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Les militaires viennent de perpétrer un coup d’Etat en Mauritanie en renversant le président démocratiquement élu, Sidi Ould Cheikh Abdallahi. C’était le mercredi 6 août 2008 au petit matin. Au cours de la même semaine, l’armée a tenté de prendre le pouvoir par la force en Guinée-Bissau. Il est à craindre que l’Afrique soit en train de retomber dans le cycle des coups d’Etat militaires en hypothéquant ainsi la marche entamée par notre continent dans la voie de la démocratisation des Etats.

Les pères fondateurs

Les grandes figures du nationalisme africain que furent, entre autres, Jomo Kenyatta (Kenya), Juluis Nyerere,(Tanzanie), Namdi Azikwe (Nigeria), Kenneth Kaunda (Zambie), Kwame Nkrumah (Ghana), Habib Bourguiba (Tunisie), Patrice Lumumba (Congo), Gamal Addel Nasser (Egypte), Félix Houphouët Boigny (Côte- d’Ivoire) Modibo Keita (Mali), Ahmadou Ahidjo (Cameroun), Léon Mba (Gabon), Sékou Touré (Guinée),

Léopold Sédar Senghor (Sénégal), avaient nourries de grandes ambitions pour le continent, même si l’on reconnaît par ailleurs qu’ils n’ont pas tous eu le même degré d’engagement pour cela. Loin de fortifier les jeunes nations, certains « Pères de l’indépendance » (non sans la caution de leurs anciennes puissances coloniales), refusaient de renoncer au pouvoir et recourraient à l’armée pour consolider leurs positions, suscitant des amertumes et des frustrations à tous les échelons, de l’appareil de l’Etat.

Le coup d’Etat est un refus de la démocratie

Dans les décennies 1960 et 1970, plusieurs pays africains sont secoués par les coups d’Etat qui portent les militaires au pouvoir. Avec cette race de présidents militaires, le continent noir connaît la dictature, la gabegie, le marasme économique, les assassinats, la répression. L’arrivée des militaires au pouvoir donne un nouveau visage à la politique africaine.

Leur inexpérience politique et leur incompétence dans la gestion de l’Etat entraînent la désinvolture, la cruauté et un penchant pour la corruption. Habitués à faire marcher leurs troupes à la baguette, et confondant le pays avec « une vaste caserne », les hommes en kaki ne tardent pas à se heurter aux intellectuels qui prenaient de plus en plus conscience que l’Afrique allait tout droit dans le mur avec cette catégorie de dirigeants.

Aujourd’hui encore, en Afrique, d’une façon générale, la constitution, même libérale, ne garantit pas forcément la vie démocratique. Les gouvernants semblent être au-dessus des constitutions qu’ils méprisent comme ils le font des peuples qu’ils gouvernent. Ils semblent n’avoir de compte à rendre qu’aux anciennes métropoles et aux institutions internationales.

Le diagnostic du mal a déjà été fait, mais les causes ont rarement été sérieusement recherchées. La clé du changement est aux mains des seuls gouvernants qui n’ont pas en face d’eux des sociétés civiles fortes, pouvant servir de contrepoids réel. Ainsi, ces gouvernants peuvent donc manipuler les constitutions à leur guise.

C’est ainsi qu’en Guinée, au Gabon, en Tunisie, au Tchad, en Ouganda etc., des dispositions constitutionnelles ont été révisées pour supprimer les limitations au nombre de mandats présidentiels et permettre aux chefs d’Etat en place de se maintenir indéfiniment au pouvoir.

Le blocage du processus démocratique en Afrique participe au retard que connaît l’Afrique du point de vue du développement économique.

Victime de tant d’années de pillage, de gabegie, d’expérimentation, de théorisation et d’incompréhension de tous genres, elle s’est trouvée déstructurée, dépouillée, salie, calomniée puis rejetée par ceux-là même qui ont toujours prétendu agir pour son émancipation. La démocratie est un choix irréversible, mais elle n’est jamais définitivement acquise.

Quoiqu’il en soit, devant la faillite des partis uniques et des régimes militaires, il est grand temps que les choses changent, que l’Afrique s’engage enfin dans un processus d’ancrage de la démocratie dans un système pluralisme politique, condition sine qua non de son développement économique.

La décision que vient de prendre l’Union africaine de suspendre la Mauritanie de toutes ses instances en raison du coup de force perpétré la semaine dernière par les militaires de ce pays, procède de la volonté affichée de l’Organisation continentale de ne plus cautionner aucun régime issu d’un coup d’Etat.

En effet, L’UA croit fermement que l’installation durable des structures démocratiques de l’Etat de droit et l’ancrage d’une culture démocratique dans la conscience des populations de l’Afrique est un objectif réalisable dans la mesure où il existe un cadre dans lequel les peuples peuvent vivre en paix. D’autre part, il est également important que les forces armées et de sécurité fassent partie intégrante d’un Etat démocratique.

En d’autres termes, le militaire est appelé non seulement à vivre ses droits et sa liberté dans les conditions du service quotidien mais également à respecter, dans l’accomplissement de sa mission, les valeurs définies dans la loi fondamentale (constitution) de son pays. La vocation de l’armée est de défendre le pays en cas d’agression étrangère. L’exercice de la politique revient exclusivement aux civiles.


ALPHA K. DIAKITE

11 Aout 2008