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Mahamadou Kane, Journaliste à Radio Klédu : «Il jouait de plus en plus sur la fibre de la rue»

Je ne suis pas du tout surpris de sa démission. Par contre, je suis contre pour son arrestation. Cheick Modibo Diarra en a déçu plus d’un. Il n’a pas su combler nos attentes. Beaucoup d’espoirs étaient placés en lui. Mais on s’est rendu compte que ce pouvoir l’avait grisé. C’était une autre personnalité que je voyais. Son attitude envers le Président de la transition. Son refus de reconnaitre certains membres du gouvernement.

Quand le Premier ministre dit que ce n’est pas son gouvernement qui est à Ouagadougou, alors qu’il y a le ministre des Affaires Etrangères, je dis que c’est dommage. Nous sommes dans une période extrêmement difficile où il faut l’union sacrée autour du gouvernement, où tous les ministres, de quelque bord que ce soit, devaient être respectés. On n’a pas vu ça de Cheick Modibo Diarra. Il n’était plus consensuel. Il jouait de plus en plus sur la fibre de la rue, comme on le dit l’opinion de la rue, les badauds. Il pensait être à la hauteur, c’est dommage pour les Maliens. On sait aussi que ses rapports avec le capitaine Sanogo et tout Kati n’étaient pas des meilleurs. Ça ne pouvait conduire qu’à cette démission.

Ibrahim Coulibaly dit I.C, Directeur de publication de la Nouvelle Tribune : «Sa démission est une bonne chose»

Comme tout le monde, j’ai appris cette information. Mais je n’ai aucune preuve pour soutenir les rumeurs. Aujourd’hui, le Mali est dans une situation très grave. Nous avons besoin d’un Premier ministre rassembleur, d’un Premier ministre bosseur, d’un Premier ministre qui n’a pas besoin de prendre sa revanche sur qui que ce soit, d’un Premier ministre qui va mettre les Maliens ensemble, pour faire face à l’essentiel, d’un Premier ministre qui va organiser des élections transparentes, qui va nous permettre de sortir de cette situation. Trop c’est trop.

Depuis huit mois nous sommes dans cette situation. La communauté internationale a son agenda, les Maliens ont leur agenda, la classe politique n’arrive pas à s’entendre. Au sommet de l’Etat, il y avait une certaine cacophonie, qui n’avait que trop duré et ne pouvait pas continuer. Je pense que cette démission est salutaire, en ce sens qu’elle doit permettre de donner une nouvelle dynamique à la transition malienne. Dans ce cas précis, je ne parle pas d’immixtion mais de prise de responsabilité. Si c’est vrai que c’est les militaires qui l’ont démis, je dirai qu’ils ont pris leurs responsabilités. Il est venu avec leur bénédiction, aujourd’hui il est parti avec leur malédiction.

Kouyaté Souleymane, Gérant de cybercafé : «Sa démission forcée m’a fait très mal»

La démission forcée du PM m’a fait réfléchir. Au départ, on a cru avoir à faire à un sauveur, à cause de son franc parler et de sa détermination face à la situation qui prévaut au Nord de notre pays. Mais, depuis un certain temps, il y avait la discorde à la tête de l’Etat, une lutte qui ne disait pas son nom entre le Président intérimaire, le PM, et le CNRDRE. Quelque chose cloche, que la population ne comprend pas. Si le départ du PM est motivé par le souci de sauver le Mali, je suis entièrement d’accord. Mais si c’est pour faire plaisir à une certaine classe politique, là çà ne va pas. Il est temps de cesser cette guéguerre politicienne pour qu’on se mette enfin au travail. Tant que les querelles politiques vont perdurer, nos partenaires ne nous prendront pas au sérieux et on ne pourra jamais avancer.

Oumar Traoré, Mécanicien : «CMD pouvait nous faire sortir de la crise»

A mon humble avis, Cheick Modibo Diarra était la seule personne qui pouvait nous aider à sortir de cette crise. C’est un homme sérieux, qui a assez de moyens. Ce qui veut dire qu’il n’avait pas besoin de voler notre argent. Malheureusement, au Mali on n’aime pas celui qui dit la vérité, encore moins celui qui n’est pas voleur. Les militaires, s’ils en ont la force, leur place est au front et non à Bamako.

Dr Djimdé Atimé, Pharmacien : «Les hommes politiques ne visent que leurs intérêts»

Si l’on s’en tient à la version des faits donnée par le capitaine Sanogo lors de son passage à la télé, je pense qu’il devait lui-même assumer sa responsabilité. Car tous les hommes politiques ne visent que leurs intérêts. Aujourd’hui, on parle encore de gouvernement de large ouverture, tout simplement pour permettre à chaque parti politique de positionner. Pour ma part, je préférerais qu’on mette tous les hommes politiques de côté. Il y a plein de technocrates au Mali, que ce soit dans la société civile ou dans l’armée, qui peuvent bien assurer la transition. Je ne doute point du bon carnet d’adresses du nouveau Premier ministre. Seulement, il faut que le nouveau gouvernement soit fait d’hommes neutres, capables de relever le défi et d’assurer une bonne transition. Je souhaite bon vent au nouveau PM et, surtout, qu’il fasse le bon choix.

Bakary Sidibé, Opérateur économique : «Ce n’était pas la bonne manière»

Je ne suis pas contre le départ de Cheick Modibo Diarra, mais la façon dont il est parti me choque. Je n’apprécie pas son passage à la Primature, mais ce n’était pas la bonne manière. Son arrivée n’était pas la bienvenue. Comble de malheur, il a voulu prendre le Mali pour son patrimoine personnel. Je m’attendais d’ailleurs à son départ, à partir de son bras de fer avec les hommes politiques. Même si Django Cissoko est célèbre, je ne le connais pas personnellement, à part qu’il a posé des actes. Mais va-t-on lui donner le temps? Je souhaite bon vent au nouveau gouvernement.

Abdel Diallo, chauffeur à la retraite : «Le nouveau PM peut relever le Mali»

Diango Cissoko connaît bien le Mali pour avoir travaillé avec les gouvernements Moussa Traoré, Alpha Oumar Konaré et ATT. Il peut très certainement relever le Mali de la situation où l’on se trouve. Tout ce qui nous intéresse maintenant, c’est que le gouvernement actuel libère le Nord de notre pays.

Mahamane Cissé, Journaliste : «J’aurais aimé qu’il démissionne de lui-même»

J’aurais aimé qu’il démissionne de lui-même, que ça ne soit pas des militaires qui le forcent à démissionner. La période ne s’y prête pas. Même si Cheick Modibo Diarra avait des lacunes, ce n’est pas de cette manière qu’il devait partir, parce qu’on sait dans quelles conditions il est venu. Ce sont les mêmes militaires qui ont demandé qu’il vienne. Pourquoi, aujourd’hui, ils ne veulent pas qu’il continue? Il y a peut être un deal qu’on ne connait pas. Dans tous les cas, j’aurais souhaité que ça soit d’une autre manière. Je demande aux Maliens de ne pas oublier la question du Nord. C’est déplorable qu’elle soit reléguée au second plan.

Dramane Sangaré, Diplômé sans emploi : «Les militaires gèrent toujours le pays»

Je m’attendais à cette démission, puisque, depuis plusieurs semaines, on sentait que ça n’allait pas entre le Premier ministre et les militaires. Mais ce qui m’a touché, c’est la façon dont il a été viré. On peut ne pas aimer l’homme, mais les circonstances dans lesquelles il a été contraint à la démission sont à regretter. Pour moi, c’est la preuve que les militaires gèrent toujours le pays. C’est dommage que notre pays soit encore au devant de l’actualité internationale avec de tels agissements.

Traoré Aminou, Enseignant à la Flash : «Dioncouda et Diango, c’est comme ATT»

Pour le moment, on n’arrive pas à expliquer le changement. Mais, vu ce que le capitaine nous a fait croire hier, je pense que le Premier ministre avec pleins pouvoirs avait le plein droit de ne pas rendre compte à qui que ce soit. Nous ne pouvons plus croire ce que le Capitaine Sanogo nous dit, car Cheick Modibo Diarra a déclaré publiquement qu’il était en train de tout faire pour équiper l’armée. Le duo Dioncouda Traoré et Diango Cissoko, c’est comme si l’on faisait revenir ATT. Le coup d’Etat n’a servi à rien. Ce sont les anciennes têtes qui reviennent toujours. Autant faire revenir ATT une fois pour toute.

Oumar Doumbia, Enseignant du secondaire : «Soit on est chef, soit on ne l’est pas»

J’ai beau être optimiste, franchement les mots me manquent. Dans ce pays, on a l’impression que nos dirigeants ne se soucient pas de la population civile. Il est temps que chacun prenne sa responsabilité. Le pouvoir ne se prête pas, soit on est chef, soit on ne l’est pas. On ne peut pas être chef et accepter d’être guidé par d’autres personnes. Quand on regarde clairement, c’est Kati qui a demandé à Diarra de démissionner. Est-ce que la junte a le pouvoir de faire démissionner un Premier ministre? Si tel est le cas, quelle est donc la place du Président intérimaire? Je demande au gouvernement d’avoir pitié des populations, parce que nous sommes devenus des victimes collatérales. Nous avons seulement besoin de quelqu’un capable de sauver le Mali.

Propos recueillis par Pierre Fo’o Medjo et Yaya Samaké

22 Septembre du 13 Décembre 2012