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Bamako n’a pas été tiré à la courte paille. Il y a, en effet, peu de doute que la décision de tenir dans notre capitale la réunion extraordinaire de ses chefs d’Etat major, la Cedeao voulait mesurer l’engagement du Mali vis-à-vis de la stratégie d’Abuja sur la crise ivoirienne. Mais justement, la Cedeao a-t-elle désormais une stratégie ? Elle avait poussé de puissants coups de gueule au début de la crise, donnant l’impression que les jours de Gbagbo étaient comptés et qu’elle allait remettre incessamment son pouvoir volé à Alassane Ouattara dont elle reconnaît la victoire, à l’instar de la communauté internationale.

Depuis quelques semaines pourtant, Abuja semble avoir relégué ses habits de don Quichotte aux vestiaires, préférant la négociation à la menace. Une dose de realpolitik à la place du lâcher de paras que la donner ivoirienne semblait imposer dès au départ. Les schémas tactiques seront, bien entendu, étudiés et adoptés à Bamako.

Et ce n’est pas rien. C’est en tout cas une mauvaise nouvelle pour Bamako qui ne peut pas ne pas réaliser la fragilité de sa situation: s’il a la vanité de la télévision, il n’a pas le contrôle de tout le pays, il est rejeté au plan international et il pourrait, sous peu, se retrouver sans le kopeck pour financer les missions régaliennes de son Etat à lui, y compris les fonctionnaires et les militaires favorables à son adversaire, car il y en a. Est-ce pour cela que la rencontre de Bamako est une bonne nouvelle pour Alassane Ouattara qui, à ce stade, ne peut pas raisonnablement, prendre pour argent comptant les rodomontades successives de la communauté internationale. Car elles n’ont jusque-là produit que l’effet de l’opium. Bamako qui clôture ses travaux aujourd’hui ne sera guère différent.

Les pays vont nominalement contribuer en troupes et en moyens. Mais le vrai test sera l’apport réel des uns et des autres, le jour où la Cedeao décidera d’envahir le Palais de Cocody. Pas beaucoup d’Etats de la communauté ouest africaine répondront présents ce jour. Car c’est clair que ce ne sont pas les militaires qui décident mais les politiques. Donc ce à quoi, on assiste tient plus de la guerre psychologique que du dernier réglage. Gbagbo le sait et de toutes manières, il n’est pas à un baroud près.

Adam Thiam

19 Janvier 2011.