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Le Premier ministre de la transition, le Dr Cheick Modibo Diarra, aura en réalité à se battre sur plusieurs fronts, mais le nord reste sans doute une priorité. Car ni les élections, ni l’unité nationale et la cohésion sociale ne peuvent être une réalité sans une bonne gestion de la question du nord.

Et pour avoir la paix au nord et l’intégrité territoriale, le Premier ministre préconise le dialogue, mais pas en évitant la guerre à tout prix, il refusera de «négocier le couteau sous la gorge ». Or en l’état actuel des choses, avec «Tessalit, Aguelhok, Ménaka, Kidal, Gao, Tombouctou, occupés » le couteau est presque sous la gorge. Il doit donc se donner les moyens de les libérer avant. Les occupants du nord, qu’ils soient du Mnla, d’Ansar Dine ou d’Alqaïda, arrivés là par le bout du canon, il ne sera pas aussi simple de les y déloger par des incantations, et y instaurer l’autorité de l’Etat malien. Il n’est pas question de « se laisser ronger par l’amertume, le désespoir », selon le nouveau Premier ministre qui apparait ainsi comme un homme d’action.

Pas « un centimètre carré » du pays ne restera occupé pour quelque raison que ce soit. Si pour Cheick Modibo Diarra, la guerre est haïssable parce que faisant des orphelins et des veuves, il reste « amoureux de la guerre qui détruit la guerre, fait taire les armes, ouvre les portes de la paix ». L’homme du dialogue qu’il est, ne refusera pas la guerre, tout comme son Président de la République Dioncounda Traoré, qui déclarait lors de son investiture : « nous n’hésiterons pas à mener une guerre totale et implacable pour recouvrer notre intégrité territoriale mais aussi pour bouter hors de nos frontières tous ces envahisseurs porteurs de désolation et de misère, que sont AQMI, et tous ces trafiquants de drogues qui opèrent depuis trop longtemps dans le Nord de notre pays de même que tous ces preneurs d’otages qui discréditent notre pays et portent un préjudice incommensurable à notre développement.

Cela doit être compris de tous : nous ne négocierons jamais la partition du Mali ». Le Premier ministre n’a pas autre choix que de s’organiser pour les deux options et en même temps, la guerre et la négociation, la carotte et le bâton. Le Premier ministre en est conscient pour se poser en amoureux de la guerre qui détruit la guerre.

Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra doit également se battre sur un front humain, et composer avec « des hommes qui ont l’esprit de créativité, le sens des responsabilités et qui puissent se mettre au dessus des contingences partisanes, des revendications corporatistes et des querelles mesquines », selon son portrait robot. A le suivre de près, les maux du Mali disséqués ont pour nom : « déficit de gouvernance », « incapacité d’anticipation », entre autres qui ont conduit au blocage actuel.

Conséquence : un Etat affaibli, une nation humiliée et un territoire divisé. Le défi de Cheick Modibo est aussi de sortir le pays de là avant de passer le témoin.

B. Daou

Le Républicain du 23 avril 2012