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A qui profitera le démantèlement de la Compagnie malienne de développement des textiles ? Car, malgré une tournée au Burkina, au Togo et au Bénin pour voir des exemples de privatisation (qui n’ont du reste pas réussis), la privatisation/démantèlement suit son cours.

Il faut être prudent dans l’interprétation des résultats financiers de la CMDT. « Les problèmes de la CMDT sont, entre autres, la baisse drastique et continue des cours du coton, la dégradation de la parité euro/dollar, l’accroissement des subventions aux cotonculteurs du Nord par leurs gouvernements.

D’ailleurs, les chefs d’Etat africains se sont exprimés contre les subventions des pays du Nord dont les effets de distorsion sont réels sur les cours mondiaux du coton ».

C’est à cause essentiellement de ces problèmes que la CMDT a enregistré de 1999 à 2006 des déficits cumulés d’environ 170 milliards de F CFA. Pour soutenir l’activité coton, génératrice de revenus pour l’ensemble des acteurs de la filière, l’Etat malien a apporté à la CMDT de 1999 à 2006, un appui financier d’environ 115 milliards de F CFA, soit une moyenne de 14 milliards de F CFA par an, loin des « 30 milliards bon an mal an » dont a parlé ATT, lors de sa conférence de presse.

Est-ce parce qu’il est mal informé, ou est-ce qu’il est en quête d’un exutoire pour turlupiner l’opinion publique à accepter la privatisation de la CMDT qu’il avance de tels propos ? De toute façon, entre 14 milliards d’aides publiques réelles par an à la CMDT pendant une période de 8 ans et 30 milliards de F CFA, bon an, mal an qu’il a avancé, il y a un grand pas que nous, nous éviterons de franchir.

Du reste, cette subvention se justifie quand on sait qu’elle est destinée à aider la CMDT à honorer certains de ses engagements vis-à-vis des producteurs, fournisseurs, transporteurs et autres prestataires de services. Aux Etats-Unis, en Europe et même dans les pays africains producteurs, d’énormes subventions sont accordées au secteur pour maintenir une activité si vitale pour l’économie.

Aucun Etat sérieux ne doit prendre le risque de fuir ses responsabilités en les transférant aux privés, surtout au moment où les partenaires financiers, qui étaient les instigateurs de la privatisation de la CMDT, émettent des doutes sur sa réussite à l’instar des autres filières africaines.

En atteste l’une des grandes conclusions d’un atelier récent animé par la Banque mondiale à Bamako, d’où il ressort qu’aucune expérience de privatisation ne constitue une panacée aux maux qui rongent de nos jours les filières cotonnières.

Déjà, sur le terrain et face à l’acharnement des autorités à privatiser la CMDT dont le projet de loi est sur la table de l’Assemblée nationale, les cotonculteurs sont au bord d’un soulèvement concerté et préparé.

Bakary Togola, le président de l’Union nationale des sociétés coopératives des producteurs de coton (UN-SCPC) aurait été même interpellé le week-end par les cotonculteurs de Sikasso pour apporter le message « cikan » de niet à la privatisation aux plus hautes autorités.


Alexis Kalambry

24 Juin 2008