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Dans la démocratie malienne, il est un constat amer que la jeunesse occupe moins de place. Elle est généralement exploitée alors qu’elle constitue la majorité de la population. Cette tendance doit changer pour assurer à cette jeune démocratie un avenir plus radieux. 

Sur une population de plus de dix-huit (18) millions d’habitants, en 2016, les moins de 15 ans représentent 49,8 %, selon l’Enquête modulaire et permanente auprès des ménages (EMOP). Malgré cette jeunesse de la population malienne, les jeunes occupent moins de places dans la démocratie malienne. Ils sont généralement utilisés comme du « bétail électoral ».

Selon Anne Muxel, sociologue et politologue française, « il y a toujours une suspicion des générations plus anciennes à l’égard des nouvelles, d’où la nécessité de penser la politisation dans le lien, dans la profondeur de la chaîne des générations, dans le processus de socialisation politique entre les générations ».

Manque d’outils pour comprendre leur exploitation 

« Tout peuple se complaisant dans l’ignorance et la paresse deviendra inévitablement une proie facile au premier prédateur. », disait l’écrivain algérien Ahmed Khiat. Un passage qui sied bien à la situation de la jeunesse malienne. Une jeunesse qui souffre de plusieurs maux, dont le manque d’éducation et d’instruction de qualité, le manque de repère politique, l’assimilation voire l’acculturation, le découragement ainsi que la paresse, l’égoïsme et l’hypocrisie, etc. Des maux qui facilitent difficilement le développement de soi a posterioriune croissance nationale. Du coup, ces jeunes demeurent à la merci de politiciens véreux préoccupés uniquement de la satisfaction de leurs intérêts personnels.

Dans cette jeune démocratie malienne, confrontée à plusieurs difficultés de fonctionnement, on ne se rend véritablement compte de la jeunesse de la population que lorsque des élections sont organisées. Toute cette jeunesse qui a trouvé refuge dans les « grins », derrière la cour des familles, sous l’ombre des quelques grands manguiers ou au bord du fleuve,autour du thé, n’est prise en compte que durant cette période cruciale pour les partis et les hommes politiques.

Sous le coup du chômage, de la pauvreté voire des psychotropes, ces jeunes incapables de penser leur propre avenir a posteriori l’avenir de la nation, ne vivent que du présent. C’est pourquoi tout ce qui compte pour eux, c’est rarement les postes de responsabilité lors de ces campagnes électorales, mais des choses éphémères, telles que des objets de divertissement. Ils oublient que le divertissement vient après le travail. Mais faut-il les en vouloir pour autant ? Ces jeunes ont manqué et manquent de tout. « Comment pourrons-nous résister à l’exploitation si nous ne disposons pas d’outils pour comprendre l’exploitation ? »

La jeunesse au cœur des actions 

C’est là toute la difficulté. Cette jeunesse, ayant manqué une véritable éducation en famille, une instruction de qualité dans les universités et grandes écoles, est comme les prolétaires des marxistes. Ces jeunes sont exploités sans savoir qu’ils ont les mains et les pieds liés. Que faut-il donc attendre d’autre de cette démocratie dans laquelle la majorité de la population est « laissée-pour-compte » que de l’instabilité, signe de l’accumulation de longues années de mécontentement prêt à s’exploser à n’importe quel moment ?

À l’allure où vont les choses, à la place d’une démocratie où les problèmes doivent se résoudre par le dialogue, le Mali risque d’instaurerune démocratie d’expression violente. S’il est vrai avec John Rawls, écrivain américain, qu’il existe une responsabilité « transgénérationnelle », il faudrait donc souligner que l’avenir de cette démocratie ainsi que de la jeunesse malienne est entre les mains de ces hommes qui ne pensent qu’à leur propre bien-être.Car, cette jeunesse désœuvrée « est notre avenir », pour reprendre Mamadou Igor Diarra dans son ouvrage « C’est possible au Mali ». C’est pourquoi cet auteur a invité les autorités politiques du pays à « mettre la jeunesse au cœur de [ses ndlr] actions ». Il y va de l’avenir de la démocratie malienne.

Fousseni Togola/maliweb.net