Partager

L’un des plus gros problèmes du Mali est l’absence de vision de l’avenir. Notre Etat est toujours mis devant le fait accompli, il est toujours pris à la gorge par des problèmes qu’une simple projection dans l’avenir pouvait résoudre sinon éviter. Au Mali, l’Etat est tout le temps étreint et contraint de prendre des décisions hâtives aux conséquences dramatiques.

L’actualité aujourd’hui, c’est aussi la chasse ouverte aux constructions illicites. La solution préconisée est leur démolition pure et simple. Les déguerpis sont laissés à eux-mêmes. Ils ont tort d’avoir occupé des espaces que l’Etat ne leur a pas offerts.

Mais au fait quelle alternative pourrait avoir un nécessiteux dans un pays gouverné dans un flou artistique où tout le monde fait semblant de travailler ?

La gestion des terres est un problème récurrent malgré les tentatives d’apporter un éclairage, il demeure entier. Les multiples démolitions et litiges fonciers témoignent de l’immense effort que doivent fournir les responsables des domaines et du foncier.

Mais en attendant, la voie empruntée par les autorités doit se présenter autrement que par les démolitions systématiques sans solution de rechanger.

Récemment, l’Etat du Mali s’est lancé dans une opération de construction des logements sociaux. Implicitement, il reconnaît qu’il a le devoir de donner au peuple un toit en plus de l’éducation, de la santé et de la sécurité des biens et des personnes.

Ceci étant, il devait laisser aux populations des terrains déjà étudiés et partiellement mis en valeur dans un plan d’urbanisme élaboré que les chefs coutumiers et les élus vont utiliser comme base de gestion des domaines.

Ainsi après coup, il ne resterait à l’Etat qu’un rôle d’organisation. Cela aurait eu l’avantage de minimiser les conséquences des opérations et leurs coûts. En cette période de crise du logement, l’Etat ne fait qu’en rajouter à un problème déjà grave.

L’Etat n’a pas fait ce qu’il fallait faire en aval, c’est-à-dire le point du territoire national et prévoir un plan d’action. Au lieu de cela, il s’est comporté comme si le Mali devait rester avec ses 7 millions d’habitants.

Les opérations de démolition sont la partie visible d’une mauvaise gestion à tous les niveaux de la vie du pays. Parmi les choses qui coûtent le plus cher à un pays, il y a la gestion artisanale. « Gouverner, c’est prévoir ».

Cela ne semble pas être pris en compte au Mali : la couverture sanitaire, les infrastructures pour l’éducation, la gestion des terres, la gestion des ressources humaines. Tous ces secteurs souffrent de l’amateurisme.

Pourtant, il y a des hommes valables et compétents dans ce pays, seulement on se contente de gérer à vue. Ils ne prennent pas le temps de faire des projets conséquents pour le Mali de demain. On se comporte comme si le pays va rester avec une population immuable, des besoins cristallisés.

Le Mali n’est pas en dehors du monde. Le Malien va tous les jours à l’école de la vie et aspire à l’évolution. Donc, il nous faut des hommes et des femmes compétents et clairvoyants pour gérer pour ce pays. Si nous voulons un jour prétendre au développement, il va falloir que nos gouvernants apprennent à s’illustrer non pas par des démolitions de quartiers dits spontanés et la gestion hâtive des crises, mais plutôt par la sagesse et leurs maîtriser des états de la nation.

A la vitesse à laquelle s’accumulent les problèmes, et la démarche illicite de l’Etat, le Mali traditionnel et culturel passera le cap de la désapprobation. Nous ne sommes pas à l’étroit comme l’Europe ; alors pourquoi veut-on faire à tout prix de la place pour les agences immobilières qui ne sont en réalité que des commerçants. Le social n’est pas leur fort. Les logements sociaux sont accessibles mais pour quelle frange de la population ?


Bakary Sangaré

27 Mai 2008