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Des acteurs du Mouvement démocratique se sont rassemblés, samedi dernier, au Centre international de conférence de Bamako, pour élaborer une stratégie qui doit les conduire à la renaissance démocratique. Cela veut tout simplement dire que notre démocratie s’est essoufflée avant même de prendre son envol.

Ce qui est surprenant, c’est que plusieurs militants de l’Adéma-Pasj, parti qui a géré le pays pendant 10 ans soient parmi ceux qui ont animé la rencontre, qui disent que la démocratie malienne a pris du plomb dans l’aile et qu’il faille revoir la situation.

Cela nous amène à nous poser la question de savoir qui a trahi le Mouvement démocratique? Si l’on conçoit que le pouvoir s’inscrit dans une continuité, on ne devrait pas mettre au pilori, exclusivement, les gouvernements dirigés par les Premiers ministres d’Amadou Toumani Touré.

C’est à ce titre que des acteurs du Mouvement se sont écriés, samedi dernier : «nous sommes tous responsables». Toujours est-il qu’au cours des débats, lors de la commémoration de la marche du 30 décembre 1990, le consensus d’ATT a été décrié par des participants qui ont regretté que certains hommes politiques, à cause de la candidature d’ATT, ne se soient pas présentés aux élections générales en 2007.

C’est pourquoi le représentant de l’ADJ a félicité Soumeylou Boubèye Maïga pour s’être désolidarisé de l’Adéma-Pasj, en annonçant sa candidature à la dernière élection présidentielle.

En fait, c’est la mort du pluralisme démocratique que certains craignaient. Comme l’a dit Soumeylou, il n’y a pas de véritable démocratie sans partis politiques forts.

C’est à ce titre qu’il faut toujours souhaiter qu’il y ait un contrepoids constitué par les partis de l’opposition qui apportent la contradiction politique, dans l’intention de relever le niveau des débats et de faire évoluer le pays. Il faut rappeler que les acteurs du Mouvement démocratique, au cours de la conférence nationale avaient réclamé le multipartisme intégral.

Pourtant, la prolifération des partis, comme l’a dit Boubèye, affaiblit la démocratie puisqu’elle crée une extrême fragmentation de la classe politique.

Encore une fois, on s’étonne que, parmi les plus virulents à dénoncer la trahison des aspirations démocratiques, pendant la commémoration de la marche unitaire du 30 décembre, figurent Soumeylou Boubèye Maïga, Aly Nouhoum Diallo, Dioncounda Traoré, Mohamedoun Dicko de l’Adéma-Pasj.

Tout simplement parce que le parti de l’Abeille est resté le parti majoritaire et comme aime dire Dioncounda Traoré, le premier parti politique en termes d’élus sur l’ensemble du territoire national.

Pourquoi donc les Abeilles seraient-elles pour une renaissance démocratique, alors que tout laisse croire qu’elles sont bien placées pour revenir au pouvoir ? Dioncounda a expliqué que l’erreur est humaine car, la révolution française de 1789 a été suivie de deux empires et de deux restaurations.

C’est dans cet esprit que certains ont soutenu que les Maliens, aussi, peuvent être pardonnés des errements qui les ont empêchés de réaliser très tôt les aspirations démocratiques.

Pourtant, le secrétaire général du PIDS, Amara Coulibaly n’est pas d’accord avec cette analyse de l’évolution démocratique et estime qu’on devrait plutôt trouver les failles en notre sein et ne pas chercher à justifier nos errements par ceux des autres.

C’est à ce titre que la balle fut jetée dans le camp de tous les citoyens, car certains ont estimé que les populations doivent voter et contribuer ainsi à changer l’ordre des choses. D’autres ont parlé de la corruption et du clientélisme des cadres qui ont cherché la facilité et la satisfaction de leurs intérêts personnels en lieu et place d’une gestion transparente des deniers publics.

Dans cette voie de la reconquête de la démocratie pluraliste où les acteurs de la marche unitaire du 30 décembre 1990 se sont engagés, il est vraiment difficile d’identifier «ceux qui ont trahi». Puisque ceux qui étaient au pouvoir se sont confondus, samedi dernier, avec les principaux animateurs de l’opposition pour demander l’instauration de la renaissance démocratique.

Baba Dembélé

13 Janvier 2009