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Le dimanche 29 Mars 2009 restera gravé dans la mémoire des habitants de Missabougou. En effet, c’est ce 29 Mars que l’impitoyable bulldozer a enclenché la destruction des concessions concernées par la construction du 3è pont de la capitale. Les victimes jugent l’acte affligeant et réclament leur dédommagement le plus tôt possible, pour faire face aux conséquences du délogement et ses corollaires.

Missabougou à le privilège de longer les rives du fleuve Niger. Un privilège qui s’est transformé en désespoir (pourrait-on dire), puisque la situation géographique actuelle de son site lui vaut aujourd’hui d’être l’objet d’un déguerpissement en faveur de la construction du nouveau pont.

Le jour du déguerpissement, les citoyens sont restés impuissants face à l’évènement et n’ont manifesté aucune violence, ni contre les éléments du maintien de sécurité, ni contre le bulldozer qui terrassait les habitations à tour de rôle et se bras. Mais cette attitude des habitants ne peut nullement signifier qu’ils adhèrent totalement à cette campagne de démolition : c’est plutôt une marque de respect pour l’intérêt public et le développement commun.

Le hic, dans cette histoire de déguerpissement avant démolition, c’est que les populations concernées n’avaient eu droit qu’à un délai d’une semaine seulement pour “vider” les lieux. Or, connaissant les dures et amères réalités qui entourent les problèmes d’habitation et de loyer dans la capitale, nul ne peut ne pas être éprouvé face à cette pénible situation…


Plus de 80 familles dépourvues d’abris

Rappelons qu’il n’y a pas plus de deux décennies, le même quartier de Missabougou avait subi un autre lotissement. A cet effet, les propriétaires de maisons avaient déployé d’énormes sacrifices financiers pour les investissements dans les habitats. Alors, faut-il aujourd’hui les déloger dans un délai aussi court, pour ne pas die manu militari ?…

Cependant, les déguerpis, bien que militant unanimement en faveur du projet, déplorent quand même, voire dénoncent au dernier degré l’attitude des autorités, pour avoir ignoré leurs doléances : à savoir, prolonger ledit délai de rigueur, ainsi que leur dédommagement immédiat et conséquent. En fait, les victimes affirment ne pas avoir confiance à la promesse (de dédommagement) de l’Etat et se disent déçus de la dimension des lots qui leur sont proposés.

Aussi, M. Mamoutou Sangaré, un déguerpi, de marteler :Même si l’Etat a le plein droit de reprendre les lieux ou les terrains ayant fait l’objet de l’intérêt collectif, il a au moins, en guise de compensation, le grand devoir de nous accorder du temps et nous remettre également dans nos droits, et le plus tôt possible ”.

Quant à Mme Fanta Diarra, elle se dit dépassée par les évènements. “C’est la déception totale ! Plus rien à dire, et plus rien à faire ! “, a-t-elle conclu, désappointée. “C’est du jamais vu dans l’histoire du Mali, ni dans le monde ! “, a renchéri le fils du chef de quartier, M. Adama Sangaré.

Signalons par ailleurs que cette situation a incité les propriétaires de maisons à usage d’habitation à mettre “plus haut la barre ” du prix de loyer. Pire, même les maisons inachevées, mais louées, ont suivi le mouvement en accusant une brusque montée des prix. Si bien que le collectif de défense des intérêts de la population argue avoir épuisé tous les voies normales et légitimes de recours, mais en vain.

Bakoroba COULIBALY

01 Avril 2009