Partager

Le Mouvement patriotique pour le renouveau (MPR) du Dr Choguel Kokalla Maïga est visiblement dans un grand embarras au sein du Front uni pour la démocratie et la République (FDR). Le parti du tigre, dont le Secrétaire général, le Pr Oumar Kanouté, est le Directeur de Cabinet (avec rang de ministre) du Premier ministre Cheick Modibo Diarra, ne partage pas l’hostilité du FDR à l’encontre de l’actuelle équipe gouvernementale. En réclamant le départ de l’ex-navigateur interplanétaire malien de la primature, le front anti-putsch indispose le MPR dont les revendications se limitent à » l’ouverture du Gouvernement « , sans exigence formelle de départ du Premier ministre.

Le MPR, depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012, a opté pour une opposition à ce changement brusque intervenu dans le parcours démocratique du pays. C’est ainsi que le parti que dirige le Dr Choguel Maïga s’est retrouvé au sein du bloc anti putsch, le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (FDR). Et l’on a vu des cadres du parti prendre une part active aux meetings de protestation contre les auteurs de ce coup de force. Le leader de cette formation politique, Choguel Maïga, qui a été ministre de l’Industrie et du Commerce durant le premier quinquennat du président ATT est apparu comme un des premiers responsables du Front lors des différentes manifestations.

C’est avec la nomination du Premier ministre Cheick Modibo Diarra que plusieurs observateurs de la scène politique nationale ont pronostiqué un certain inconfort pour le MPR au sein de ce regroupement, dans la mesure où le chef du Gouvernement a été jugé (à tort ou à raison) avoir des accointances avec les putschistes. Ce qui a aggravé l’embarras des tigres, c’est qu’avec la formation du Gouvernement, plusieurs ministres se sont révélés être au moins des sympathisants du seul parti qui a osé réclamer l’héritage politique du Général Moussa Traoré.

L’on cite des noms comme ceux du ministre Tiénan Coulibaly de l’Economie et des Finances, Harouna Kanté de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Pire, le Secrétaire général du MPR, Pr Oumar Kanouté, a été nommé Directeur de cabinet du Premier ministre avec rang de ministre. Dès lors, le parti du tigre se retrouve dans une position de parti membre de l’équipe gouvernementale, même si son Secrétaire général y siège es-qualité et non au nom de sa formation politique. Il s’ensuit que des cadres et militants du MPR se sont refroidis dans leurs ardeurs à critiquer «l’immobilisme et l’amateurisme» du gouvernement dirigé par le beau-fils du Général Moussa Traoré. Comme le FDR a commencé à le faire depuis un moment. Certains avaient même entrevu la perspective d’un retrait du parti de Choguel du bloc anti-putsch.

C’est dans la perspective de la formation d’un gouvernement d’union nationale et la radicalisation du FDR, appelant ouvertement à la dissolution de l’actuelle équipe avec changement du Premier ministre que le MPR est au summum de son inconfort.

Joint par nos soins à propos de la position du parti du tigre, le Secrétaire chargé des questions électorales, Salia Samaké, a affirmé que le MPR est pour « l’ouverture du Gouvernement à d’autres compétences issues des partis politiques et de la société civile. Les portefeuilles cumulés peuvent être séparés et attribués à différentes personnalités pour une plus grande efficacité de l’action gouvernementale. Nous ne sommes pas pour le changement du Premier ministre ou la dissolution du gouvernement. Mais nous sommes toujours membres du FDR…« .

Comme on le voit, les représentants du MPR siégeant au sein du bureau du FDR, Idrissa Ly et Salia Samaké doivent se retrouver dans leurs petits souliers lors des réunions du front.

Rappelons que le porte-parole du FDR, Me Kassoum Tapo, le Secrétaire politique Amadou Koïta ne cessent de marteler que c’est un principe républicain qui exige qu’avant qu’un gouvernement ne soit formé, le Premier ministre en fonction présente sa démission. Mais il semble que le chef du Gouvernement ne soit pas très chaud à démissionner.

Lui qui vient de peaufiner sa feuille de route, annoncé des mesures importantes comme la présentation de cette feuille de route aux députés, la création d’un organe politique consultatif, etc. La question se pose alors de savoir que se passerait-il si le chef du Gouvernement refuse de présenter sa démission au président de la transition, dont le retour est prévu pour cette fin de semaine ? Va-t-on vers une énième crise institutionnelle dans un pays quasiment au bord du précipice ? Que Dieu nous en garde !

Signalons enfin que les responsables du FDR estiment aussi que la nouvelle équipe gouvernementale doit comporter équitablement des représentants des partis politiques et de la société civile. Sans négliger une présence significative des jeunes et des femmes.

Bruno D SEGBEDJI

L’Indépendant du 26 Juillet 2012