes-vous du même avis ?

Certainement ! Lors de mes créations, je me pose toute sorte de questions tout en formulant les critiques dont mes confections pourraient faire l’objet. Ensuite, je les soumets au jugement de ma vendeuse et de mon tailleur au cas il y’aurait des modifications ou des retouches avant de l’exposer à la clientèle. J’aime le travail d’équipe qui permet de produire un bon produit pour la plus grande satisfaction des clients.

A quand la prochaine édition de « Mode et Culture», afin d’aider les jeunes créateurs à émerger, dont vous êtes initiatrice ?

Quand le Mali retrouvera sa paix et sa stabilité d’antan, que je souhaite d’ailleurs ardemment. « Mode et culture » est un événement de mon initiative que je finance à 90%. Il se produit en partenariat avec le ministère de la culture et certaines sociétés de la place. Il aide les jeunes stylistes encore méconnus du grand public ainsi que de jeunes mannequins, à émerger. C’est sous forme de concours dont les trois lauréats reçoivent des machines à coudre et des enveloppes.

La marque Fanny Lolo est-elle accessible à toutes les bourses ?

J’ai fait une étude minutieuse du marché avant de fixer mes prix. Mes participations aux différentes foires m’ont été d’un grand secours pour ne pas commettre la même erreur que certains de mes confrères, croyant que les occidentaux ignorent la qualité réelle de nos tissus. Ce qui est complètement faux quand on voit qu’une canadienne a créé une usine de bogolan dans son pays et qu’une américaine de souche travaille en étroite collaboration avec le président des tisserands du Mali, M. Adoulaye Sarré…

La majorité de ma clientèle est issue de l’extérieur et il ne serait pas honnête de ma part de les berner avec des produits de mauvaises qualités…
Alors mes prix de base sont les suivants: 15 000FCFA pour le façonnage quand le client apporte le tissu. Quant au prêt-à-porter, cela commence à partir de 30 000FCFA, tarif incluant le tissu, la confection et la marque. Et les prix évoluent selon la coupe souhaitée par le client. Je me suis référée au salaire du citoyen moyen pour choisir ces montants.

Votre mot de la fin.

En tant que fervente féministe, je demande que les droits des femmes soient mieux pris en compte et qu’elles sachent quoi faire quand elles sont victimes de violence, d’abus sexuels. Qu’on respecte davantage les femmes et qu’on leur soit reconnaissants. Et surtout, qu’il y ait la paix au Mali.

Aïssata SANOGO | AFRIBONE MALI | Réalisée le 11 juillet, MEL le 15 juillet 2013



Où trouver la boutique Fanny lolo ?

Badalabougou, 23 avenue Gamal Abdel Naser, Porte121. Elle se trouve entre les deux mosquées et la maison de Mme Propre.

Quelques un des artistes habillés par Mimi Pedro : Cheik Tidiane Seck, Doussou Bagayoko , Mbaou Toukanra, , Sanata Diarra etc. Figurent également des animatrices télé telle Rokia koné de l’émission « Mini Star ».