Partager

Au début de ce mois, le commissariat du 13e arrondissement a démantelé une véritable bande de voleurs de matériaux de construction. Le groupe qui a pour chef Salif Konaté est composé de vieux chevaux. Il a été dénoncé par un indic qui a constaté des mouvements incessants autour de Salif Konaté. Depuis mai 2008, en effet il ne se passait pas une nuit sans qu’une charrette à traction animale ne vienne déposer des matériaux de construction sous le hangar de celui qui se faisait passer pour un vendeur de ciment et de fer à béton. Ce qui a fait tiquer l’informateur de la police, c’est le fait que les matériaux stockés par le prétendu commençant étaient presque tous usagers. Il lui paraissait donc incompréhensible que cet homme apparemment aisé, employant plusieurs personnes et possédant un véhicule en très bon état, vende des objets de seconde main.

Cette situation bizarre a amené la brigade de recherche du commissariat du 13e arrondissement à s’intéresser à Salif Konaté. Les policiers voulaient le prendre la main dans le sac ou obtenir des preuves irréfutables contre lui. C’était mal connaître Salif Konaté. Très prudent Salif ne laissait rien au hasard et s’arrangeait toujours à ne pas attirer l’attention du premier venu sur lui et sur ses activités. Il arrivait tardivement à son commerce et repartait dès qu’il concluait une affaire. Évidemment, les autres membres du gang « voyaient » leurs parts.

Le jeu du chat et de la souris entre les policiers et le commerçant dura des mois jusqu’à l’interpellation, dans la première semaine de février, d’un certain Tiétinémé Coulibaly. C’est le propriétaire du local qui servait de magasin d’entrepôt à Salif. Conduit au commissariat, Coulibaly reconnut avoir cédé sans contrepartie la place à Konaté par l’intermédiaire d’un de ses jeunes frères. Il ajouta que Salif faisait déposer d’importantes quantités de fer à béton qui disparaissaient quelques jours plus tard. Mais pour lui cela était normal dans la mesure où l’homme est un commerçant.

Homme d’affaire: Les policiers le gardèrent à vu et poursuivirent leurs investigations. Konaté sera interpellé un peu plus tard. A son premier interrogatoire, il affirma n’être qu’un homme d’affaire qui achète et revend tout ce qu’il pouvait trouver. Ainsi, il reconnut avoir acheté le 23 janvier dernier une importante quantité de fer rond avec un certain Mémé Coulibaly. Il reconnut avoir douté de la provenance des fers, mais son client l’avait rassuré qu’il s’agissait des restes d’un bâtiment qu’il venait d’achever. «Des renseignements font état que vous êtes le principal receleur de matériaux de construction volés au nouveau chantier des logements sociaux à Niamana», lui apprit le policier. L’homme nia, mais ne parvint pas à dire exactement qui est son fournisseur. Il cita pêle-mêle un certain Drissa Fané, Diaby, Alou Diallo, un certain Souramani, Lassine Dembélé, Alou Diallo.

Les policiers mirent la main sur Drissa Fané qui ne tarda pas à cracher le morceau. Il avoua avoir volé cinq fois des fers à béton au niveau des chantiers des logements sociaux qu’il avait vendus à Salif Konaté. Alou Diallo enfonça le clou en ajoutant qu’en tant que charretier, il se rappelle avoir transporté plusieurs fois des fers destinés à Salif. Il affirma avoir transporté dix barres de fer 8 pour Lassine Dembélé, Drissa Fané. Les deux hommes, d’après sa déclaration, avaient loué ses services une nuit pour se rendre à un chantier. Il a transporté les barres de fer chez Salif qui avait payé cash. Ayant vu que le vol de matériaux de construction lui rapportait plus que son travail de charretier, Alou intégra le groupe et devint lui-même un voleur. Ils ciblaient les gens qui venaient acheter chez Salif. Ils attendaient la nuit pour aller voler la même marchandise.

Arrêté à son tour, Lassine Dembélé se mit à table lui aussi. Il reconnut avoir volé dans les chantiers des logements sociaux, 14 barres de fer qu’il vendit à Salif. Ce dernier mettait souvent la main à la pâte pour opérer avec le groupe. Chaque fois qu’une opération réussissait, en plus de sa part, il rachetait celle des autres qu’il plaçait dans son entrepôt.

Balancé par tous ses complices, Salif avoua finalement être à la fois la tête pensante du gang, membre et principal client. Sachant qu’il ne pouvait plus échapper à la police, il dénonça ses camarades qui furent tous arrêtés et entendus. Au total une quinzaine de personnes sont tombées avec lui. Elles ont toutes été déférées au parquet de la commune VI par le contrôleur général Sidi Haïdara. Auparavant, une perquisition effectuée par la BR du 13e arrondissement a permis de saisir 53 poteaux, 4 barres de fer 10, 174 barres de fer 6, 60 de fer 8. Le tout provenait de vols dans différents chantiers et principalement dans celui des logements sociaux de Niamana.

G. A. DICKO

Essor du 17 fév 09