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Après le réaménagement du gouvernement, le Fonds monétaire international (Fmi) a produit une «note confidentielle» révélant que cette mutation du 22 juin dernier ne visait qu’à obtenir la tête de Tiéna Coulibaly à l’hôtel des finances. Conséquence de ce commentaire exposé dans la presse malienne : le chef du gouvernement a été amené à s’expliquer devant la communauté internationale.

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Une importante rencontre a réuni, le 25 juin à la primature, le chef du gouvernement, Diango Cissoko, et une délégation des partenaires techniques et financiers. Ladite délégation était composée des ambassadeurs d’Allemagne et du royaume du Danemark, ainsi que des représentants du Fmi, de la Banque mondiale et de l’Union européenne. La rencontre visait à obtenir du gouvernement des explications sur le récent changement de gouvernement que le Fmi trouve «ahurissant» car, intervenu à un mois de l’élection présidentielle censée mettre fin à la mission du gouvernement actuel de transition. Il faut souligner que le lendemain de la rencontre avec le premier ministre, le nouveau ministre des finances, Abdel Kader Konaté, a, lui aussi, reçu une délégation du Fmi, cette fois-ci à la demande des visiteurs. Les échanges ont porté sur le même sujet, à savoir, les préoccupations de l’institution financière par rapport à des projets du gouvernement.

Pour le Fmi, il est «probable que la réorganisation [du gouvernement] a été conçue pour forcer le départ de Tiena Coulibaly du ministère des Finances». L’institution financière internationale précise que Tiena Coulibaly a résisté fortement à un certain nombre de transactions financières pour lesquelles son accord était nécessaire. «Ces opérations sont d’une telle ampleur et d’importance qu’on peut se demander si elles doivent être prises par un gouvernement provisoire avec un mandat limité dans le dernier mois de son règne», a commenté le Fmi dans son document.

Selon un communiqué de la primature, la publication de ce document a «surpris» le gouvernement, amenant les responsables au centre des accusations, à se justifier. «Dans tous les pays, le réaménagement du gouvernement est une prérogative exclusive des autorités compétentes. Celui du 22 juin 2013 au Mali se fonde bien sur cette règle et obéit en même temps à des impératifs de cohésion interne au sein du Ministère de l’économie, des finances et du budget et de renforcement de la solidarité gouvernementale», s’est défendu le premier ministre. Au premier rang des projets polémiques figure un dossier relatif au réseau national de sécurité de 26 milliards de Cfa. Diango Cissoko a reconnu qu’à la date du 22 juin, ce projet était à l’étude au Ministère de l’économie, des finances et du budget qui devait solliciter l’avis du FMI, avant de soumettre le dossier à l’appréciation du Premier Ministre. Il y a également un problème de prêt relatif à l’achat de quelque 600 camions pour une valeur d’une quarantaine de milliards de F Cfa. Pour le chef du gouvernement, l’Etat ne saurait s’engager dans ce projet compte tenu de sa politique de désengagement de certaines activités économiques.

Sensible à la pression politique

Pourquoi le projet a donc été introduit dans le circuit d’étude ? Pour le Fmi, c’est l’ex-ministre en charge des finances qui a résisté à ce projet estimant qu’il n’était «pas clair». Par ailleurs, le premier ministre a assuré qu’«aucun projet de vente de patrimoine immobilier de l’Etat n’existe au niveau du Gouvernement alors même que la note confidentielle du Fonds monétaire international révèle que le ministre du Logement veut vendre rapidement l’immobilier d’Etat dans le centre de Bamako. Ce à quoi le locataire de l’hôtel des finances se serait opposé. Autre pomme de discorde avec Tiéna Coulibaly : l’achat de quelques 60 véhicules pour la Présidence et le Cabinet du Premier ministre et un contrat d’un montant de 4,4 milliards de Francs CFA conclu avec la société chinoise CHECHEC pour réhabiliter le Palais Présidentiel.

«Le nouveau ministre des Finances est un militant du parti politique du président par intérim. Il est probable qu’il soit plus sensible à la pression politique que le ministre sortant», réalise donc le FMI. Si, lors de la rencontre avec ce dernier, le Représentant du FMI au Mali a salué les efforts du gouvernement pour la maitrise de la stabilité macroéconomique pendant la crise, il est cependant expliqué dans sa note que cette performance était imputable à Tiéna Coulibaly qui «a réussi à faire respecter la discipline stricte des dépenses de manière à maintenir le budget dans le budget correctif 2013», selon le FMI. Cette discipline budgétaire, faut-il le souligner, constitue le socle d’une collaboration fructueuse avec le Fmi pour le programme de Facilité de crédit rapide.

Voir le communiqué du gouvernement

Seydou Coulibaly – © AFRIBONE – Le 1er Juillet 2013