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Quand la légion de la gendarmerie fait passer d’honnêtes citoyens pour des malfrats

jpg_insecurite.jpgDans la nuit du lundi 1er au mardi 2 février les nommés Daouda Dembélé, chef de famille et gérant d’un kiosque à Lafiabougou terminus, Alou Diarra, « Tapeur de bazin » au marché de Lafiabougou, Louise Diarra, une mère de famille et commerçante de son état et une autre jeune dame dont l’identité ne nous a pas été révélée sont arrêtés au cours d’une patrouille menée par une équipe de la Brigade fluviale de la gendarmerie suite à un contrôle d’identification. Faute de pièces d’identité bonnes et due forme, ces personnes ont été conduites à la brigade fluviale où elles passèrent la nuit. Le matin, elles sont immédiatement conduites à la légion de la gendarmerie sise au Camp I, pour dit-on, remplir des formalités. A la légion, il ne fut point question de leur libération.

Toute la matinée, elles sont restées enfermées dans une grande salle entrain de se morfondre sans comprendre ce qui leur arrivait. Aux environs de 17 heures, surprise : l’équipe de reportage de l’ORTM débarque. Les éléments de la gendarmerie font sortir les personnes arrêtées qu’ils filmeront en compagnie de bandits notoires comme étant des malfrats appartenant à un vaste réseau.

Alors qu’ils ne sont que de simples citoyens « raflés » au cours de la patrouille. Des motos, des armes dont des pistolets furent montrés comme étant leur butin. Une véritable mise en scène de la légion de la gendarmerie dont on ignore les véritables motivations. Était ce pour avoir l’estime de la hiérarchie ? Le Commandant de cette unité, le Col Blonkoro Samaké, à qui nous nous sommes adressé, s’est refusé à tout commentaire. Il nous a expliqué qu’il ne peut se prêter à aucune de nos questions sans l’aval de sa hiérarchie.

Daouda Dembélé, Alou Diarra et Louise Diarra, au cours de leur passage dans notre rédaction, étaient profondément affligés. Dans leurs quartiers respectifs, ils sont montrés du doigt comme étant des personnes dont les images ont été diffusées sur les antennes de l’ORTM avoir appartenu à un vaste réseau de gangsters.

N’en pouvant plus, nos interlocuteurs ont décidé de donner de la voix. Ils n’y sont pas allés avec le dos de la cuillère en exigeant des excuses publiques et un démenti de la part de la légion de la gendarmerie nationale. Des démarches sont en cours en vue d’introduire une plainte contre cette unité d’élite de la gendarmerie malienne.

Pour rappel, Daouda Diarra, qui portait d’ailleurs sa tenue de travail, n’en revient pas lorsqu’il s’est mis à nous raconter sa mésaventure « entre 1 heure et 2 heures du matin, une équipe de la Brigade fluviale nous est tombée dessus dans un petit restaurant du nom de « Bienvenue » où je me trouvais avec deux de mes amis. Ils nous ont demandé nos pièces d’identité. Moi et Alou Diarra, qui n’en avions pas, fûmes immédiatement arrêtés. J’ai aussitôt confié mon restaurant à un ami et nous avons été embarqués ».

Avant d’ajouter : « Plus tard, ils ont arrêté un taxi près d’une station au niveau du terminus de Lafiabougou dans lequel se trouvait Louise Diarra. Elle n’avait pas de pièce d’identité. Elle fut aussi arrêtée. Une autre jeune dame fut cueillie à Magnaca Carré toujours à Lafiabougou ».

Et Alou Diarra d’ajouter : « après avoir passé la nuit à la Brigade fluviale, nous avons été amenés à la légion de gendarmerie, avec la promesse qu’une fois sur place nous serons relâchés. Après des heures d’attente, les gendarmes nous font sortir. Entre-temps, ils ont rassemblé des motos, des armes à feu, des machettes.Puis ils ont fait venir un bandit du nom de Solotondjan qu’ils ont placé auprès des objets.

On nous demanda de nous placer tout près pour que la télévision puisse nous filmer. Nous étions plus d’une quinzaine dont quatre jeunes filles. Lorsque nous avons refusé arguant que cela ne porte pas conséquence pour nous dans la mesure où, nous a-t-on dit, l’ancien président a été lui-même filmé lors des procès crimes de sang et économiques ».

C’est ainsi que ces personnes sont passées à la télé malgré elles-mêmes. Leurs protestations n’ayant servi à rien. Et comme si cela ne suffisait pas, les éléments de la gendarmerie les font payer la somme de 7500 FCFA. Alors que sur le reçu il est, bel et bien, mentionné 3000FCFA pour « défaut de pièces ».

Les victimes sont résolus à aller jusqu’au bout et saisir qui de droit pour que justice puisse se faire.

A la légion de la gendarmerie où nous nous sommes rendus, le Commandant de cette Compagnie, le Colonel Bloukoro Samaké, s’est refusé à tout commentaire. Il nous a demandé de nous référer à sa hiérarchie, à savoir le Directeur de la gendarmerie. Nos tentatives furent vaines.

Nous y reviendrons.

Abdoulaye DIARRA

09 Février 2010.