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Nelson Mandela, Léopold Sédar Senghor, Alpha Oumar Konaré, Abdou Diouf, Thabo Mbeki… Ils sont peu nombreux, mais font la fierté de l’Afrique pour avoir su préserver la paix et la sécurité dans leur pays en ne s’agrippant point au pouvoir.

L’Afrique du Sud, meurtrie par plusieurs années d’apartheid, de violences de toutes sortes et de privations de libertés ne veut plus de dirigeant qui a l’intention de piétiner les libertés acquises de haute lutte, fut-il le président de la République.

C’est le message clair que le pays de Nelson Mandela, le dernier pays du continent à être libre, vient d’adresser au monde entier en particulier à l’Afrique avec la démission de Thabo Mbeki. C’est une bonne et inoubliable leçon de démocratie à l’ensemble de la classe politique africaine.

Thabo Mbeki, accusé d’avoir manipulé et fait pression sur la justice sud-africaine pour barrer la route à son principal rival, Jacob Zuma, s’est vu contraint de rendre le tablier. Qui l’eût cru ? Qu’en Afrique, un président de la République, chef du plus grand parti politique démissionne pour une « simple » affaire de pression sur la justice ! Que non ! C’est que l’Afrique du Sud, libérée de l’apartheid, ne veut point être à l’image des républiques bananières africaines où le président est celui à qui l’on ne doit rien refuser, et auquel on doit tout.

Mais il est regrettable que nombre des dirigeants africains croient encore que le pouvoir est une fin en soi et qu’il faut vaille que vaille le garder jalousement aussi longtemps que possible. N’ayant pas su se retirer du pouvoir de façon élégante, des pays africains continuent de souffrir à cause de l’entêtement de leurs présidents. Il en est ainsi du Kenya, du Zimbabwe ou encore de la Guinée-Conakry.

Le président, arrivé au pouvoir, soit par un coup d’Etat, un tripatouillage de la Constitution ou par la voie des urnes dans le meilleur des cas, ne rêve que d’une chose : s’éterniser au palais présidentiel ou à défaut le « confier » à sa « progéniture » désignée sous le vocable édulcorant de « dauphin ».

Sur ce point, l’exemple du Togo est une belle illustration. Idem pour le Gabon ou encore la Libye où Oumar Bongo Ondimba et le Guide de la Jamahiriya sont soupçonnés de préparer leurs fils à les succéder. Dans ces conditions, la démission de Thabo Mbéki remet sur le tapis la responsabilité de nos dirigeants vis-à-vis de leur peuple.

La décision des 80 membres du comité exécutif de l’ANC est à l’honneur du pays de Madiba. Sachant raison gardée et faisant sien l’adage qui dit que la « politique est l’art du possible », Thabo Mbeki, ne s’est pas opposé à la décision de son parti. Que l’acte de Thabo Mbeki fasse tache d’huile !

Denis Koné

25 Septembre 2008