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Le Mali vient de s’engager dans une véritable course contre la montre. Du moins une course pour la paix et la stabilité dans un pays sérieusement éprouvé par des mois d’instabilité et de combats dans le Nord, naguère occupé par de groupes djihadistes armés. Il faut dire que l’enjeu est de taille, car vaille que vaille, le gouvernement de transition de Dioncounda Traoré devra organiser un scrutin présidentiel sur toute l’immensité du territoire et cela, pour le 28 juillet prochain.

Une mission qui relève pour le moins d’une gageure dans un contexte où, malgré les promesses mirobolantes des partenaires au développement, les moyens font toujours cruellement défaut tandis que les problèmes, eux, ne manquent pas, s’ils ne se multiplient et ne s’amplifient pas : d’abord les négociations ardues entre MNLA et gouvernement malien sur l’autonomie plus ou moins large de l’Azawad à défaut de l’indépendance que revendiquait, il n’y a pas si longtemps, le mouvement rebelle ; ensuite, la question lancinante de l’avenir de Kidal, l’enclave demeurée sous le contrôle exclusif des hommes bleus du désert et dont l’entrée reste interdite aux troupes maliennes. C’est que le groupe séparatiste, adossé à l’on ne sait quoi, ne démord pas de son refus d’accepter la présence de l’armée nationale et de l’administration centrale sur ce qu’il considère comme une terre conquise.

Dans cet imbroglio politico-stratégique, un troisième écueil vient de surgir, en provenance cette fois de New York, siège des Nations unies. A seulement un mois du déploiement des 12 000 casques bleus de la Minusma, la force africaine appelée à prendre la relève des troupes françaises, l’ONU émet des réserves quant aux capacités des contingents africains de l’actuelle Misma à respecter les critères qui feront d’eux de véritables casques bleus : problèmes bien connus d’équipement ou de formation auxquels s’ajoute une certaine propension au non-respect des droits de l’homme ; de graves lacunes aux yeux des experts militaires du maintien de la paix, qui n’ont pas manqué de pointer un doigt accusateur sur le contingent le plus important et le mieux aguerri, l’armée tchadienne, coupable d’enrôler des enfants soldats.

Ainsi, oubliés les exploits de ces soldats engagés auprès des forces spéciales françaises au cœur des combats. Oubliées les pertes importantes subies pour libérer le Nord-Mali, car désormais seul compte le respect des sacro-saints critères de la Minusma. On se demande à la fin ce que veulent bien ces technocrates onusiens tapis à la maison de verre mais distribuant de bons et de mauvais points à des troupes qui se cognent aux djihadistes.

Ce sont pourtant ces mêmes armées africaines qui, en dépit de leurs problèmes endémiques d’équipement et de formation, envoient régulièrement des contingents pour être déployés au Darfour, en Somalie ou en RDC sous le mandat de la même ONU. Alors, faut-il croire que l’exception sera malienne, au risque de priver la future force de maintien de la paix d’un des plus sérieux atouts de la Misma ? A deux mois de l’échéance électorale, voilà encore un problème dont le Mali renaissant n’avait vraiment pas besoin.

H. Marie Ouédraogo

source: slateafrique.com | 30 Mai 2013 21:17