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Démarrée sous de bons auspices en octobre dernier, l’année scolaire et universitaire 2007-2008 est en train de s’achever en queue de poissons. En lieu et place des enseignants contractuels regroupés au sein d’une coordination de quatre syndicats appelées (COSES), qui refusent d’évaluer, rétiennent des notes, des élèves et étudiants qui boycottent des examens de fin d’année, les plus hautes autorités du pays ont fait appel aux enseignants du privé et à certaines bonnes volontés pour pouvoir sauver l’année.

Cette démarche de sauvétage de l’école malienne initiée par le ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique, le Pr. Amadou Touré a été soutenue par le président de la République, le Général Amadou Toumani Touré (ATT) au cours de sa traditionnelle conférence de presse le 8 juin 2008.

C’était à l’occasion du premier anniversaire de son investiture pour un second mandat de cinq ans à la tête de l’Etat.

La politisation de l’école malienne

La politique du premier président démocratiquement élu au Mali, M. Alpha Oumar Konaré a consisté, dans un premier temps, à augmenter le taux brut de scolarisation au Mali. Pour atteindre cet objectif, plusieurs politiques éducatives ont été expérimentées parmi lesquelles il y a la Nouvelle Ecole Fondamentale (NEF), la Nouvelle Ecole du Mali (NEM), les systèmes de double division et de double vacation.

Au même moment, quelques infrastructures d’accueil ont vu le jour, même s’ils ne pouvaient pas répondre aux besoins exprimés. Pour l’amélioration des conditions d’études et de vie, l’Association des Elèves et Etudiants du Mali (AEEM) ainsi que des syndicats d’enseignants ont fait monter la pression sur les autorités scolaires.

Du coup, l’école est devenue un enjeu national au centre de toutes les convoitises. Les adversaires du pouvoir ont pensé que l’école peut leur servir de tribune et de passage pour la conquête du pouvoir. D’où la politisation de l’école.


Le paradoxe de l’école malienne

Ce que vit l’école malienne est paradoxale. C’est le secteur qui reçoit le plus gros investissement. Mais on a l’impression que rien ne se fait dans ce secteur. Les derniers gros investissements sont les 5 milliards investis sur fonds propre, c’est-à-dire sur le Budget national pour la construction de deux nouvelles facultés sur la colline de Badalabougou”, a déclaré le président de la République.

Les bâtiments devant abriter ces deux facultés : la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques et la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion (FSJP et FSEG) sont presque finis.

La cérémonie d’inauguration des deux facultés est prévue pour le samedi 14 juin prochain. L’enseignement est le secteur le plus budgétivore au Mali. A lui seul, plus de 32% du Budget national est consacré. A côté du Budget national, les partenaires du Mali appuient le secteur de l’éducation en finançant plusieurs projets sectoriels à coût de milliards.

Autrefois, l’enseignement qui était considéré comme un métier de sacerdoce est aujourd’hui une fonction lucrative. Au niveau secondaire, les contractuels qui sont les plus nombreux ont un salaire conséquent au point qu’ils n’ont rien à envier à leurs collègues de la santé ou de l’hydraulique.

Malgré les efforts consentis par les autorités et leurs partenaires en terme de recrutement des enseignants, de construction d’infrastructures, d’augmentation de salaires, les contractuels donnent l’impression que rien ne se fait dans le secteur de l’enseignement. Quel paradoxe !


« Personne n’est indispensable« 

Interrogé par rapport à la démarche du ministère des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique qui consiste à faire les évaluations sans la COSES, le président de la République, a dit ceci le 8 juin 2008 lors d’une conférence de presse.

Personne n’est indispensable, nous ne pouvons pas accepter qu’un groupuscule d’individus prennent tout le Mali en otage. Nous avons tout essayé pour faire revenir ces enseignants à de meilleurs sentiments. Nous avons fait intervenir les personnes âgées, les griots, les notabilités de Bamako, les leaders religieux, les associations de femmes et de jeunes.

Ces enseignants ne veulent rien entendre, quand une année est blanche, noire ou jaune, ça fait mal aux autorités que nous sommes, mais les perdants sont les élèves et étudiants. Quand on refuse d’évaluer, on doit avoir le courage de renoncer à une partie de son salaire parce que l’évaluation fait partie des devoirs de l’enseignant”, a martelé le président ATT.

Après avoir tout essayé (grèves sur grèves, retentions des notes, refus d’évaluation, boycott des compositions ainsi que des examens de fin d’année) sans obtenir gain de cause, les enseignants contractuels du secondaire vont-ils revenir à de meilleurs sentiments en participant au bac prévu pour le 23 juin 2008?

Daba Balla KEITA

12 Juin 2008