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Tare de notre société, l’inégalité, source de tous les maux. L’inégalité est excessive, plus de dix millions sur les quinze (15) millions d’âmes que le Mali compte en souffrent. Les hommes politiques doivent trouver le moyen le moyen de réduire les inégalités sociales au Mali. Les uns sont trop riches, les autres trop pauvres.

Lorsqu’on est broyé par les pesanteurs sociales, la seule arme reste la violence. Pour avoir manqué à cette obligation, les trois régimes qui se sont succédé au Mali (Moussa, Alpha, ATT) ont mis en place un système de gouvernance fortement décrié par une population favorable au changement.

Pour avoir maintenu le système Union démocratique du peuple malien (UDPM), l’ex parti unique, l’Adema perdit les élections en 2002. Les dix barons de la ruche ont vite compris. Ils se sont démarqués de l’Adema pour rejoindre le candidat indépendant, le général Amadou Toumani Touré (ATT).
ATT, pour avoir promis d’éradiquer le système, de combattre la corruption à travers son slogan : «Si tu bouffes, tu paies», s’est fait élire en 2002. Incapable de changer le système, il a été chassé du pouvoir.

Et depuis, certains patriotes, suffisamment informés, cherchent désespérément à rassembler ses fils dans un seul bloc, appelé la Gauche. Les jalons de la Gauche africaine ont vu le jour par la rencontre de ALNEF, tenue à Bamako les 16 et 17 novembre 2012 au siège du Parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (SADI).

Vers la création d’une Gauche africaine

Le samedi 1er décembre 2012, dans la salle Fodé Kouyaté au CICB, le Parti SADI et Alternative Mariko 2012 ont organisé une conférence débats, en partenariat avec la Fondation Rosa Luxemburg, sur le thème l’évolution de la Gauche africaine : bilan et perspectives.
Le conférencier principal était Mohamed Tabouré, membre fondateur de la COPAM et directeur de publication du journal «SANFIN». Le modérateur Issoufy Touré, d’Alternative Mariko 2012, politiquement engagé et suffisamment informé, ponctuait ses mots de citations de chefs d’Etat africains.

Outre les participants, on notait la présence de personnalités maliennes : le Pr Modibo Diakité, le cinéaste Cheick Oumar Sissoko, Me Mariam Diawara, le Pr. Bouaré, l’infatigable Victor Orion Sy, M. Sidibé, Sékou Diarra, Sanfin, Yèrèwolo Ton.
Le conférencier a fait la genèse des différents mouvements de Gauche dont le GEC (Groupement d’Etudes Communiste), crée en 1945 en Russie, les premiers combattants de la lutte indépendantiste, Lamine Arfan Senghor, Tiémoko Garan Kouyaté depuis 1930. Ensuite, vint le Parti africain de l’indépendance (PAI).

Le GEC, le PAI, Lamine Arfan Senghor et Tiémoko Garan Kouyaté ont été les précurseurs de la Gauche dans le monde. Les grands évènements de l’Histoire ont parfois une naissance médiocre. Et plus tard, la Gauche allemande dont la Fondation Rosa Luxemburg est affiliée .Telle la naissance du Rassemblement démocratique africain, plus connu encore sous son célèbre sigle de RDA. Ce vaste mouvement qui donnera à l’évolution politique de l’Afrique noire une si décisive impulsion.
Le Rassemblement démocratique Africain est né des cendres du GEC et des luttes de Tiémoko G.Kouyaté, assassiné par les Allemands. L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes. Toute la pensée contemporaine est marquée par l’axiome fameux qui ouvre le Manifeste communiste de 1850.

Naissance du RDA

Tout est parti de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La France et ses colonies viennent de sortir de la terrible guerre qui a fait des millions de morts et de blessés. Les tirailleurs sénégalais, terme désignant les soldats africains, se sont battus sur tous les fronts de l’Europe pour la défense de la liberté. Les civils africains, pour leur part, ont participé à l’effort de guerre en payant des impôts et en exécutant des corvées de toutes sortes.
A plusieurs reprises, au cours du conflit, le général de Gaulle, chef des Français libres, a affirmé sa volonté de remettre ses pouvoirs dès la libération à une Assemblée nationale constituante. Le décret du 22 aout 1945 du gouvernement provisoire de la France décide que les territoires d’outre-mer envoient des députés au Palais-Bourbon.

Mais c’était mal connaître les combattants africains. Mais, dans les colonies comme en métropole, les tenants de la tradition, «petits Blancs» et milieux coloniaux, tous ceux qui ont jugé prématurée l’émancipation des «sujets français» se dressèrent contre la décision gouvernementale. Leur réaction pousse les hommes politiques à la lutte. Mais leur action est inefficace tant leur division est grande.
Prenant conscience de leur faiblesse, ils décident de la création d’un grand rassemblement de toutes les organisations et de tous les hommes porteurs de message d’union et de fidélité.

Le conférencier s’est buté à la question de savoir comment la gauche va se retrouver ? La désunion a atteint une proportion grandissante au Mali. Tout a été divisé. Tout a éclaté par l’immixtion de certains de leaders de grands partis des politiques dans les plus petits. Or la démocratie implique que les dirigeants remettent périodiquement leur pouvoir en jeu. Il ne peut s’y constituer aucune situation acquise, le leader politique vit dans la crainte des échéances électorales.

Les difficultés d’unification de la Gauche malienne, piste de convergences

L’égoïsme, écrit un américain, est enraciné aux Noirs depuis le temps de l’esclavage et c’est l’une des principales manières à travers lesquelles les Américains, les Européens continuent à les maintenir.
Leur égoïsme ne leur permet pas de travailler ensemble sur des projets pour atteindre des réalisations communes. Y aura-t-il une fin à leur égoïsme ? Les Africains refusent obstinément de se rendre compte que unis ils pourraient accomplir beaucoup plus : TOGETHER EACH ACHIEVESS MORE (TEAM).

Les Noirs ne comprennent toujours pas qu’il n’y a pas mieux que des entités individuelles mises ensemble pour contribuer à une œuvre commune.
Au départ, les Maliens militants étaient repartis entre huit (8) partis politiques : l’Adema, l’US-RDA, le RDP, le PDP, le CNID, le PDJ, l’UFD et l’UFDP ; hélas très peu survécurent. Pour des jeux d’intérêts égoïsmes, tous les grands partis politiques ont volé en éclats pour donner deux, quatre voire cinq. Aussi, la trahison est devenue l’arme favorite des hommes politiques au Mali.

La trahison dans le jeu politique ne date pas d’aujourd’hui ; elle est aussi vieille que le Mali indépendant.
Moussa Traoré a éliminé presque tous ses compagnons du Comité militaire de libération nationale (12/14). Alpha et l’Adema association ont quelque part fauché l’herbe sous le piédestal de l’US-RDA à la création de l’Adema parti.
Alpha Oumar Konaré a cassé le CNID- FYT pour donner naissance au PARENA, au Parti SADI et au BARA, BARIKA. Il a ensuite scindé le PDP en quatre partis politiques : PDP, MC-CDR, ADES et la CDS- Mogotigui. Le RDP en trois : PMDR, RND, CND. L’US- RDA en BDIA Fasojigi, PIDS, RMC-Faso Kanu, PDCI.

L’Adema elle-même n’a pas échappé à la scission. Elle a été cassée en trois : MIRIA, RPM, URD.
Sur le plan politique, le Mali est en lambeaux. Socialement déchiré par le tribalisme et économiquement devenu un business- center pour les démocrates milliardaires.

Tâches de la Gauche malienne dans le contexte socio-politique actuel du Mali.

Un pays frontalier du Niger qui n’en finit plus de s’enliser dans un conflit politico-ethnique, à quelques encablures d’une Côte d’Ivoire qui souffre encore des soubresauts de la guerre civile, base arrière d’une Algérie meurtrie, le Mali jouissait d’une incroyable stabilité politique qui confinait à l’ennui.

Chercher les raisons de cette exception africaine renvoie à l’histoire politique du pays, mais aussi aux ambitions des chefs de partis, qui restent pour le moment en stand by sur leur starting-block en attendant leur heure. Ne cherchez pas un opposant au régime, il n’y en a pas. Un seul le Parti SADI.

« Tous les partis de Gauche unissez-vous !», dit le conférencier pour le rétablissement d’un nouveau système de gouvernance.
Si le bilan du pouvoir d’Alpha Oumar Konaré a eu comme force la floraison des petits politiques qui n’ont rien rapporté à la démocratie, par contre celui du général Amadou Toumani Touré a signé l’acte de décès de la démocratie à partir du consensus.
Unie, la gauche vaincra.

Safounè KOUMBA

L’Inter de Bamako du 17 Décembre 2012