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‘’Le rôle et la place du citoyen dans la construction de la démocratie au Mali’’. Tel était le thème de l’émission « Débat de cité » sur l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (Ortm) le dimanche 14 octobre 2012. L’émission était présentée par Niaza Coulibaly et Abass Fambougoury Traoré de l’Ortm. Ils recevaient sur le plateau Dr Madou Diallo de l’Urd, Nouhoum Keïta de Sadi, Adam Thiam du journal le Républicain, Mme Traoré Oumou Touré, présidente de la Cafo et Me Mamadou Ismaël Konaté, avocat à la cour. Au cours de cette émission, l’avis des invités a divergé sur l’implication de la France dans la gestion de la crise malienne.

Le 26 mars 1991, le citoyen malien a opté pour le pluralisme, la démocratie, la liberté d’opinion et d’expression. Mais ce rêve fut brisé le 22 mars 2012 avec le coup d’État qu’a connu le pays. Pour situer les responsabilités, aucune initiative n’est de trop afin d’avoir une démocratie solide. C’est la raison pour laquelle le thème de l’émission débat de cité sur l’Ortm du dimanche dernier était intitulé ‘’Le rôle et la place du citoyen dans la construction de la démocratie au Mali’’.
En lui demandant d’expliquer les raisons du désintérêt du citoyen malien à la chose politique, la présidente de la Coordination des associations et ONG féminines du Mali (CAFO), Mme Traoré Oumou Touré a fait savoir que la société civile est devenue une société de clan, partisane qui défend les intérêts des personnes qui l’ont mise en place alors qu’elle devrait beaucoup veiller, contrôler et jouer un rôle de sentinelle. Selon elle, le citoyen est dégoûté par la contradiction des partis politiques, ce qui a entrainé faiblesse des institutions et la crise que traverse le Mali actuellement. Il est temps que les partis politiques se professionnalisent et fassent leurs autocritiques pour pouvoir avancer, a-t-elle dit.

Pour Dr Madou Diallo de l’Union pour la République et la démocratie (Urd), les raisons du désintérêt du citoyen pour la politique sont multiples. Cela est dû souvent aux mensonges de certains leaders politiques et par ricochet à la faible participation des citoyens dans les échéances électorales. Selon lui, la démocratie est un choix mais qui a des contraintes. Il a signalé que le bilan de l’évolution démocratique au Mali a certes des insuffisances mais n’est pas négatif. Dr Diallo reconnaît tout de même que la transhumance politique est un frein pour la démocratie. Il est impardonnable de voir 150 partis politiques dans un pays comme le Mali. L’opposition doit également avoir un statut, a-t-il dit.

Nouhoum Keïta du pari Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi) a indiqué que les raisons du désintérêt sont historiques car dit-il les démocrates qui sont arrivés au pouvoir en 1992 n’ont pas répondu aux aspirations du chan- gement du peuple malien. « Les nouveaux démocrates sont devenus de nouveaux richards ce qui fait que le citoyen est désabusé», a-t-il martelé. M. Keïta s’est indigné du fait que la société civile a été incapable de gérer le problème de la composition de la CENI.

Pour Me Mamadou Ismaël Konaté, avocat à la cour le système de démocratie est aujourd’hui opaque. Selon lui, les partis politiques sont les principales causes de l’échec de la démocratie malienne pour avoir mal conduit le régime d’ATT. Automatiquement, Nouhoum a répliqué en disant que le parti Sadi n’est pas comptable de la mauvaise gestion du régime défunt. Me Konaté a souligné que les conséquences du désintérêt du citoyen malien à la chose politique sont nombreuses. Pour preuve : la présence des militaires et des religieux sur la scène politique.

Pour notre confrère Adam Thiam du journal le Républicain, il y a un problème de prémices car l’évolution politique au Mali n’est pas documentée. A l’en croire, Il y a non seulement le problème de la langue mais aussi un déficit de l’action citoyenne. « La citoyenneté est un produit qui se fabrique comme le savon, comme un tissu. Pendant 21 ans, je me demande si nous avions consenti des efforts qu’il faut pour la construire », a dit Adam Thiam. Il a rappelé que l’écrasante majorité de la population est exclue de la vie politique. Les médias publics ont besoin de beaucoup plus de liberté pour le renforcement de la démocratie.

Concernant l’implication de la France de François Hollande dans la gestion de la crise malienne, Mme Traoré a fait savoir que le Mali ne peut pas toujours écouter les gens alors qu’il est un État souverain. Pour Nouhoum Keïta, la France est incapable de gérer le problème malien. Dr Diallo se félicite du fait que l’un des membres permanents du conseil de sécurité qu’est la France prenne le dossier malien au sérieux. Il faut refuser d’instrumentaliser la question du nord du Mali car les exactions sont en train d’être commises, a dit Adam Thiam, avis largement partagé par Me Konaté.

Aguibou Sogodogo

Le Républicain du 16 Octobre 2012