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La réunion du Groupe d’appui et de suivi sur la situation au Mali qui s’ouvre aujourd’hui devrait constituer un tournant dans une lourde et lente procédure

Cela fait des mois que le déploiement d’une force d’intervention dans notre pays occupe l’agenda sous-régional. La réunion du Groupe d’appui et de suivi sur la situation au Mali, initiée par l’Union africaine et en consultation avec l’ONU et la CEDEAO, qui s’ouvre ce matin dans notre capitale, devrait représenter un nouveau tournant décisif dans l’organisation d’une intervention militaire internationale. Rappelons que l’objectif de cette rencontre internationale est d’arrêter les modalités de l’aide que la communauté internationale doit apporter aux autorités de transition pour régler la crise dans le nord du pays.

Elle intervient après l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies, le 12 octobre, d’une résolution autorisant l’intervention d’une force internationale pour mettre fin à l’occupation des régions du nord. La résolution charge cependant le secrétariat général de l’ONU de travailler avec la CEDEAO et l’Union africaine pour présenter dans les 45 jours des « recommandations détaillées et applicables ».

Beaucoup d’efforts ont été fournis sur le plan national et international pour en arriver là. En effet, le coup d’Etat militaire survenu le 22 mars passé et l’occupation des régions du nord par les rebelles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) et des groupes islamistes armés ont poussé la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à agir vite.

Après avoir condamné le putsch, l’organisation sous-régionale tient un sommet extraordinaire le 26 mars à Abidjan dans le but d’aider notre pays à retrouver sa stabilité. Après l’occupation de toutes les régions du Nord, (Kidal, Gao Tombouctou) par les rebelles du MNLA et des groupes islamistes armés, une rencontre des forces vives de la nation a lieu les 14 et 15 avril à Ouagadougou à l’initiative du président burkinabé Blaise Compaoré désigné par ses pairs, médiateur de la CEDEAO dans la crise malienne. A l’issue de cette rencontre, les participants ont invité l’organisation sous-régionale à aider le Mali à restaurer son intégrité territoriale sans préciser les modalités de cette aide.

Au fur et à mesure que les occupants des régions du nord multipliaient les exactions, la communauté internationale prenait conscience de l’urgence d’agir avec la CEDEAO en première ligne.

L’appui militaire que la CEDEAO entend apporter à notre pays a commencé à se dessiner à partir de la deuxième réunion extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement le 25 avril à Abidjan. A l’issue de leurs travaux, les dirigeants de la Communauté ont décidé ainsi le déploiement d’une force en attente dans notre pays conformément au mandat approuvé. Mais il a fallu attendre une réunion extraordinaire à Dakar tenue quatre jours après celle d’Abidjan pour avoir une idée un peu plus précise de l’option du déploiement de cette force en attente de la CEDEAO. A la fin de la rencontre, la CEDEAO annonce avoir mis en état d’alerte une force militaire. Le 16 mai, l’organisation sous-régionale est plus explicite sur son projet. Dans un communiqué, elle annonce le déploiement possible de quelques 3000 hommes. Mais pour cela, elle attend « la demande formelle des autorités maliennes » et ensuite « un mandat de l’ONU et une aide extérieure ».

En visite à Paris, le chef de l’Etat béninois et président en exercice de l’Union africaine, Thomas Boni Yayi, lance l’idée d’une saisine du Conseil de sécurité de l’ONU en vue de la création d’une force africaine d’intervention au Mali.

« Nous proposons que l’Union africaine renforce sa position pour que son Conseil de paix et sécurité puisse saisir le Conseil de sécurité de l’ONU », avait-t-il dit, évoquant une « force » qui pourrait être africaine sous l’égide de l’ONU. Au terme d’un entretien à l’Elysée avec le chef de l’Etat béninois, le président François Hollande avait lui aussi souhaité que les pays africains saisissent le Conseil de sécurité de l’ONU de la situation, et promis que Paris « répondrait aux demandes d’aide dans ce seul cadre».

DES OPTIONS DETAILLEES. Le mercredi 13 juin 2012, la CEDEAO et l’Union africaine adressent une demande au Conseil de sécurité de l’ONU afin qu’il autorise le déploiement d’une force de stabilisation de la CEDEAO pour accompagner le processus politique dans notre pays, aider à sauvegarder son intégrité territoriale et contribuer à lutter contre le terrorisme. En réponse, le Conseil de sécurité se dit prêt à examiner la demande de la CEDEAO dès qu’il aura obtenu davantage de précisions sur les objectifs, les moyens et les modalités de déploiement envisagé et sur d’autres mesures possibles.

Il encourage à cet égard les autorités de transition, la Commission de la CEDEAO, celle de l’Union africaine et les pays de la région à coopérer étroitement pour dégager des options détaillées. Le Conseil voulait, par exemple, voir élaborer un plan politique après une éventuelle intervention. Les Etats-Unis ont également suggéré d’appliquer des sanctions avant une opération militaire.

Du 7 au 18 juillet, une équipe technique d’évaluation composée d’experts de la CEDEAO, de l’Union africaine et des Nations unies séjourne dans notre pays. Elle est chargée d’analyser la question relative à un éventuel déploiement de force internationale.

Le 29 juillet dans une allocution à la Nation, deux jours après son retour de Paris où il était en convalescence après son agression du 21 mai, le président de la République par intérim Dioncounda Traoré annonce qu’il adressera bientôt une requête en direction de la CEDEAO, de l’Union africaine et des Nations unies en fonction des conclusions de la mission technique.

Le vendredi 10 août, lors d’une réunion, les membres du Conseil de sécurité de l’ONU disent attendre « des options détaillées concernant les objectifs, les moyens et les modalités du déploiement envisagé ». Ils ont aussi invité la CEDEAO « à faire en sorte que le gouvernement clarifie sa position » à propos de ce déploiement, auquel notre pays doit donner son accord formel.

Le mardi 4 septembre, le président de la République par intérim adresse une lettre au président en exercice de la CEDEAO lui demandant une aide militaire afin de réorganiser les forces armées maliennes, de rétablir l’intégrité territoriale du pays et de lutter contre le terrorisme.

Le 17 septembre, les ministres de la Défense et des Affaires étrangères de la CEDEAO se réunissent à Abidjan pour examiner les propositions des chefs d’état-major qui s’étaient retrouvés trois jours plus tôt.

PAS DE TEMPS À PERDRE. Le 23 septembre, le ministre de la Défense et des Anciens combattants, Yamoussa Camara, et son homologue ivoirien, Paul Koffi Koffi, annoncent à Bamako que notre pays et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ont trouvé un accord sur les conditions de déploiement d’une force africaine.

Quelques jours plus tard, participant à la 67è session de l’Assemblée générale des Nations unies en fin septembre à New York, le Premier ministre Cheick Modibo Diarra remet une demande au secrétaire général de l’ONU, au président de l’Union africaine et au secrétaire d’Etat adjoint américain aux affaires africaines pour l’ « envoi immédiat d’une force internationale » qui viendra aider les forces armées maliennes à reprendre les régions occupées du nord de notre pays.

Puis du haut de la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, le chef du gouvernement a demandé l’appui de la communauté internationale et sollicité le Conseil de sécurité de l’ONU pour l’adoption rapide d’une résolution permettant l’intervention d’une force internationale dans le Nord.

En même temps, la France pousse vigoureusement. Egalement présent à New York, François Hollande juge que la situation dans le nord du Mali « est insupportable, inacceptable » et qu’ »il faut que le terrorisme soit écarté de cette zone du Sahel » et pour cela « il n’y pas de temps à perdre ». « La France, je l’annonce ici, soutiendra toutes les initiatives permettant que les Africains eux-mêmes règlent cette question dans le cadre de la légalité internationale avec un mandat clair du Conseil de sécurité. Oui, il faut que le Mali retrouve l’intégrité de son territoire », avait-t-il ajouté.

La CEDEAO a ensuite adressé une lettre au secrétaire général de l’ONU lui demandant l’adoption, par le Conseil de sécurité, d’une résolution autorisant le déploiement d’une force de stabilisation au Mali sous l’empire du chapitre 7 de la charte de l’ONU. La CEDEAO a également dressé une lettre à l’Union africaine pour l’inviter à préciser avec elle le principe, les moyens et les modalités de déploiement d’une force de stabilisation au Mali.

Au cours de la session de l’ONU, la France qui fait partie des cinq pays permanents du conseil de sécurité de l’ONU a pesé de tout son poids diplomatique pour qu’une résolution puisse être votée en vue du déploiement d’une force internationale au Mali. Sa démarche a été concluante puisque le vendredi 12 octobre, une résolution a été adoptée à l’unanimité des 15 pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU. Le texte presse cependant la CEDEAO de préciser son plan dans les 45 jours. C’est à cela que s’attellera la rencontre d’aujourd’hui du Groupe d’appui et de suivi sur la situation au Mali. Déjà lundi dernier, les ministres des Affaires étrangères des 27 pays membres de l’Union européenne réunis à Luxembourg avaient donné leur feu vert à la planification d’une mission militaire. L’objectif de cette mission serait la réorganisation et l’entraînement de nos forces armées.

Plusieurs options sont examinées par les experts européens. L’une d’elles, qui semble privilégiée, prévoit le déploiement d’au moins 150 instructeurs militaires pour former des soldats maliens en quatre à six mois, selon un responsable. Une autre, plus ambitieuse, envisagerait l’envoi de davantage d’hommes, de l’ordre de 400, dont certains accompagneraient l’armée malienne dans sa reconquête du nord.

MADIBA KEITA le 19 oct 2012.

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