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Comme le disait Nelson Mandela, «pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé». Un idéal que le vieux sage africain prix Nobel de la paix a su concrétiser, mais que le Mali peine actuellement à atteindre malgré la fumée blanche aperçue la semaine dernière au-dessus de Kosyam. Si, à la satisfaction générale, les positions entre le pouvoir de Bamako et la rébellion touareg se sont rapprochées, c’est dans la mise en œuvre effective que l’on saura si les jointures résisteront aux épreuves du terrain, assurant ainsi à cet accord conçu dans la douleur toute sa validité.

Voilà qu’à peine paraphée le 18 juin dernier, la feuille de route de Ouaga doit déjà faire ses preuves sur le terrain. Le week-end dernier, la commission mixte de sécurité s’est rendue à Kidal pour décider des modalités de cantonnement des combattants dans la seule cité jusque-là interdite à l’armée malienne. La visite n’a duré que quelques heures, provoquant tout de même une petite manifestation aux abords de l’aérodrome : quelques femmes et des jeunes venus là exprimer une certaine hostilité ; un épiphénomène que l’on ne manquera pas de mettre sur le compte d’individus isolés, mais il faut craindre qu’à seulement un mois de la présidentielle, l’incident fasse tache d’huile dans un Mali postconflit qui se cherche encore.

L’inquiétude est d’autant plus fondée qu’on sait qu’à Kidal, comme ailleurs dans le camp du MNLA, ils sont nombreux, ceux qui restent convaincus que leurs représentants à Ouaga ont fait trop de concessions. On pourrait en dire autant du côté de Bamako. Cette fois-ci il y a eu plus de peur que de mal, car les membres de la commission ont pu achever la visite des différentes casernes de la ville et de ses alentours en toute tranquillité.

Alors croisons les doigts et retenons notre souffle en attendant la mise en œuvre effective du déploiement de l’armée et de l’Administration maliennes dans une zone qui, rappelons-le, leur était jusqu’ici strictement interdite sur décision unilatérale du MNLA. Cette question constitue pourtant le point majeur de l’accord de Ouagadougou, le préalable qui déterminera ou pas la suite de la feuille de route, laquelle, rappelons-le, prévoit, entre autres, un dialogue inclusif après la présidentielle, dialogue au cours duquel toutes les revendications des populations du Nord seront examinées. Autant dire qu’après l’escale de Kosyam, le chemin vers une sortie de crise au Mali est encore long et semé d’embûches.

H. Marie Ouédraogo

Lundi, 24 Juin 2013 20:54

Source : L’Observateur Palaaga