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L’Apaf, créée en 1991 comme volet féminin de l’Association malienne pour la promotion et l’insertion socioprofessionnelle des jeunes filles migrantes, a été ensuite érigée en association indépendante appelée « Appui à la promotion des aides familiales ».

L’Apaf Muso Danbe a été créée pour contribuer à l’amélioration des conditions de vie des filles migrantes, des enfants en situation difficile par des actions de prévention, de protection et des droits dans cinq régions en plus du district de Bamako.

Mme Dembélé Jacqueline Goïta, communément appelée Mme Urbain est assistante sociale depuis 1963. Elle s’est investie dans l’organisation de la filière des aides ménagères car elle a constaté en tant qu’assistante sociale que les filles rurales rencontrent beaucoup de problèmes notamment de communication, de salaires, de volume de travail, de harcèlement sexuel quand elles arrivent dans les centres urbains.

Mais aussi, lorsqu’elles ne veulent pas travailler, elles peuvent voler ou s’adonner à la prostitution. Pour Mme Dembélé, l’appellation « bonne » ne convient pas. Elle aimerait qu’on les appelle « aides familiales ».

Elle reconnaît qu’il est difficile de travailler avec les jeunes du village mais la sensibilisation à travers les médias, les conférences, les réunions qu’ils ont initiées et la création de 11 centres d’alphabétisation ont permis d’établir une meilleure compréhension de part et d’autre.
A l’Apaf Muso Danbe, les propositions de salaire des filles vont de 5000 F CFA à 50 000 F CFA. Et si une fille travaille par exemple pour 10 000 F CFA, la somme est rassemblée à la caisse d’épargne et de crédit en son nom.

L’Apaf n’enlève rien à ce montant. Sa part qui est de 1500 F CFA par an, est payée par l’employeur. Et cette somme sert à faire un dossier, avec photo au nom de la fille recrutée et dont l’association est désormais responsable. Car beaucoup de ces filles volent…

Une animatrice suit de près les aides familiales. Elle surveille leur alimentation, les conditions d’hébergement. Elle s’intéresse jusqu’à leurs mouvements.

Lignes jaunes

L’Association rencontre beaucoup de difficultés avec des parents qui viennent tous les 6 mois récupérer les salaires de leurs enfants. « Ou bien ils viennent chercher les enfants de force pour les travaux champêtres ou pour les marier. Il y a aussi des logeurs qui peuvent utiliser l’argent de la fille avant son départ. Il y a enfin des employeurs qui payent 7500 F tout en voulant vivre à l’Européenne, oubliant que la fille qu’ils ont recrutée ne faisait rien au village ».

Les enfants de l’employeur peuvent aussi transformer la fille en esclave et l’insulter, voire la frapper. Elle peut être harcelée, sexuellement soit par son patron, soit par le fils du patron ou encore par le chauffeur ou le gardien. Le volume du travail peut être trop élevé par rapport à l’âge et les forces de la fille.

La solution de l’Association est de faire recours à l’autorité. « Il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas la loi et ceux qui la connaissent l’utilisent très mal. Par exemple, quand on convoque un employeur parce qu’il a porté la main sur son aide familiale, il se défend en disant qu’il le considère comme son propre enfant, alors que ce n’est pas normal », explique Mme Dembélé.

Mais il y a des solutions à chaque problème, soutient-elle, comme le viol qui est le plus crucial, 5 à 6 garçons peuvent violer une fille et si on les conduit à la police, ils sont libérés un ou deux jours après. On nous dit que personne n’est coupable ! Les autorités parlent tous les jours des droits des enfants. La loi est écrite noir sur blanc, mais on ne peut pas l’appliquer parce que quand tu es enfant d’un pauvre, tu n’es rien ou presque rien.

Il faut aussi signaler les mauvais traitements que subissent ces filles. Elles méritent plus de respect et de bonnes conditions de travail. Les associations de défense des droits des femmes et des enfants, les familles, les gouvernements sont tous interpellés pour mettre fin à cette « traite négrière ».

Mme Urbain lance un appel au gouvernement, aux ONG, aux ambassades et à toutes les bonnes volontés à l’aider à construire des centres d’accueil pour filles migrantes.


Sètè Traoré

23 Juillet 2008