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Les producteurs mettent en garde les députés contre l’adoption de tout projet de loi relatif à la privatisation de la filière coton


Commencés le lundi 23 juin, les travaux du séminaire sur l’impact de la privatisation de la CMDT sur la 3ème région se poursuivent dans la salle de conférences de l’Hôtel Zanga, dans la capitale du Kénédougou. La première journée des débats a été marquée par une mise en garde solennelle des producteurs aux élus de la nation.

Pour eux, le projet de privatisation de la filière coton n’est autre qu’une machination ourdie par une poignée d’individus, qui privilégient leurs petits intérêts égoïstes au détriment de ceux de la nation. Les élus de Sikasso sont appelés à pratiquer un travail de lobbying auprès de leurs pairs de toutes les régions du Mali pour ne pas voter le projet de loi sur la privatisation de la filière coton le 5 juillet à l’Assemblée nationale.

La salle de conférences de l’Hôtel Zanga à Sikasso a connu des moments intenses, le lundi 23 juin 2008, à l’occasion du séminaire qui se tient sur l’impact de la privatisation de la CMDT sur le développement de la région de Sikasso. Les différents intervenants, souvent en colère, ont en majorité critiqué la façon dont l’Etat veut liquider la CMDT.

Pour M. Vamara Abdoul Koné, producteur de coton et maire URD de la commune rurale de N’Kourala (village qui a abrité en décembre 2006, le rassemblement des producteurs de coton ayant apporté leur soutien électoral au candidat ATT) est monté au créneau. Il déplore la façon dont l’Etat, notamment ATT et son équipe gouvernementale, veulent brader la filière coton.

Dans son intervention, Vamara Abdoul Koné a soulevé un certain nombre de questions qui portent, entre autres, sur les raisons qui ont amené l’Etat à opter pour la liquidation pure et simple de la CMDT. Il dit ne pas comprendre que les leaders au pouvoir qui doivent être les premiers défenseurs des causes paysannes soient les premiers à fuir leurs responsabilités.

Vamara Abdoul Koné ne comprend pas, non plus, que l’on dise que ce sont plus de quatre millions de personnes qui vivent directement des revenus du coton et quatre autres millions de Maliens en vivent de façon indirecte et que l’on accepte de faire fi de l’intérêt de tout ce monde (8 sur 13 millions de Maliens) pour satisfaire le vice financier de quelques individus.

Le paysan-pilote de N’Kourala, Vamara Abdoul Koné, c’est son nom, a, au nom de ses frères producteurs, mis en garde les députés de la région de Sikasso, contre l’adoption par l’Assemblée Nationale le 5 juillet prochain du projet relatif à la privatisation de la CMDT. «Chers élus à l’Assemblée Nationale de la 3ème région, si le projet relatif à la privatisation de la filière coton venait à être adopté le 5 juillet prochain, je vous avoue, que vous ne pourrez plus compter sur les bases qui vous ont élus à la faveur des dernières législatives» a-t-il menacé.

Le maire de N’Kourala d’ajouter que si ATT avait dit clairement aux paysans que la filière coton serait privatisée, qu’il peut le jurer que le candidat ATT n’allait pas obtenir la moindre voix dans les milieux des producteurs, qui, a-t-il précisé, ont voté par endroit à plus de 70% pour le Général Président.

Pour sa part, Docteur Sy s’est interrogé sur les raisons qui poussent les autorités à brader le secteur coton. Il a rappelé que si la CMDT était mise en vente au moment où le Mali a fêté à Koutiala vers la fin des années 1990, les milliards de FCFA de bénéfices issus de la vente du coton malien, que personne n’allait crier au scandale. Le moment choisi pour liquider la filière est mal venu, a-t-il poursuivi.

Quant à Souleymane Traoré, le chef du village du séminaire et leader régional du MPR, il a fait savoir qu’il ne comprend pas souvent les agissements des autorités qui planifient tout à l’avance et qui viennent, par la suite, sonder dans un vide les populations à la base. Il fera remarquer que l’avis des paysans ne peut rien changer dans ce projet de vente de la filière coton.

Pour lui, l’Etat a déjà affiché sa volonté de liquider la CMDT et personne ne peut changer ou contrecarrer cette décision. Souleymane Traoré trouve, tout de même, que la liquidation de la CMDT sera une énorme erreur de la part de nos autorités. Il a fait allusion à l’échec de la privatisation de la filière dans d’autres pays voisins. Notre interlocuteur a déclaré que l’exemple béninois doit servir de leçon pour tous les pays producteurs de coton.

La nationalisation de la filière coton par Yayi Boni, quelques mois après son accession au pouvoir, a permis une réelle dynamique de relance de la culture du coton dans ce pays. «Je croyais que le Mali agricole avait eu en ATT un vrai paysan défendant la cause des producteurs, mais je ne savais que toutes les actions qu’il entreprenait pour valoriser étaient plutôt des actions pour des fins électoralistes. Mais, aujourd’hui, nous avons compris que le secteur agricole, notamment le secteur coton, n’est pas réellement une priorité dans le PDES du Président ATT. Mais tout çà, c’est vraiment tard» a déploré Souleymane Traoré.

Le Groupe parlementaire ACM, représenté à ce séminaire, a fait une communication lue par l’Honorable Idrissa Ouattara élu à Koutiala. Il ressort de cette communication que la CMDT est la première et la plus importante entreprise d’exportation léguée par les colons à la République du Mali.

La CMDT a longtemps été le poumon de l’économie et le support du budget du Mali. La CMDT est la seule entreprise du pays qui fait vivre toutes les couches (ouvriers, paysans, transporteurs, mécaniciens, opérateurs d’hydrocarbures, commerçants, industriels etc).

La CMDT est l’entreprise qui a œuvré pour la décentralisation avant la décentralisation. La CMDT, dans la troisième région, a rempli tous les rôles de développement à la place de l’Etat (alphabétisation, aménagement des pistes rurales et artères principales, aménagement des bas-fonds, de micro barrages, formation des paysans dans différents systèmes culturels, entre autres).

Aujourd’hui, c’est cette même CMDT qui traverse une crise sans précédent et ce depuis plus de dix ans. Pour le Groupe Alliance pour la Consolidation de la Majorité, cette formule de privatisation est loin d’être la solution. La crise n’est pas seulement la mauvaise gestion, si mauvaise gestion il y a.

Le naufrage de la CMDT signifierait le redémarrage à zéro de l’économie de la région de Sikasso. L’on sait que Sikasso est la première région économique et industrielle du pays après le district de Bamako et que l’économie gravite autour de la CMDT.

Au regard de tous ces paramètres, c’est le déclin annoncé de l’économie du Mali. Le prix de la viande, l’exportation du bétail, l’importation des produits de première nécessité (ciment, engrais, fer) tous, auront leur part dans la privatisation de la CMDT.

Au nombre de ses recommandations, le Groupe ACM propose au Gouvernement de revoir la procédure de privatisation de la CMDT, la responsabilisation de l’entreprise en dehors des questions politiques.

S’y ajoutent l’encouragement des opérateurs privés à concurrencer la CMDT, tout en facilitant la création des unités d’égrenage et la promotion de la transformation sur place d’une grande quantité de la production des fibres (coton hygiéniques fortement priorisé dans les centres de santé et hôpitaux du Mali voir de la sous région) ; promouvoir la consommation du produit local.

Egalement le Groupe ACM souhaite que l’Etat s’engage à hauteur de 50% dans le capital de la CMDT. Il y va de l’application correcte du PDES et de la Loi d’Orientation Agricole en vigueur dans notre pays.

Le Groupe parlementaire ACM souhaite que toute la population veille à la bonne gestion de la filière coton et de la CMDT. Le mal que vit la filière coton, aujourd’hui, est lié à beaucoup de phénomènes qui ne peuvent être résolus par la privatisation.

Pour le Groupe Parlementaire ACM, privatiser la CMDT, à l’heure actuelle, est une fuite de responsabilités de la part du Gouvernement, un désaveu total des autorités en place.

L’instinct de sacrifier ou de détruire une entreprise doit être banni par tout gouvernement qui a souci d’aider ses populations. De mémoire d’homme, les entrepreneurs du Mali voire de l’Afrique de l’Ouest ont, en grande partie, démontré qu’ils n’ont pas la capacité ni la compétence requises pour gérer des entreprises de la taille de la CMDT.

Au Mali, la preuve se voit à l’œil nu, aucune privatisation jusqu’ici, n’a réussi. Le cas de l’Energie du Mali SA doit être un exemple palpable. Elle a été vendue et rachetée par l’Etat avec perte pour le budget national. La Régie du chemin de fer, Huicoma, la BETRAM sa, la SNPC entre autres ont toutes connu de cuisants échecs.

La privatisation de la filière coton n’a pas marché au Bénin, en Côte d’Ivoire ou encore au Burkina Faso, le Mali ne peut faire exception en la matière.

Pour le Groupe Parlementaire ACM, les causes de la privatisation de la CMDT sont multiples.

Les autorités, qui ont dirigé le pays entre 1992 et 2002, avaient confondu la gestion de la CMDT et celle de leurs partis politiques. L’actuelle équipe dirigeante, arrivée au pouvoir en 2002 a presque continué à commettre la même erreur.

Pour le Groupe Parlementaire ACM, les problèmes financiers à la CMDT ont commencé après la fête des 100 milliards de FCFA de bénéfice (1996) parrainée par le Premier Ministre de l’époque.

Autres facteurs ayant négativement influé sur la gestion de la CMDT, c’est la politisation dans les nominations à des postes de responsabilités. Parlant de la mauvaise gestion de la filière coton, le Groupe Parlementaire ACM trouve que nous sommes tous complices, même si les complicités sont situées à des degrés divers.

Les biens de la CMDT sont toujours dilapidés au vu et au su de tous et personne n’a, jusqu’ici, levé le doigt pour le dénoncer. Même si l’Occident vit et vivra encore longtemps de notre sang, il y a lieu que nous ouvrions nos yeux.

Pour le Groupe Parlementaire ACM, la privatisation de la CMDT aura comme conséquence la destruction de toutes les régions CMDT et de plus de 75% de nos ressources économiques.


Zhao BAMBA

Envoyé Spécial

25 Juin 2008