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L’ancien Premier ministre Cheick Modibo Diarra qui a régné par le truchement de Kati est sorti par la petite porte en enregistrant la lecture de sa lettre de démission dans la salle de conférence de la région militaire de Kati.

Cheick Modibo Diarra avait-il cru devoir s’affranchir de ses liens avec les militaires, qui après avoir renversé ATT l’ont adopté comme Premier ministre ? Les accrochages du Premier ministre avec les militaires de Kati ont été étalés au grand jour lorsqu’il a fait étalage de ses ambitions présidentielles, en laissant entendre que tous les membres du Gouvernement de transition peuvent être candidats aux prochaines élections. Il sera rectifié par le ministre en charge des élections un militaire, Moussa Sinko Coulibaly, qui lui conteste toute possibilité d’être candidat.

Ce fossé allait s’élargissant lorsque le Premier ministre a coupé toute communication avec Kati, tout en n’ayant aucun égard pour le Président de la République.

Tout allait basculer à propos de l’organisation des concertations lorsqu’il a été décelé chez le Premier ministre des velléités de tirer la couverture vers soi, en voulant amener des associations fantômes pour se créer une majorité mécanique. Il s’oppose à la participation de certaines associations de la société civile, lorsque la proposition lui a été faite, en remplacement de ses associations fantoches. Selon une source bien informée, pour marquer son refus de laisser de côté ses associations, le Premier ministre a fini par opter pour le vote de la feuille de route par l’Assemblée nationale, abandonnant ainsi l’idée de concertations nationales, installant le Conseil des ministres du mercredi dernier dans une confusion totale. Puisque la réunion ne s’était entendue sur rien, il n’y eut pas de communiqué de conseil des ministres, à cet effet.

Aussi, alors que le Président de la République était à Niamey la semaine dernière, accompagné du ministre de la Défense et des anciens Combattants, le Premier ministre, selon nos sources, a convoqué les chefs d’Etat major et les Directeurs des forces armées et de sécurité. L’option n’était pas autre chose que de les préparer à changer le cours des choses, selon des sources sécuritaires. Sinon pourquoi réunir les chefs militaires, au moment où le Président et le ministre de la Défense n’étaient pas à Bamako, et surtout qu’il a rompu tout lien avec les hommes de Kati. Selon notre interlocuteur, la hiérarchie attend les rapports de ceux qui ont répondu à cette convocation.

Puis l’autre fait de l’ancien Premier ministre qui fâche ses bienfaiteurs est sa trop grande liberté de mouvement, sautant d’avion en avion sans demander l’autorisation de personne et sans avoir de compte à rendre au Président de la République Dioncounda Traoré. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase a été son projet de voyage à Paris, sans informer qui que ce soit, alors que la question cruciale des concertations nationales était en cours de discussion.

Le Président de la République qui avait besoin de lui et du Capitaine Amadou Aya Sanogo, pour les consulter avant de prendre une décision concernant les concertations, n’était pas parvenu à le joindre, parce qu’il ne décrochait pas son téléphone. Il finit par l’éteindre. Le Premier ministre veut aller à Paris et se soustraire pour ne pas parler de la question de concertation nationale. Non ce serait trop facile, il s’agit d’une question nationale qui tient à cœur les premiers responsables du pays et dont dépend l’évolution du pays. Le Premier ministre se rend à l’aéroport où l’avion est prêt, il sera débarqué par des militaires qui le ramènent chez lui. Il n’ira pas à Paris, mais le feuilleton n’est pas terminé. Il continue de refuser de prendre l’appel du Président Dioncounda Traoré. Le Capitaine Amadou Aya Sanogo suit à la seconde près le feuilleton de l’humeur d’un Premier ministre qu’il ne reconnait plus.

Le Capitaine résolu à l’ordre constitutionnel se fâche et demande à ses hommes de lui apporter Cheick Modibo Diarra en bon état. Ordre exécuté sans hésitation, ni murmure. Le voici dans salle de conférence de la région militaire de Kati, où il fait sa déclaration qu’il a signée, avant d’en donner lecture en Français et en Bamanan, en face de la camera. Après cette déclaration, il a été ramené chez lui. Son domicile et sa famille continuaient d’être sécurisés jusqu’à la nomination d’un nouveau Premier ministre. A partir de la nomination de son successeur, Cheick Modibo Diarra est libre de tous ses mouvements.

B. Daou

Le Républicain du 12 Décembre 2012


Démission du Premier ministre : le récit d’une nuit peu ordinaire

Entre l’interpellation de l’ancien chef du gouvernement et sa démission, tout est allé très vite

Il ne s’agit pas d’un coup de tonnerre dans un ciel clair. Néanmoins l’annonce de la démission du Premier ministre Cheick Modibo Diarra a fait l’effet d’un mini séisme dans le pays, prenant presque tout le monde de court. La plupart de nos compatriotes ont appris la nouvelle hier en se réveillant. Certains couche-tard l’avaient déjà écoutée sur les antennes de nos confrères de Radio France Internationale (RFI) mais peu avaient suivi le message à l’ORTM.

« Mes chers compatriotes, notre pays, le Mali, traverse aujourd’hui la période la plus difficile de son histoire. En de pareils moments de crise, les hommes et les femmes, soucieux du devenir de notre nation, souhaitent une situation apaisée. C’est pour cela que moi, Cheick Modibo Diarra, démissionne avec tout mon gouvernement ce jour mardi 11 décembre 2012. Je m’excuse auprès de l’ensemble des populations du Mali qui souffrent de cette crise sous plusieurs formes et à tous les niveaux. Je remercie les membres du gouvernement, tous leurs collaborateurs pour les efforts dont ils n’ont pas fait économie. Je souhaite à la nouvelle équipe pleins succès dans ses missions. Que Dieu bénisse le Mali ! Je vous remercie », c’est par cette courte déclaration diffusée mardi aux environs de trois heures du matin sur la télévision nationale que Cheick Modibo Diarra a présenté sa démission.

Cheick Modibo Diarra aura donc passé près de neuf mois à la tête du gouvernement de Transition. Il avait été nommé le 17 avril, puis reconduit comme chef d’un gouvernement d’union nationale par le président de la République par intérim le 12 août.

La démission de Cheick Modibo Diarra est intervenue au moment où la situation socio-politique du pays reste tendue avec la querelle autour des concertations nationales dont la finalité est justement de mettre en place les organes de la Transition et d’adopter sa feuille de route.

Les choses sont donc allées vite mardi. Le Premier ministre avait eu une matinée ordinaire. Arrivé à son bureau, il avait reçu en audience le ministre du Commerce extérieur et de la Coopération au développement du Royaume des Pays-Bas, Mme Lilianne Ploumen, en visite dans notre pays.

Après l’audience, le chef du gouvernement avait fait enregistrer une déclaration en langue nationale bambara pour remercier les Bamakois qui ont marché samedi pour soutenir le vote de la résolution par le Conseil de sécurité de l’ONU pour le déploiement d’une force internationale dans le nord du pays. Le message devait être diffusé lundi soir à la télévision nationale.

Le Premier ministre avait ensuite déjeuné dans un restaurant thaïlandais au Quartier du fleuve avant de regagner la Primature. Ne se sentant pas bien et devant voyager en France dans la soirée, Cheick Modibo Diarra avait quitté ses bureaux aux environs de 16 heures pour regagner son domicile à Titibougou. Le chef du gouvernement devait se rendre en France pour des soins. Son médecin personnel, un médecin militaire, devait lui aussi effectuer le voyage.

D’après une source aéroportuaire, en fin d’après-midi, un groupe de transporteurs dont des conducteurs de Sotrama, s’est rendu à l’aéroport de Bamako-Sénou pour empêcher le Premier ministre de prendre son vol programmé aux environs de 22h50. Ces conducteurs appuyés par des badauds reprocheraient à Cheick Modibo Diarra d’avoir eu une attitude « méprisante » envers eux lors de leur récente grève.

Mais Cheick Modibo Diarra ne viendra pas à l’aéroport sur recommandation d’un membre du gouvernement qui avait été alerté par un responsables aéroportuaire. Ses bagages qui avaient été enregistrés seront débarqués de l’avion.

Aux environs de minuit, un groupe de militaires débarque au domicile du Premier ministre à bord de plusieurs pick-up. Face à eux, les éléments qui montaient la garde n’ont pas opposé de résistance. Entrés dans la cour après avoir ouvert le grand portail, ces militaires sont tombés sur l’aide de camp du Premier ministre, le commandant Diassana. Le chef du groupe, un capitaine aurait demandé à l’aide de camp de faire sortir le Premier ministre. En cas de besoin, ses hommes et lui défonceraient la porte du salon pour le prendre, a-t-il assuré. Pendant que les discussions étaient en cours, Cheick Modibo Diarra sort et marche vers les militaires venus l’arrêter. Sur un ton de commandement, le capitaine aurait dit : « Monsieur le Premier ministre, il faut nous suivre à Kati !».

C’est ainsi que Cheick Modibo Diarra se serait mis à la disposition des militaires. «Les militaires voulaient le faire embarquer dans un de leurs véhicules mais je leur ai proposé de le faire transporter par mon propre véhicule. C’est ainsi que le capitaine, le Premier ministre et son aide de camp sont montés dans mon véhicule. Nous avons alors pris la direction de Kati. Les autres véhicules militaires nous ont suivis», confie un proche de l’ancien chef du gouvernement.

Selon le même interlocuteur, parvenus au camp militaire de Kati, Cheick Modibo Diarra et ses collaborateurs se sont vus retirer leurs téléphones portables. « Moi je suis resté avec l’aide de camp et le Premier ministre a été conduit dans une salle où l’attendaient des officiers », précise la même source selon laquelle c’est à Kati que Cheick Modibo Diarra a signé sa lettre de démission.

C’est là-bas aussi qu’il a enregistré sa déclaration de démission qui sera diffusée plus tard à la télévision nationale.

Aux environ de trois heures du matin, un groupe de militaires est descendu avec la bande pour faire diffuser la déclaration. Pour ce faire, il a fallu remettre en marche la télé qui ne diffuse pas normalement à une heure aussi tardive.

C’est entre quatre heures et cinq heures du matin que l’ancien Premier a été reconduit à son domicile par les militaires qui sont restés sur place. Hier encore les militaires n’avaient pas bougé, plaçant de facto l’ancien Premier ministre « en résidence surveillée».

M. KEITA

Essor du 12 Décembre 2012