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Naguère, il fallait être presque irréprochable pour prétendre être député. Aujourd’hui, il faut avoir des sous pour se faire élire. Conséquence : l’Assemblée malienne est devenue un méli-mélo où l’on trouve (encore heureusement) d’honorables personnalités, mais aussi des gouapes méchantes dont il faut se méfier. Un grave danger guette notre démocratie.

Une des particularités des élections législatives de 2007 se trouve dans l’engouement des citoyens membres de partis politiques ou non à briguer le suffrage des électeurs. Le nombre de listes des candidatures (plus de 500) est le témoignage de cet engouement. Dans le lot, on trouve pêle-mêle ceux qui sont motivés par la fonction prestigieuse de député, ceux qui lorgnent seulement ses avantages… et ceux qui veulent échapper aux mailles de la justice.

La mauvaise gestion des affaires publiques faite par certains candidats avait fait l’objet de certaines requêtes adressées à la Cour constitutionnelle qui les a rejetées, indiquant que la loi ne fait pas cas de la moralité des candidats. Aujourd’hui, la fonction de député attire beaucoup de concitoyens. Et pour cause, elle accorde beaucoup d’avantages. Et nombreux parmi ceux qui se considéraient comme étant de la société civile, qui s’étaient toujours gardés de faire de la politique, ont commencé à s’y intéresser de près.

Leur décision est très souvent motivée par leur déception de voir le politique s’éloigner de plus en plus de leurs problèmes quotidiens.

C’est principalement le cas de Salif Kéita, le rossignol de la musique malienne. Salif Kéita, interrogé au cours d’une émission sur la Radio nationale, a dit qu’il voulait devenir député pour apporter des changements dans la vie des artistes en contraignant l’institution parlementaire à adopter des lois qui protègent les artistes. Dans le domaine de la lutte contre la piraterie, le chanteur de renommée n’a pas caché son insatisfaction sur les mesures entreprises jusque-là pour combattre le fléau. Le chanteur, qui a vécu les méfaits de la piraterie, saura mener peut être ce combat parlementaire.

Le capharnaüm n’est plus loin

Mais, la ruée vers l’Assemblée nationale ne se justifie pas seulement par la défense des causes collectives nobles. L’Assemblée nationale est aussi souvent le refuge de ceux qui traînent des casseroles. La fonction de député est perçue par une catégorie de Maliens comme le meilleur moyen pour échapper à la justice.

Et cela semble se confirmer. Car de 1992 à nos jours, seul un député, Ngolo Sanogo du Parti malien pour le développement et le renouveau (PMDR), cadre de la Compagnie malienne pour le développement du textile (CMDT) à Sikasso a vu son immunité parlementaire lever. Il avait ensuite été traduit devant une session de Cour d’assises pour répondre d’un délit financier.

A l’époque, il avait été démontré que la politique encore moins l’Assemblée nationale ne sauraient être des refuges pour des délinquants à col blanc. On se rappelle encore de toute la volonté du président de l’AN d’alors, Pr. Ali Nouhoun Diallo, et ses collègues députés à voter la levée de l’immunité de l’honorable Sanogo, dont la culpabilité était établie.

Ce comportement républicain de l’AN et des plus hautes autorités de l’époque est à mettre à l’honneur de la démocratie. Malheureusement, la pratique, semble désormais appartenir au passé parce que dans les conditions actuelles tout porte à croire que notre future Assemblée, si les électeurs n’y prennent garde, sera le repaire de bandits de tout acabit.

L’Assemblée nationale est aussi convoitée à cause de la personnalité dont jouit le député. En effet selon la loi électorale en plus de l’immunité parlementaire, le député a des avantages pécuniaires (voir encadré) qui font de lui un bienheureux dans le contexte malien.


Denis Koné

Beaucoup d’argent

Les députés perçoivent des indemnités qui sont définis aux articles 15, 16, 17 et 18 de la loi électorale.
Les députés perçoivent une indemnité parlementaire mensuelle calculée sur la base de l’indice 900 pour compter du 1er janvier 2002. L’indemnité parlementaire mensuelle ne peut être cumulée avec un autre traitement ou salaire ni avec aucune indemnité ayant le caractère d’une rémunération principale. L’indemnité parlementaire est complétée par une indemnité dite de session fixée à 15 000 F CFA par jour.

Le président de l’Assemblée nationale perçoit une indemnité parlementaire mensuelle calculée sur la base de l’indice hors échelle 1050. Outre l’indemnité de session, il bénéficie d’une indemnité mensuelle forfaitaire de représentation de 100 000 F CFA.

Les autres membres du bureau de l’Assemblée nationale et le rapporteur général de la Commission des finances, de l’économie, des industries et du plan bénéficient d’une indemnité mensuelle de représentation de 30 000 F CFA.

Les présidents des groupes parlementaires et les présidents des commissions bénéficient d’une indemnité mensuelle de représentation de 20 000 F CFA.

D. K.

04 juin 2007.